28 août 2008
Les playmobils, ces êtres abjectes qui vous bercent d'illusions
Tu le sais, il y a quelques jours je prenais un an et sacrifiais donc à la tradition en recevant malgré moi des tonnes d'attentions et de cadeaux tous plus recherchés les uns que les autres. Au milieu de ces marques d'affection et d'amour circonstanciées, de ces emballages cadeaux froissés et de ces bouteilles en attente d'être entamées lors d'une future partie fine semblables à celles que les personnes présentes et moi avons de maintes fois partagés se cachait un objet, l'air de rien, attendant tranquillement son heure.
Le cadeau de mon cadet.
Tu le sais également, je ne suis pas très vieux, mais pas très jeune non plus et certains exutoires et activités ludiques habituellement réservés à nos amis pré-ado et autre coeur de cible Biactol font partie de mon monde, comme pour mieux contraster avec cette approche cartésienne et légérement conformiste que j'ai de la vie et que je m'emploie à mettre en oeuvre chaque jour professionnellement et personnellement. Ne vas t'imaginer pour autant que j'arbore fierement slim et coupe de cheveux déviant la gravité en faisant du skateboard sur fond de Tokyo Hotel. Je trouve les slims horribles, je n'ai pas de cheveux, j'ai un équilibre contestable et l'allemand et moi n'avons jamais connu d'idylle spirituelle, ni même de cohabitation intelectuelle. Non, mes loisirs de d'jeunz se résume principalement à l'utilisation régulière de consoles de jeux vidéo. Loin d'être un hard gamer, je ne boude néanmoins pas mon plaisir lorsqu'il s'agit d'affronter des amis au MarioKart, de tuer des inconnus en ligne grace au wi-fi de l'hotel lorsque je suis en formation ou tout simplement de tirer sur tout ce qui bouge en rentrant du bureau parce que je n'ai pu le faire en vrai pendant la journée et qu'aller courir quand il y a de l'orage, c'est fortement déconseillé.
Cette condition d'heureux propriétaire d'une Wii n'a pas échappé à mon cher frère qui peine toujours à trouver des idées cadeaux. Tu l'as donc compris, mon frère s'est fendu d'un jeu vidéo pour célébrer comme il se devait mon inéluctable vieillissement et enfoncer davantage le clou en choisissant justement l'un de ces objets infantilisants qui tendent à vous garder hors de l'âge de raison. Car si les femmes ont les crêmes Diadermine, Q10+, le botox, la décoration aux couleurs acidulées et les chainettes autour de la cheville pour contrer l'impression (qui n'en est d'ailleurs pas une) que le temps fait son oeuvre, les hommes préférent quant à eux les blondes ayant 20 ans de moins que leur femme le sport par procuration grâce aux retransmissions télévisées (qui présente l'intéret de pouvoir concilier bière et effort intense), les voitures décapotable et les jeux vidéos. Ainsi va la vie (et les clichés).
Toujours est-il qu'à l'ouverture du sac bleu Micromania démontrant une fois de plus la recherche et l'attention que prête mon frère aux emballages cadeaux, je me suis rendu compte que j'avais clairement sous-estimé le présupposé effet rajeunissant de cette galette d'anniversaire pour le moins inhabituelle. Et seuls la forme rectangulaire et le caractère non-comestible de l'objet aurait permis à cet honorable Marcel de le distinguer de sa célébrissime Madeleine.
Trauma Center, un jeu dans lequel le joueur se sert de la manette comme d'un scalpel ou d'un forceps pour opérer des patients avec une dimension réaliste et immersive proprement incroyable. Voilà ce qu'il m'a offert, ajoutant que j'avais toujours rêvé d'être médecin et que déjà gamin, l'un des cadeaux qui m'avait le plus fait plaisir était sans doute le bloc opératoire playmobil, ce qui ne manqua pas de faire rire l'assemblée. Car même si aujourd'hui, je suis plutôt fier de mon parcours professionnel et de ce à quoi j'occupe quotidiennement mes journées, il ne fait aucun doute que j'ai en quelque sorte trahi les ambitions du jeune Blackmilk, et que le prestige mais surtout la beauté de la vocation médicale sont aux antipodes de mon métier actuel. Je crois qu'il s'agit d'ailleurs de mon seul vrai regret mais je n'y prête guere attention, sachant très bien qu'il me reste quelques années pour en amasser d'autres et qu'il sera bien temps de ruminer tout ca lorsque je serai vieux, seul et que je n'aurai que ca à faire en attendant la mort.
Mon frère lui rêvait d'être éboueur. Il en plaisantait volontiers, parlant ce magnifique camion playmobil vert et gris qu'il avait reçu à Nöel et qui l'avait emerveillé des semaines durant. Nous nous rememorions ces parties de jeu où son playmobil tombait valeureusement sous les assauts d'une poubelle mal arrimée au dispositif de levage du camion avant d'arriver dans mon bloc opératoire où tout était mis en oeuvre pour qu'il puisse espérer un jour soulever à nouveaux de récéptacles à déchets ménagers. Nous avions une collection impressionnante de ces petits personnages à coiffure en dents de scie faite de policiers, de cowboys, de pompiers, de conducteurs d'engin du batiments et c'est pourtant les deux corps de métier précédemment cités qui monopolisaient notre mercredi après-midi. Il y eu des moments heureux, comme celui où ayant reçu l'hélicoptère médicalisé avec le petit treuil pour hisser le brancard à une hauteur non négligeable de 30 centimètres, mon playmobil sauva le sien dans les airs, avant même d'arriver au bloc. Des tragédies également, comme cet instant terrible où après avoir brillamment opéré le pauvre rippeur une nouvelle fois blessé en service, il fut impossible de lui mettre un pansement sur la tête, celui-ci demeurant introuvable. Une recherche prolongée dans le sac d'aspirateur qui avait été passé le matin même nous permis de le retrouver, hélas trop tard pour sauver le courageux employé.
Je crois que ces drames à répétition ne sont pas étrangers au fait que mon frère ait changé d'avis quant à son orientation professionnelle. Il plaisantait encore à l'évocation de ces jeux d'enfants en disant qu'il avait vite compris qu'on était bien mieux au volant du camion que derrière à ramasser ce dont les autres ne voulaient plus et que finallement, c'était peut-être ce qui lui avait donné de l'ambition.
Aujourd'hui, je ne suis pas médecin. Et lui n'est ni éboueur, ni chauffeur de camion. Nous ne jouons plus aux playmobils depuis des années, en fait depuis que nous avons compris que leur seul but était de nous faire croire à des choses qui n'arriveraient pas et qu'ils étaient uniquement là pour nous permettre de nous faire les dents, d'avoir une première approche de la vie et de pouvoir goûter à ce que nous ne viverions vraisemblablement jamais. Le meilleur comme le pire (ami éboueur, toi qui me lis, ne va pas croire que je parle de ton métier lorsque je suggère le pire, j'ai beaucoup de respect pour ce que tu fais et je m'suis déjà mis assez de professions et de catégories sociales à dos pour vouloir en rajouter).
Nous n'avons pas réalisés nos rêves de gosses, en tout cas sur le plan professionnel. Et pourtant nous nous accordons sur le fait qu'aujourd'hui le contrat est en partie remplit puisque nous sommes heureux. Et lui d'ajouter que nous avons en plus la chance de ne pas être coiffé en dents de scie.
Je t'avouerai enfin que parfois, je suis extrémement soulagé de ne pas être médecin. Certes, je ne roule pas en Porsche comme mon médecin de famille. Certes, je ne peux pas draguer les petites élèves infirmières dans les salles de repos hospitalières. Certes, je n'ai pas la satisfaction de sauver des vies et faire des miracles. Mais quand comme ce matin je perds deux patients suite à une hémorragie que je ne parviens pas à stopper, je me dis que ca m'coute quand même moins cher d'opérer sur ma télé que de souscrire à une assurance de praticien. Et que les risques de remords ne sont décidément pas les mêmes
Et puis je n'ai même pas besoin de draguer les infirmières, le jeu le fait à ma place...
19 août 2008
1 an plus tard
Je sais. Je t'ai laissé sans nouvelle quelque temps, mais j'ai tout un tas de bonnes raisons ! Non, je ne les énoncerais pas ici, tu t'prends pour qui d'abord à croire que j'ai vis à vis de toi des obligations du fait de ta fidélité qui ne se démentit pas et des tes visites au nombre assez impressionant même lorsque je te délaisse comme je le fais actuellement ?
Et puis bon, la France va mal, tout fout le camp (c'est pas moi qui le dit, c'est notre super premier ministre qui a tout compris à la communication de crise) alors je fais de même ! Non rassure toi, je vais bien, c'est juste que moi aussi j'fous le camp (je traduis volontiers pour les lecteurs les moins perspicaces et les lectrices les plus blondes, deux catégories qui tout bien réfléchi n'en forme qu'une). Je te laisse quelques jours et voilà que la chienlit pointe son nez. Il va falloir que tu t'habitues à nouveau à suivre le flot des pensées de mon esprit torturé à la rentré lecteur chéri, parce que là ton nouvel état assumé de méduse hémiplégique (que les méduses et les hémiplégiques me pardonnent, c'est juste pour imager mon propos d'une façon appropriée...) ca ne me motive pas vraiment à me livrer encore et toujours à tes petits yeux voyeurs et plein de compassion de pitié de consternation d'admiration.
"La rentrée ? " t'interroges-tu. Oui, la rentrée. Car si je me décide à sortir de cette trève estivale que je m'étais autorisé, sache que c'est pour le coup temporaire et quelque peu indépendant de ma volonté et qu'après ce post, il faudra sans doute attendre quelques jours avant de me relire. Ou pas.
Alors pourquoi laisser un temps de côté l'été, ses jupes courtes flottant aux quatre vents, ses glaces italiennes au parfum ennivrant et ses habituelles augmentations des tarifs du gaz, des trains, et en général de tout ce que l'Etat peut nous soutirer l'air de rien, sans risquer de mettre en péril la paix sociale ?
Et bien aujourd'hui nous sommes le 20 Août. Et cela fait un an que quelque part, je m'offre à toi. Que surtout, tu t'offres à moi comme un compagnon précieux, parfois d'infortune, souvent comme un confident, toujours comme quelqu'un qui est présent, en un sens. Parce que pour moi, le vrai protagoniste de ce blog, c'est toi, celui qui dans l'ombre se fait l'écho de la pensée blackmilkienne et m'évite ainsi de claquer une fortune en consultation psy, maraboutesque ou je ne sais quoi d'autre...
Un an que je goûte et me laisse peu à peu apprivoisé par l'incroyable liberté qu'offre l'exercice. Et que dépendant d'une certaine façon, je ne peux aujourd'hui honorer la promesse que je m'étais fait il y a un an de justement mettre fin à cette charmante "plaisanterie" avant de pouvoir souffler sa première bougie. Une preuve de plus s'il en était besoin que les hommes ne sont définitivement pas faits pour tenir leurs promesses, fussent-elles formulées dans l'alcove secrète et exclusive de leur esprit versatile.
Un an...
Dis,toi, vu d'ici, tu trouves que j'ai changé ?
Non parce que figures toi que dans cinq jours, je prends à mon tour une année. Et que j'ai besoin qu'tu me rassures. Ou pas. Aussi subjectif et illégitime que puisse-être ton avis, il m'intéresse !
Et si t'es timide, tu peux même le faire ici >>> commentmejoindre@hotmail.fr
Allez fais pas la gueule, c'est pas comme si c'était la première fois que je te servais un post démontrant mon incroyable et indécrotable égocentrisme.
Promis, bientôt je te parle des aventures de mon collègue Georges à la plage.
11 juillet 2008
"Ca y est c'est le week-end"...
Le vendredi après-midi.
Au bureau.
Comme tous les vendredi après-midi, je me suis arrangé pour ne rien faire en m'planquant dans mon bureau sans en sortir de peur d'avoir à bosser pour donner l'exemple alléger quelque peu mon emploi du temps et jouir comme il se doit de cette nonchalance de fin de semaine tolérée dans la plupart des boites françaises.
Ainsi, alors que je me tiens paisiblement à mon poste, rêvassant devant les gouttes de pluie ruisselant sur la vitre tout en faisant semblant d'écouter avec attention ma collègue Carole venue me parler pour elle aussi tuer l'ennui (alors que franchement, sa vie, ses filles qui vont rentrer au collège et sa passion dévorante pour des sujets brulants tels que les soldes ou le nouvel album d'Enrique Iglesias, je m'en tape comme de ma première feuille de RTT), je ne peux m'empecher de rêver à autre chose...
Là, dans ce bureau avec vue imprenable sur le parking vide qui me fait me demander pourquoi je n'ai pas posé ma demi-journée et alors que je m'escrime à fabriquer à Carole un magnifique collier en trombones comme pour mieux l'aider à partir vite et à revenir tard en lui faisant comprendre par ce cadeau cheap au possible que sa compagnie n'est pas des plus agréables, je rêve au week-end que je peux presque toucher du bout des doigts, à la fois si proche et si lointain.
Proche parce que finalement, l'un des luxes que me confère ma place et mon employeur, c'est d'être dans les faits en week-end le vendredi midi, l'activité du vendredi après-midi étant proche de zéro. Lointain parce passer plusieurs heures à ne rien faire, c'est beaucoup moins fun que ca en a l'air. Et dans le dédale des couloirs déserts et des bureaux abandonnés d'une agence le vendredi après-midi, personne ne vous entend crier...
Je sais ce que tu te dis mais contrairement à la croyance populaire, je passe toute la semaine la tête dans le guidon et le vendredi après-midi, c'est pas tant que je n'ai pas de travail en attente, c'est juste que j'arrive presque à chaque fois à saturation. Et que le besoin d'être en week-end devient une obsession. Et puis si tu penses que je suis vraiment un glandeur, laisse moi te dire que tu te trompes totalement...et que ta jalousie ne m'atteint pas!
Alors, chaque vendredi, au milieu des dossiers qui s'entassent, des post-it recouvrant l'écran plat comme pour atténuer sa luminosité et me mettre en condition à l'aube du sacro-saint moment de relâche hebdomadaire, je m'autorise à me perdre dans mes pensées, m'imaginant quel merveilleux week-end je vais passer.
Je sais ce que tu te dis (Oui, ca fait deux fois mais si tu viens souvent ici, tu as appris à te faire à l'idée que je suis en effet omniscient, que deux c'est mieux et que de toute façon comme je t'aime, je ne compte pas): Ce Blackmilk a sans doute une vie merveilleuse faite d'expériences de vie incroyables et ses week-ends ressemblent probablements à d'intenses moments de bonheur, hors du temps et libres de toute contrainte que le commun des mortels n'approchera malheureusement pas, ne serait-ce qu'en rêve.
Et tu n'as pas tout à fait tort. Depuis mon célibat, je ne crois pas avoir passé un seul week-end entier chez moi. Les soirées s'enchainent et mon entourage d'autrefois se réapproprie ma compagnie, ma famille goûte à nouveau au plaisir de ne pas se contenter de me voir une fois par mois, mon compte en banque (en fait surtout mon banquier) se ravit de ces escapades à répétition et j'ai finalement l'impression de ne pas beaucoup toucher terre. Alors pendant un moment, c'est vraiment excitant et relaxant mais il vient forcémment un moment où l'on a besoin d'autre chose.
Ce week-end donc, je profite de moi! Tout commencera par un petit footing en rentrant, histoire d'évacuer le stress de l'après-midi causé justement par le manque d'activité. Ensuite, je pense m'autoriser ce que je ne me suis pas permis depuis des semaines, à savoir commander une pizza, l'accompagner d'une bière mexicaine et voir si elles et moi nous faisons bon ménage sur mon canapé à la lueur tamisée de la télévision. En plus ce soir, il y a KohLanta et Thalassa sans parler de deux ou trois émissions de télé-réalité américaines pleines d'ados attardés et bodybuildés qu'il doit y avoir comme toujours sur la Tnt (le jour où le ministère de la culture impose des quotas de productions françaises comme ce qui se fait déjà à la radio, c'est la mort de la Tnt...). Du rêve donc, rien que du rêve, il y a des chances pour que la pizza se laisse endormir par tant d'exotisme et d'exhaltation intellectuelle.
Demain matin, psicine, sauna, jacuzzi, aller et retour à pied histoire de flaner un peu en ville, déjeuner sur le pouce avant des retrouvailles annoncées avec celle que je délaisse depuis trop longtemps (des semaines que je ne l'ai pas touché, je serai encore plus doux que je ne le suis à l'acoutumée): ma Wii. Sans doute un peu de lecture et beaucoup d'oisiveté, le soir un ciné avec une amie, le dimanche un peu de ménage avant de profiter du bonheur de ne rien faire. Du bonheur je te dis, rien que du bonheur.
Lundi golf puis déjeuner avec mon Juju qui descend exprès pour l'occasion, et Dieu sait que ca nous fait du bien de nous retrouver parfois sans nos chères et tendres (enfin en ce qui me concerne du temps où j'en avais une). Et puis un après-midi dont le programme reste à determiner avant un probable footing et une nouvelle soirée en tête à tête avec moi-même.
Oui, je sais, bien loin de l'idée glamour que l'on pourrait se faire d'un week-end passé en tant que jeune homme célibataire, libre et insouciant.
Et pourtant moi ce week-end, j'en rêve déjà, j'en ai besoin avant de repartir sur un rythme plus soutenu. Et si tu trouves ca triste et ne comprend pas qu'on puisse passer un week-end sans se mettre minable ou sans se livrer à tout un tas d'acte que la morale réprouve, je ne t'en veux pas. Sache juste que tu passes selon moi à côté de quelque chose.
Mais dis moi, toi, ca ressemble à quoi un de tes week-ends type ?
07 juillet 2008
Un parfum de déjà vu...
Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Ainsi au hasard des rencontres ou des lieux visités, on se prend parfois à succomber à un parfum familier, celui d'une personne, celui d'un lieu, celui que notre esprit associe immédiatement à des faits appartenant à notre vie passée, comme pour mieux confirmer la théorie de Proust et de sa fameuse madeleine.
Qui n'a jamais croisé au détour d'une promenade en ville une inconnue portant le même parfum que l'amour qui à quinze ans semblait parti pour durer toute une vie ? Qui ne s'est jamais surpris à sentir en entrant dans une libairie de quartier ou dans un grenier s'offrant à l'exploration l'odeur de l'encre si particulière, revenant instantanement à cette époque formidable où la lecture se laissait docilement apprivoiser par le biais des premiers livres de Tintin offerts par des parents aux yeux brillants d'émotion et de fierté?
J'ai pour ma part toujours eu un rapport aux odeurs pour le moins particulier et cela s'explique sans doute plus par mon amour de ce sens transmis par ma mère que par ce nez prohiminent dont elle est aussi à l'origine.
Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Je n'oublierai jamais l'odeur des peintures et dilluants planant dans le garage de mon grand-père que nous allions voir travailler chaque mercredi avec ma grand-mère qui alors nous gardait et été trop fière de ce qu'ils avaient construit pour ne pas tenter de nous transmettre le virus de l'automobile. Vingt ans après, j'ai toujours un sursaut lorsqu'au cours de mes rendez-vous professionnels ou des "rencontres" opérées cà et là, mon attention est attirée par le Vétivert de mon père que je ne pus que trop rarement sentir lorsque je n'attendais que cela. Le fumet des crèmes au caramel de ma mère me ramène encore aujourd'hui à notre enfance merveilleuse, préservée et insouciante où nous n'avions pourtant pas encore conscience de notre chance. L'odeur de netteté, d'aseptisation flottant dans les couloirs de l'établissement qui fut la dernière demeure de ma grand-mère me fait encore froid dans le dos lorsque je me rends malgré moi en milieu hospitalier.
Pourtant, plus encore que ce pouvoir révélateur qu'ont les parfums et arômes s'offrant à chaque instant à mes terminaisons olfactives aiguisées, je suis bluffé par l'influence qu'ils ont sur les dimensions les plus incontrôlables de notre vie, à savoir le pathos, l'affect et finalement l'amour. En tout cas en ce qui me concerne. En effet, chaque fois qu'une jeune femme bien sous tout rapport (ou pas...) s'est escrimée à devenir "la femme momentanée (Non ce n'est pas du cynisme, c'est de l'empirisme, nuance) de ma vie" et y est parvenue, elle s'est une fois mon coeur conquis secretement jurée de me faire changer de parfum en déclarant adorer le mien mais en proposant comme par hasard d'aller voir si j'voulais pas qu'on aille me choisir un parfum alors qu'à l'origine nous arpentions les parfumeries pour lui en trouver un.
La première fois, ce n'est pas plus perturbant que ca mais lorsque cela se répète, tu ne peux t'empêcher de te demander s'il s'agit d'un phénomène propre à toutes les femmes amoureuses.
Quid de ce rituel me diras-tu ? Est ce une façon de céder à ses instincts en tentant de protéger sa propriété et en affirmant sa présence par un signe distinctif ? Est-ce au contraire une façon d'effacer ce qui avait été fait par une autre en se laissant aller à la même pratique ? Ou bien est-ce tout compte fait un moyen de s'approprier l'autre en lui montrant qu'il ne contrôle désormais plus rien, histoire de le mettre au parfum ?
Je ne le sais pas et ca n'a en fait pour moi que très peu d'importance. Je me plie volontiers à l'exercice, d'une part parce que céder du terrain sur quelque chose qui n'a pas une importance décisive permet d'endormir quelque peu d'autres volontés de changement radical (Certaines ont voulu me faire changer d'habitudes vestimentaires ou capilaires voire pire, aucune n'y est vraiment parvenue). Ensuite parce que porter un parfum faisant craquer sa chère et tendre, c'est quelque part avoir les moyens de ses ambitions et qu'en amour, aucun n'ascendant n'est à négliger. Enfin parce que porter chaque jour une fragrance choisie par celle qui fait battre votre coeur, c'est un des petits plaisirs de la vie dont je ne souhaiterai en aucun cas me priver.
Après en avoir éprouvé quelques uns, je porte aujourd'hui Kenzo Jungle, agréable vestige frais et raffiné de l'ère mélusinienne. Je suis curieux de savoir quel sera le et par extension la future locataire de mon cou...
30 mars 2008
Parce qu'il n'y pas que La Barbade à mi-saison...
Même pas une petite marque de lunette de soleil à exposer aux regards envieux de mes collègues demain. A peine un léger teint hâlé du genre de ceux que l'on obtient après une semaine dans le Berry... (Allez, comme c'est mon jour de bonté et que de toute évidence, tu ne viens pas ici pour te farcir des jeux de mots aussi pitoyables que "Oh, je ne suis pas très bronzé, je me suis fait hâler Berry", je t'épargne les nombreuses autres phrases douteuses qui me viennent à l'esprit).
Mais cela en valait la peine, car comme tu peux le voir, je suis particulièrement en forme. Une semaine de ski et une autre d'escapade improvisée m'ont fait le plus grand bien et il ne fait aucun doute que mon retour au bureau prévu pour demain à l'aube ne m'effraie pas le moins du monde, même lorsque je songe à la montagne de paperasse aussi inutile qu'exaspérante qui a du s'accumuler sur mon bureau.
Et puisque tu demandes, oui, le ski c'était vraiment bien. "Fun" comme disent les jeunes. Je suis revenu entier, ce qui malgré mon niveau relativement correct n'était pas forcément gagné d'avance. Nous sommes revenus au complet, ce qui étant donné les règles sociales régissant la cohabitation entre potes sur un lieu de vacances n'était pas évident.
En vrai, j'te mens un peu là, j'essaye toujours de faire l'être cynique et sans coeur mais tu me lis maintenant depuis assez longtemps pour savoir que derrière cette haine profonde de mon prochain et ce mépris pour ces milliards de personnes qui n'ont pas la chance d'être moi se cachent la bonté d'âme et l'amour des autres d'une mère Theresa qui s'ignore... Partant de ce constant déprimant, pour ne pas dire consternant, tu m'imagines mal partant des Deux-Alpes en laissant sur le trottoir enneigé mes amis sans autre moyen de transport, aussi insupportables puissent-ils être. Et puis c'est surtout que c'était à leur tour de payer le péage et l'essence pour rentrer, alors il faut parfois savoir mettre de côté ses opinions au profit de causes nobles comme l'intérêt collectif ou bien l'engraissement des actionnaires des sociétés d'autoroute.
N'empêche que j'y retournerai bien une semaine.
"Qu'est ce qui m'en empêche?" dis-tu ? Le fait que j'adore mon travail et que je suis tout content d'y retourner demain (Même si je n'avais pas totalement coupé le cordon de par la lecture quotidienne de mes mails).Le fric un peu, aussi. Cricri, mon amie de Bercy et ses charmants collaborateurs de l'administration fiscale te diraient que j'en rajoute et que je pourrais bien me payer une autre semaine mais bon, l'argument s'essouflerait à la première comparaison de nos fiches de paie respective).
Parce que le ski, ca reste un loisir luxueux, pire, cela tendrait même à devenir de plus en plus élitiste. Cela fait pourtant bon nombre d'années que je me plie gaiement à cette transumance hivernale mais je dois t'avouer que tout consommateur de base que je puisse être, la course au fric qu'est devenue l'exploitation de l'or blanc m'a particulièrement choqué cette année. Comme si tout n'était devenu qu'un script pour une publicité GoldMasterCard.
*** Dans le but constant de satisfaire davantage son lectorat, Je vis une époque formidable... vise une optimisation de ses services en recourant notamment au financement par la publicité, évidemment toujours dans le souci de coller au mieux à la ligne éditoriale. Merci donc de l'attention que toi, le consommateur basique lecteur portera à cette interlude publicitaire***
(Ne va pas croire naivement qu'il s'agit de ma carte et que mon patronyme est celui d'une longue lignée de brasseurs germanophones, crois moi, mon prénom est beaucoup plus sexy que Peter...enfin je pense. Non, je ne t'infantilise pas ni ne te prends pour un abruti, c'est juste que je sais de source sûre que certains lecteurs sont blonds, et même pire, blondes et je tente donc de m'adapter au plus grand nombre. Et toi qui me voyait depuis le début comme un anticonformiste incapable de faire quelque action consensuelle que ce soit!)
Un litre d'essence donnant l'impression que la moindre station libre service de supermarché pratique une politique de prix similaire à celle d'un pays en voie de développement où le galon d'essence vaut 15 femmes(Je sais, ils sont assez malins pour ne pas aller aux sports d'hiver dans les pays "emmergeants"...) : 1,42 euro avec GoldMasterCard
Une résidence de rêve au bord d'une piste, à deux pas du Petit Casino pour un ravitaillement liquide optimisée, avec de vrais lits, une vraie télé, un vrai lave-vaiselle, une vraie terasse donnant sur le massif des Ecrins et une fausse impression d'être un banquier Russe en goguette: Plusieurs centaines d'euros avec GoldMastercard. (En fait, c'est sans doute le seul tarif raisonnable, voire avantageux du séjour, celui-ci s'expliquant par notre départ Hors-saison).
Une baguette surgelée même pas cuite correctement, des compotes en Tube, du Nutella pour les filles (Pourquoi je précise ? Sérieusement, tu m'vois manger de la compote en tube ?) et du vin de pays pour la raclette, le tout servi par un type aimable comme une porte de prison et qui ne doute de rien au point de laisser sur sa devanture le slogan de la chaîne Petit Casino "Mon épicier est un type formidable": 20,48 euros avec GoldMasterCard.
(Pour la petite histoire, sa devanture j'ai cru que j'allais la bruler le jour où je lui ai demandé s'il vendait des timbres, qu'il m'a répondu "Non" avec son habituelle amabilité et que lorsque je lui ai demandé s'il savait où il s'en vendait, il m'a répondu "Par là"... sans m'indiquer quelque direction que ce soit à l'aide de ses bras irrémédiablement fermées, sans même esquisser un hochement de tête).
Un forfait de remontées mécaniques couvrant l'ensemble du domaine et donnant le droit de prendre des télécabines bondées dans lesquelles on se frottent à des italiens qui tentent de parler avec les mains alors même que celles-ci tiennent les batons et qu'il est déjà difficile de trouver la place pour faire bouger sa poitrine de sorte d'accomplir un acte purement superficiel appelé "respiration". Sans parler de trajets épiques en télésièges où l'on vous arrête au milieu de nulle part, en proie au blizzard renforcant la sensation de froid induite par la température ambiante de -15°C (Sans rire, relevé à 9h à 2900m par le service des pistes, altitude que nous avions déjà dépassé depuis un bail), tout ca parce qu'un abruti qui ne sait pas prendre un télésiège s'est vautré à la montée: 163,50 euros avec GoldMasterCard.
Un coca-cola dans un bar d'altitude offrant une vue à couper le souffle avec ambiance musicale digne d'Ibiza (en vraie de La mauvaise Drums'n bass en boucle parasitée par la mauvaise qualité du soundsystem et par les conversations "mezzo-forte" des rois de la station: nos amis italiens): 7euros avec GoldMasterCard.
Se la jouer grave en dévallant les pentes enneignées comme un dieu vivant en slalommant entre les italiennes médusées par tant de grâce, de maitrise et de beauté concentrées en un seul homme, ca n'a pas prix...
Ou peut-être un peu quand même, celui d'avoir l'impression désagréable d'avoir vendu un rein pour aller taquiner l'flocon. Et je ne t'ai pas parlé de l'achat des souvenirs (La fameuse marmotte qui siffle à 25euros, le saucisson minuscule à 10 euros...) et des milles autres choses qui te laissent à penser que les herbivores violets des pubs Milka ne sont pas les seules vaches à lait des montagnards.
Cela n'empêche que j'y retournerai l'an prochain. Si tu te demandes pourquoi, c'est que tu n'es sans doute jamais parti à la neige. Et ça Coco, va falloir y remedier. Parce que c'est tout simplement jouissif.
12 mars 2008
"Just because of you..."
Non, je ne suis pas mort. Pas tout à fait.
Pendant que le monde tourne sur lui même sans que rien ne puisse l'entraver et que le mien ne tourne plus autour de grand chose avec tout autant de fatalité, tandis que le vent souffle encore sur cette plaine qui m'est si chère, comme aux temps de mes premiers pas sur ces terres qui m'ont tant donné, alors que je commence moi-même à profondément m'essouffler, la vie continue.
Le rythme effreiné qui me pousse seconde après seconde vers l'aliénation professionnelle, sentimentale, pour ne pas dire "mentale" tout court m'éloigne doucement mais surement de ce à quoi je tenais. Les miens s'effacent peu à peu et finissent par devenir des îles lointaines, de moins en moins visibles au fur et à mesure que le courant m'entraine vers le large. Ce cynisme qui hier faisait de moi un roc m'érode aujourd'hui au point que le peu de vie qui m'animait encore il n'y a pas si longtemps semble s'être évaporé dans les airs.
Dans cette descente aux enfers pleinement assumée, pour ne pas dire recherchée et provoquée, je me prends parfois à renouer avec l'espoir, ce vil halucinogène qui sait me toucher en plein coeur comme pour mieux me pousser à la rechute.
Cet opium dont je ne parviens à me défaire se présente sous les jolis traits d'un surfeur des temps modernes, d'un prince des nouvelles technologies, d'un génie du goût virtuel dans ses choix de lecture blogguistique. En d'autre terme, ce qui me maintien en vie à ce jour et ce qui me fait revenir ici aujourd'hui alors que je n'ai absolument pas le temps et que j'évite soigneusement notre-directeur-bien-aimé que je ne supporte plus et les standardiste, qui ne comprennent décidement pas ce que "Je n'y suis pour personne" veut dire, c'est toi. Oui, toi le lecteur de mon coeur, tu es cette force invisible qui me fait soulever des montagnes (en l'occurence celles créées par les documents s'empilant sur mon bureau et dissimulant le clavier qui m'unit à toi telle un cordon ombilical) et me fait redoubler d'adresse pour fuire les importuns en évoluant dans les bureaux avec la discrétion d'une ombre, un peu à la manière d'un Steven Seagal après une projection de son dernier film à la critique.
Non, bien évidemment, je déconne et comme à l'acoutumée, j'en rajoute. Je ne vais pas trop mal, je suis juste tenu éloigné de toi par les choses de la vie, professionnelles notamment et j'ai aujourd'hui décidé de m'autoriser certaines pauses pour répondre à tes nombreux mails (par le biais de ce comm', en vrai tu sais bien que j'ai déjà répondu à chacun de toi) et te dire de ne pas t'en faire. Car ca ne va pas trop mal.
J'en profite au passage pour te féliciter de ces petits gestes d'attention qui m'ont touché, pour ne pas dire ému. C'est que j'en deviendrai presque sensible, j'en suis même à me demander si tu n'aurais pas quelques vues sur moi et là je me dois de t'arrêter tout de suite. D'une part, je ne suis pas fréquentable, je ne suis tout sauf (le jeune) l'homme qu'il te faut, d'autre part, je suis au regret de te dire que la seule chose qui m'intéresse, ce sont les Nabaztags et non les lecteurs faits de chair et sang (ou de 1 et de zéro). Désolé donc mon petit, je ne suis l'homme que d'un seul lapin et je ne mange pas de ce pain là.
Voilà voilà, en bref, rassure toi, je pars un peu à la neige dans quelques jours, et je te reviens d'ici 2-3 semaines (je ne pars qu'une semaine sur les deux que j'ai posé mais tout dépend de la charge de travail à mon retour) pour redevenir celui que tu as tant aimé.
Tu ne m'en voudras pas de ne pas t'envoyer de carte postale, je n'ai pas toutes tes adresses et surtout, j'ai prévu un budget génépi qui ne permet pas de s'éparpiller en achat de timbres et autres marmottes en peluche qui sifflent (en vrai j'bois quasiment plus depuis que j'ai repris le sport, mais dire ca , ca serait trop se la jouer et tu sais à force de me lire que ce n'est carrément pas mon genre...).
A bientôt donc.
Je t'embrasse.
Ps: en vrai, tu (et par extension le fait d'écrire) me manques drolement, plus que je ne me le serai imaginé. Marrant comme les choses les plus futiles et celle qu'on maitrise le moins peuvent soudain avoir une importance toute particulière...
05 décembre 2007
Le lapin et la madeleine
Des faux airs de Time Square (du pauvre), une avalanche de néons, lumières et publicités ayant pour but de rendre les gens complétement dingues et de les faire sombrer dans une frénésie consommatrice. L'éléctricité qui plane dans l'air de nos centres ville et de leurs abords commerciaux ne laissent aucun doute sur l'imminence d'un évenement grave, pour ne pas dire terrifiant. Les pères noël fleurissent comme les rameaux de houx (Oui cher lecteur tatillon et botaniste dans l'âme, le houx ne fleurit pas. C'est une image) et les mannequins logeant dans les vitrines des grands magasins se parent de leurs plus beaux atours pour racoller les clients hésitants. Le tout assorti de chants de noël se situant entre le répertoire des petits chanteurs à la croix de bois et d'interprètes aux noms de scène commencant par "Tin" (Tino Rossi, Tina Arena...). La révolution de la culture des fêtes de fin d'année est en marche.
Hier alors que je rentre d'une journée de travail harassante ne m'incitant pas forcément à partager cette ambiance festive qui semble s'être emparée de la ville, je passe comme chaque jour par LA place. Cette place ressemble aux mille et une place de centre ville. Une place commercante, vaste et emblématique autour de laquelle la ville semble tourner, comme un revival des forums qui faisaient jadis l'animation des cités romaines. Un lieu de vie situé à deux pas de chez moi que j'ai appris à aimer au fil des mois, séduit par cet écrin discret que lui confére l'éclairage subtil et gracieux une fois la nuit tombée. Toujours est-il qu'hier soir, le charme n'opérait plus. En effet, sous couvert des fêtes de fin d'année, les services municipaux transformaient sans scrupule la beauté raffinée de l'espace en une sorte de condensé des horreurs "noëlisitiques" que l'on trouve ca et là depuis quelques jours. Une ébauche de patinoire disproportionnée, de la neige de pacotille, des sapins en veux tu en voilà, un massacre. Et juste des sapins, aucun boulot, aucun chêne, pas même un hêtre. Imagine ce vide resenti lors de cette vision lorsqu'on sait que selon la formule consacrée, un seul hêtre vous manque et tout est dépeuplé. Un choc qui me fit accélerer, comme pour ne plus m'obliger à contempler l'horreur de la scène. Je rentrais donc chez moi avec empressement, effaré par tant de rouge, vert et blanc.
Je te fais grâce des prospectus remplissant ma boite aux lettres en vantant les promotions de Nowel, le gardien croisé dans le hall avec son Normann de Nowel dans les bras (Non, ca rien à voir avec d'éventuels penchants pour les suédois répondant à ce doux prénom. Tu l'as comrpis, il s'agit de la variété de sapin qui ne perd pas ses épines) et l'impression désagréable d'être le dindon (ou le chapon, c'est selon) de la farce en payant un abonnement TV pour se faire refourguer des coupures pub de 15 minutes sur Nowel quelque soit la chaine. La magie de Noël prenant des faux airs de propagande commerciale si tu préfères.
Une seule réaction s'imposait suite à ce constat amer de l'instrumentalisation d'un évenement portant à l'origine un message à mille lieues de cette marketisation (tu aimes les mots inventés, moi aussi) actuelle. J'ai donc décidé de penser un peu à moi toi en te faisant participer à ce détournement massif des valeurs chrétiennes et en t'imposant MA vue de l'esprit de Noël.
Tu vas donc pouvoir investir durablement et en toute confiance ta modeste personne et surtout tes économies dans ce qu'il convient de définir comme une "cause d'intérêt public" : M'acheter un cadeau.
Rassure toi, fini les goûts de luxe et l'intérêt pour des objets extravagants dont la valeur approche le Produit Intérieur Brut du Bostwana. Il y a 1 an , je t'aurais demandé une porsche carrera gt, une tank Cartier de 1967 ou encore le dernier ensemble son de Bang & Olufsen. Mais aujourd'hui, je suis plus humble dans mes volontés et j'ai su redéfinir mes priorités pour me concentrer sur l'essentiel. Ainsi, dans une optique de démocratisation mais également de prise de responsabilité, j'ai décidé aujourd'hui de te commander quelque chose qui sera le symbole de ma nouvelle condition modeste.
<<< Lui. C'est lui que je veux. Nabaztag (http://www.nabaztag.com/fr/index.html).
Un Lapin tu dis ? Non, LE Lapin, le Lapin ultime même. La quintessence de la fraicheur et de la branchitude agrémentée de deux oreilles. Ou comment faire d'un rongeur une icône de la mode en lui permettant de jouer un rôle dans la vie des tous les jours. Un Yatch ou une belle italienne de Maranello aurait été synonyme de caprice, Nabaztag lui est un symbole du blackmilk way of life. Il est donc scandaleux que je n'en ai pas encore un et je t'invite à m'en offrir un de suite. Ou à passer ton chemin.
Je sais, il n'y a pas de plus beau cadeau que celui auquel on ne s'attend pas et qui viendra par sa présence combler ce manque qu'on n'avait pu identifier pendant toutes ces années.Et puis, selon la maxime, c'est l'intetion qui compte... Mais là, crois moi, je ne m'attends vraiment pas à ce que mon lecteur chéri (oui, toi que je bichonne depuis maintenant plus de trois mois, suant sang et eau pour te satisfaire chaque jour d'avantage) me l'offre. Tu peux donc me l'offrir, ce sera une vraie surprise qui me comblera comme tu ne peux te l'imaginer. Et puis seul l'intetntion de m'offrir le Lapin s'avèrerait payante en ces temps (pour moi) difficiles. Comme un symbol du renouveau Blackmilkien.
Car tu sais, ce lapin me rappelle un peu ces playmobils que j'avais convoité des mois durant en passant chaque jour devant la vitrine du jouéclub en rentrant de l'école. Des playmobils de compét' s'il te plait, rien de moins que la cavalerie des playmobils avec le petit chariot et les revolvers qui leurs permettaient de défendre leur scalp face au indiens (Toi le lecteur qui jouait aux playmobils, tu partages d'ailleurs avec moi cette spécificité technique des personnages en question dont les cheveux en dents de scie étaient amovibles et simulaient donc à merveille le cow-boy scalpé - et contribuaient par la même occasion à la hausse du taux de mortalité infantile par étouffement chez les moins de 36 mois). Chaque jour, je me disais que je les voulais et chaque jour je m'imaginais quel scénario je pourrais leurs faire jouer. Plus que la possession, le fantasme de pouvoir un jour les toucher me procurait déjà beaucoup de plaisir avant même d'avoir pu approcher ne serait-ce que l'emballage. Et quelle joie de les découvrir au crépuscule du 24 décembre, cette fois-ci bien présents sous le papier brillant de mille feux comme pour mieux faire écho au petillement de mes yeux à l'instant précis ou je me les appropriais. Ce Lapin, c'est le moyen de me souvenir de tous ces noëls heureux passés avec mes proches en perpetuant la tradition.
Une revanche sur le présent qui m'éloigne sans que j'y puisse quoi que ce soit de ce que je considère à présent comme la vraie magie de noël, à savoir le regard de mes parents et grand-parents fous de joie de nous voir découvrir avec bonheur ce qu'ils avaient choisi justement dans ce but précis. Ce lapin, tu l'as compris lecteur de mon coeur, je ne veux pas que tu me l'offres (enfin un peu quand même mais bon), à part peut-être si tu es ma mère, mon grand-père ou mon père (Mais Maman, si tu es arrivée jusqu'ici, les éventuels passages sous-entendant une sexualité latente sont purement fictifs, tu sais bien que je serai toujours ton petit garçon innocent ...). Ce lapin tout merchandisé, ciblé, conceptualisé et brandé qu'il soit, il a tout compris à la magie de Noël lui (par opposition à toi). Il sait que Proust n'a rien inventé, que la nostalgie se répand sans qu'il y ait besoin d'une quelconque patisserie et que ce phénomène merveilleux revient chaque année à la même date, aux alentours du 24 Décembre pour nous pousser un peu plus dans nos derniers retranchements et nous rappeller à des moments marquant de nos vies.
Parce que Le Lapin lui, (contrairement à toi) il sait que Noël est sans doute la fête la plus commerciale qui soit. Mais il n'oublie pas que derrière ces décors inventés de toute pièce, derrière ces sapins en plastique, cette neige en bombe, ces décorations enlaidissant (dans certain cas) le patrimoine historique et esthétique de nos villes se trouvent des trésors de bonheur à l'état pur, autant de moyens de revivre chaque année ces moments qui nous ont construit et ont scellé à jamais dans nos corps d'adulte ces éternelles âmes d'enfant que nous laissons ressortir trop rarement.
Alors toi aussi, participe à l'achat de mon Lapin, envoie tes dons à la Blackmilk foundation, Rabbit departement (modalités de paiement expliquées sur simples demande à commentmejoindre@hotmail.fr).
Merci pour lui.
30 octobre 2007
Tranche (de comté, de jambon à l'os et) de vie...
Deux billes noires, brillantes d'arrogance et d'impétuosité, comme si la vie elle-même vous renvoyait le reflet de cet instinct animal qui se terre en vous, dissimulé et contenu par les rites sociaux, les conventions, la bienséance et toutes ces fichues barrières inutiles que des milliers d'années d'évolution ont imposées malgré vous. Deux fenêtres s'ouvrant sur l'immensité par lequelles la malice et la curiosité s'échappent pour vous frapper de plein fouet. Par pseudo-romantisme ou par poésie maldroite et paresseuse, ces deux organes sont souvent assimilés à des "miroirs de l'âme". Seulement voilà cher lecteur, tu es sans doute un ardent défenseur de la cause animale et je te concède qu'il m'arrive à moi aussi de tomber malgré moi dans le registre de l'affect quand il s'agit de nos amis les bêtes. Il n'empêche que dans le cas présent, je te mets au défi de trouver quelque chose qui apporterait ne serait-ce que le soupson d'une preuve que la "bête" en question soit pourvu d'une âme ou de quelque chose s'en approchant un tant soit peu.
Ce regard là, c'est celui du prédateur, celui que tu revêts lorsque tu te mets en chasse d'images interdites aux moins de 18 ans sur google (je tiens d'ailleurs à saluer ici publiquement ton ingéniosité: t'es vraiment trop fort, tu parviens à t'éveiller à la sensualité alors même que tes parents t'imaginent surfant sur internet pour réviser ton brevet blanc et même si tu t'es légèrement trompé en atterissant ici, tu as le mérite d'avoir essayé), celui qui effraye les petites vieilles à la boulangerie le dimanche matin à 14h (Oui, 14h le dimanche pour toi comme pour moi c'est encore le matin!) lorsque après être entré dans l'échoppe, tu t'aperçois qu'il ne reste plus que deux croissants au beurre et que les 5 personnes qui sont arrivées avant toi vont tout faire pour s'en emparer afin de s'en délecter devant Michel Drucker ("Vous aimez les chiens? Magnifique!" ...) dont l'émission connivente à souhait te donnerait sans doute une furieuse envie de régurgiter les viennoiseries en question. Ce regard vicieux, cette envie de sang que tu devines, ce besoin qu'a la bête d'en découdre à toute fin, comme pour bien te faire comprendre que l'homme ne se situe pas nécéssairement au sommet de la chaine alimentaire, tu l'as déjà croisé en regardant le premier opus des Dents de la Mer et tu en as encore froid dans le dos ( tu te rappelles ces moments particulièrement difficiles où à 6 ans, tu te rendais dans ta chambre terrifié par le film en question, la musique encore dans la tête et te cachais sous la couette, des fois qu'un horrible requin mangeur d'homme vienne croiser au large de ton lit)...
Alors que la créature me dévore du regard, retenue par une solide grille en fer forgé, je me rends compte que mon périple touche à sa fin. Je suis arrivé chez mon père pour le week-end et Yuki, son York-Shire nain vient m'accueillir avec tous les usages dus à mon rang, c'est à dire tous crocs dehors. Plusieurs heures de route pour arriver dans mon Est Natal afin de montrer à ma famille paternelle que je suis toujours en vie et le plus impatient de tous s'avère être une boule de poils d'environ 25 centimètres cubes qui prend mon jean pour un grattoir... Mon père et ma belle-mère viennent à leur tour, l'étreinte est forte et douce à la fois. Celà fait 6 mois que l'on ne s'est pas vu, touché, regardé. Il fait nuit et le climat rude de l'Alsace se fait cinglant sur nos peaux comme pour mieux nous pousser vers l'intérieur. J'ai grandi (bien que celà ne soit plus le cas depuis maintenant quelques années), cette barbe de 2 jours me va bien, je n'ai pas trop changé, est-ce que je n'ai pas trop eu de monde sur la route, suis-je fatigué, est-ce que j'ai faim?... Entre chaque question, ils prennent une respiration savamment calculée pour me laisser ébaucher des brides de réponses. Mon plat préféré (tout du moins celui qu'il réussit le mieux selon moi). Il y a pensé, il l'a préparé ce midi pour que je puisse me régaler à cette heure tardive. Nous échangeons quelques banalités sur la famille, le travail, les amis histoire de garder le meilleur pour le lendemain. Nous sommes tous crevés et ils ne m'en veulent pas lorsque je décide d'aller me coucher en leur promettant que demain, la journée de travail, les heures de route et leurs effets ne seront plus qu'un mauvais souvenir. Demain c'est promis, je serai fidèle à l'image qu'ils ont de moi, plein de peps et rayonnant.
"Rayonnant"? Tu trouves que le choix de ce mot est exagéré, voir vaniteux ? Il n'en est rien. Depuis mes 4ans, mon père et moi sommes séparés par plusieurs centaines de kilomètres qui n'ont pas favorisé nos rapports. Au fil des ans et au rythme de 3 semaines en été et une semaine en hiver, nous avons appris à nous connaitre de loin, d'une façon superficielle qui a été pour lui comme pour moi le terreau idéal aux fantasmes et aux éxagérations de tout ordre. L'absence sublime les choses, le fait de ne pas voir la personne ou de ne l'appréhender que par des brides de situation ou des faits rapportés a tendance à enjoliver la réalité. Nous sommes devenus l'un l'autre des êtres irréprochables, des caricatures inversées de père et de fils. La différence entre nous deux, c'est que moi j'ai fini par en revenir en comprenant que la distance géographique n'expliquait pas tout, et il ne peut désormais plus se targuer d'incarner le père idéal.
Ils habitent un petit village de 230 âmes, le genre de village typique avec des colombages, des tracteurs et un nombre d'élécteurs d'extrème droite honteusement elevé. Le choix n'est pas délibéré et leurs vies professionnelles leur ont permis de rester à proximité du berçeau familial en s'exilant dans ce temple du baeckeofe (un plat traditionnel alsacien) . Eh oui cher lecteur, toi qui m'imaginait déjà en mangeur de Choucroute et buveur de Schnaps confirmé, tu n'as pas tout à fait tort mais il faut néanmoins que tu saches que je suis tout sauf alsacien. Notre fief, cet endroit chéri où la dynastie blackmilkienne sévit depuis des siècles n'est pas si éloigné et la journée suivante sera l'occasion d'aller en pélerinage dans notre Mecque à nous, une grosse bourgade du Doubs en Franche-Comté, le pays de la bonne chair et des paturâges mêlés aux forêts de connifères nordiques. J'avais pensé qu'après le petit déjeuner comme à l'acoutumée déraisonnablement copieux, nous irions d'abord mangé en montagne mais la météo ne fut hélas pas au rendez-vous. Nous nous sommes donc précipités de l'autre coté de la "frontière", histoire de voir s'il faisait toujours aussi bon vivre du côté des "français de l'intérieur".
Et nous ne fumes pas décus. Gastronomie locale le midi, visite culturelle en famille à l'heure de la digestion suivi d'une virée dans une fruitière et un tuyé comtois (pour toi lecteur profane, une fruitière est le le lieu où l'on élabore les fromages fruités et le tuyé celui où l'on fume la viande - rien à voir avec tes pratiques de junkie) à l'initiative de ma belle-mère, histoire de compléter le colis qu'ils m'ont préparé et qui devrait me permettre de faire du prosélytisme culinaire une fois rentré dans mon "autre chez moi". Plus le temps file (à une allure délirante comme à chaque fois que je retourne là bas), plus je m'interroge sur ces gens pour qui passer un week-end avec leurs parents de temps à autre est une corvée. Je n'arrive pas à la conçevoir et à l'instant même où je t'écris, j'ai du mal à imaginer que l'on puisse se priver sciemment d'un tel bonheur.
Arrive la fin d'après-midi et ses promesses de retrouvailles poignantes. Il y a déjà presque un an que mes grand-parents paternels ne m'ont pas vu, un an que je n'ai pas chahuté ma cousine, écouté ma tante faire le sermon à mon oncle parce qu'il reprend du désert. Il est là, il trône toujours fierement au coeur de la rue centrale, ce paquebot qui symbolise notre famille dans son ensemble. La maison de mes grand-parents, celle qui a vu grandir mon père puis moi, celle dont l'immensité ressentie alors que j'étais enfant est intacte, semble même avoir grandi avec moi. Je n'y ai passé que la première année de ma vie et même si en toute honnêteté je ne m'en souviens absolument pas, je suis ici chez moi.
Une corne d'abondance. C'est l'effet que me fait notre tablé sous le regard bienveillant de mon grand-père, patriarche d'un autre temps donnant le change au véritable maitre des lieux tirant les ficelles dans l'ombre, ma grand-mère. C'est un festin de sucre, de sel, arrosé de deux vins somptueux que mon grand-père m'a laissé choisir dans sa cave. Je ne suis certes pas expert en vin mais certains noms et certaines années rendent toute erreur impossible...Abondance de nectar, abondance de chair, abondance de rire, trop plein d'amour. Je te vois déjà me conspuer en te disant que j'ai le chic pour dépeindre ces tableaux de vie familiale avec une connivence et un embelissement candide qui prête à l'insolence. Peut-être, peut-être que la joie et l'ivresse de ces moments rares me poussent à les voir plus beaux et plus parfaits qu'ils ne le sont en réalité. Mais pour être honnête avec toi, je m'en contrefous car moi, c'est comme celà que je les vois, c'est comme ca que je les vis.
Ma cousine n'est pas là, j'ai prévenu au dernier moment et son ami et elle s'étaient déjà engagés à recevoir de la famille. Qu'importe, mon père, d'autres et moi décidons de répondre présents à son invitation de passer pour dessert alors que nous l'avons déjà pris chez mes grand-parents. Nous arrivons là-bas déjà joyeux, et mon père qui jouait l'un des chauffeurs et était donc contraint à la sobrieté était tout aussi en forme que nous autres passagers légèrement ivre de bonheur (et d'alcool). Rires, pleurs (de rire) thé à la menthe servi à la marocaine et préparé par le concubin de ma cousine, (car toute traditionnaliste qu'elle puisse être de par certains de ses membres -mon grand-père pour ne pas le citer-, ma famille paternelle n'en est pas moins devenue cosmopolite) manque de respect flagrant pour leurs voisins qui viendront se plaindre le dimanche matin, nous faisons tout à coup fi de nos bonnes manières, comme portés par la frénésie collective de cette douzaine de personnes évoluant dans ce 4 pièces à 1heure du matin. Et puis plus tard dans la nuit, il faut partir, aller voir si Yuki (Teddy de son vrai nom - pas forcémment moins ridicule selon moi) est toujours en vie, excuse minable et ne trompant personne pour aller nous effondrer dans nos lits respectifs, terrassés par cette journée pleine à raz-bord d'émotion. L'abondance, encore et toujours, poussé quasiment jusqu'à l'excès. Mon grand-père cède à la mièvrerie en me tendant son couteau suisse:
-Tu as toujours lorgné desssus. Il est à toi, c'est le début de l'héritage! dit-il en riant.
Ma grand mère m'embrasse, met (tant bien que mal) ses deux mains frèles sur mes épaules qui lui semblent démesurément hautes:
-Merci d'être venu nous voir, c'est très gentil.
Pas un reproche quant à la durée séparant nos deux dernières rencontres, comme par pudeur et par respect de la réciproque. Ils ont eux aussi brillé par leur absence sous couvert de l'éloignement kilométrique, ils acceptent donc malgré eux cette situation dont ils sont en partie responsables.
Mon père dit à mon grand-père qu'ils passeront les voir Jeudi 1er. Mon grand-père ne peut s'empêcher de plaisanter en disant que le 1er Novembre, il sera peut-être mort. Je remonte les deux marches que je venais de descendre, lui lancant sur un ton aussi complice qu'irrespectueux:
-T'as pas intérêt à crever avant que je revienne. J'reviendrais t'chercher moi tu sais!
Il rit de bon coeur à ces paroles peu agréables mais que le ton assuré et joyeusement irrévérencieux fait passé comme une lettre à la poste. Mais tandis que j'écris cette phrase, je ne peux m'empêcher de la regretter, de me dire que cette fois encore j'en ai fait trop.
Lendemain matin, petit déjeuner à rallonge, eux dans leurs peignoirs brodés à leur prénom comme une caricature de couple idéal, moi dans ce peignoir vert pâle aux manches deux fois trop courtes pour moi qu'ils m'avaient acheté "pour la maison" il y a quelques années... Discussion surréaliste mêlant politique et couleur des cheveux de ma belle-mère. Mais déjà la vraie vie, celle qui m'éloigne d'eux me rappelle à elle.
Il me regarde à nouveau avec la même lueur dans le regard et dans son petit esprit canin, mon visage est vraisemblablement assimilé à une surface sur laquelle il est agréable de passer sa langue (mais reprends toi cher lecteur feminin, je ne suis sans doute attirant que pour les Yorshire...). Les étreintes sont une nouvelle fois de circonstance et le moteur de ma voiture qui démarre tout à coup ne lui laisse aucun doute sur la proximité du déchirement annoncé. Ils sont cette fois trois derrière les lignes noires de fer forgé, comme emprisonnés par ces "choses de la vie" qui nous empêchent de partager plus de temps ensemble. Celà fait maintenant deux jours que je les ai quitté et l'on ne se reverra probablement pas avant un long moment. Ce matin encore, face au miroir je ne peux m'empêcher de voir ce que les personnes de mon entourage actuel ne peuvent deviner, ce regard dans lequel se mêle la joie des retrouvailles et la tristesse de la séparation. Ce sourire pincé par la mélancolie, celui que j'arborerais déjà il y a 21 ans lorsqu' après plusieurs jours passés ensemble, je voyais partir au loin mes espoirs et mes rêves d'avoir un "vrai" père à mesure que sa voiture s'approchait de l'horizon.
05 octobre 2007
Perdu de vue
Si je t'écris ce post aujourd'hui, c'est pour te rassurer. Je sais en effet qu'il devient de plus en plus dur pour toi de voir défiler les jours sans avoir ta dose quotidienne de chronique blackmilkienne. Je comprends ton désarroi et sois sûr du fait que je sois désolé de te faire autant de mal en te délaissant quelque peu. Ne va pas te faire de mauvais sang en pensant qu'il m'est arrivé telle ou telle chose: je n'ai pas été enlevé par les Farcs (non, ce ne sont pas des extraterrestres malgré leur belle couleur verte) durant un voyage d'affaire à Bogota et heureusement vu l'éfficacité avec laquelle notre diplomatie s'escrime à libérer Ingrid Betancourt depuis plusieurs années, je ne suis pas mort dans un accident de voiture au cours duquel la dernière chose qui me serait passée par la tête aurait été ma colonne vertébrale (les plus drôles d'entre toi comme dirait Meryll auront vu dans cette phrase un vil plagiat d'une blague très connue, les autres vous pouvez sans problème louer une fois de plus mon humour si fin et efficace) et je n'ai pas non plus assumé l'entière responsabilité de la nullité de mes propos depuis un mois et demi de la pauvreté de la ligne éditoriale de ce blog (Comment ca "Quelle ligne éditoriale?" ?) en me retirant définitivement de la rédaction de post.
Alors ne te démène pas pour ramener Jacques Pradel sur les ondes hertziennes en mobilisant les foules pour que l'émission Perdu de vue soit à nouveau diffusée, le tout dans le but inavoué de me retrouver enfin et de vivre ta vie par procuration (j'l'assume pas cette référence là) en te nourrissant de mes aventures palpitantes, cela ne servira à rien.
Je devrai revenir à un rythme régulier d'ici peu, il se trouve juste qu'en ce moment je croule sous le boulot. Voilà pourquoi, même si je m'autorise quelques instants de répit pour répondre à tes commentaires, je ne peux en ce moment pas me permettre de partager avec toi les pensées s'entremêlant dans mon esprit tortueux par la voie habituelle des billets joyeusement postés ici.
Pour te dire, il est 17h45 passées, nous sommes vendredi et ... je suis encore au travail!!!
Tu comprendra donc que je ne m'attarde pas d'avantage et que je te laisse comme ca, en plan, sans relire et avec encore plus de fautes de frappe et/ou d'orthographe qu'à l'accoutumée.
Il est un temps où il faut savoir partir... mais dès la semaine prochaine, à l'instar d'un T1000 (Chère lecteur blonde, le T1000 est avec le padawan l'élément culturel indispensable à la compréhension du raisonnement masculin de tout homme de moins de cinquante ans alors renseigne toi!)...
I'll be back.
NB: Oui, oui, c'est vrai, toi qui n'est pas blonde, tu sais que le T1000 ne revient effectivement pas et qu'il ne prononce en aucun cas cette phrase mythique. Seulement voilà, il faut bien que j'y aille étape par étape dans l'optique de ne pas perdre mon lectorat dans les méandres de la culture cinématographique de haut vol!
Et pour te faire patienter, je fais preuve d'une fougue sans précédent en t'embrassant dans le creux situé juste au dessus de la hanche, tu sais just à l'endroit où c'est particulièrement doux.
Ton Blackmilk
23 septembre 2007
Friday Night Fiever
A l'heure ou certains se pressaient dans le dernier bar à thème à la mode ou se ruaient dans l'enfer des dancefloor afin de s'enivrer de parfums mélangés de tabac froid, d'eau de toillette de supermarché et de sueur, je décidais de donner à mon vendredi soir une touche d'exotisme et d'originalité en m'invitant à diner chez ma mère. Car comme tu le sais (si tu le sais petit lecteur, je t'en ai déjà parlé mais tu ne te souviens jamais de rien, tu serai même capable d'oublier notre anniversaire!), je suis en quelque sorte une expatrié et 85 kilomètres me separent de ma famille. J'ai donc décidé de m'inviter auprès de gens que j'aime histoire de voir si (et une fois plus d'en être parfaitement convaincu) l'herbe est plus verte ailleurs. Il faut dire que sans aller jusqu'à souffrir du complexe d'Oedipe, j'aime terriblement ma mère (oui je sais, cela fout un coup à cette magnifique réputation de macho fier et incapable de laisser transparaître quelque sentiment que ce soit que je commencais à me faire mais ne t'inquiète pas, je trouverais bien un moyen de remédier à cela) et nous souffrons tous les deux d'avoir du mettre fin à nos déjeuners hebdomadaires dans des restaurants dans lequels nous avions nos habitudes depuis des années. Son ami (et par extension mon beau-père) est quant à lui un homme charmant et authentique qui fait de son mieux pour la rendre heureuse et qui à ce titre mérite lui aussi toute mon affection. Et ne parlons pas de mon grand-père, ce clown patriarche sans qui j'ai souvent beaucoup de mal à me fixer sur "le bon côté des choses" et donc à vivre. Tu l'auras compris lecteur de mon coeur, Vendredi je suis retourné dans ma famille et même si tu ne t'en es pas rendu compte, tu faisais partie du voyage. Reste que j'espère que tu aimes les galettes bretonnes et les cocottes en fonte sinon tu vas peut-être avoir du mal à me suivre et je te déconseille fortement la lecture de ce post.
Ma mère comme a l'accoutumée avait voulu cuisiner quelque chose d'original et d'élaboré, comme pour parfaire un peu plus son image de femme moderne et omniprésente qui est aussi à l'aise en Cuisto' aux fourneaux qu'en Working Girl au bureau. Elle s'était également escrimée à faire quelque chose qui serait à coup sûr en adéquation avec mes goûts culinaires et ca n'a pas loupé. Nous avons donc eu la chance d'échanger des souvenirs et des nouvelles en nous sustentant d'un repas qui rendrait vert de jalousie les plus grands chefs au monde, fussent-ils des rats surdoués évoluant dans un dessin animé de Walt Disney. Tu l'auras compris cher lecteur, culinairement parlant c'était donc comme dans le film à succès Ratatouille, la morale en moins. Et de la ratatouille, il n'y en a avait d'ailleurs pas au menu mais je ne t'en dévoilerais pas plus afin de ne pas trop te mettre l'eau à la bouche. En effet, pourquoi me risquerais-je à te torturer en te parlant de la quiche aux fines lamelles de boudin blanc et de lardons sur lit de crème fraîche, de pommes et de pommes de terre ? Non, je ne me vois pas te torturer et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle je ne te parlerais pas du filet mignon aux pruneaux et à la crème accompagné d'un basmati à la cuisson et à la présentation parfaite. C'est comme si je te parlais de cette délicieuse coupe glacée dont le surprenant coulis de raisin de vendeanges fait-maison accompagnait à merveille la crème glacée parfum crème brulée/vanille garnie de fines tranches de kiwi. Non non et non, je ne voudrais pas que tu t'étrangles avec ton emballage pizza hut en découvrant qu'il existe d'autres mets que ceux inspirés de la junkfood américaine! Il en va de ma responsabilité d'auteur.
Régis (non, ce n'est pas un con, c'est mon beau-père alors tu vas ranger ta culture de Nul et te calmer vite fait) avait quand à lui sorti un petit Cabernet d'Anjou dont les arômes à la fois forts et sucrés sublimaient le délicieux repas qu'il avait préparé avec ma mère. Il tenait pour une fois sa place dans cette celulle familiale dense et inpénétrable (aucune connotation, c'est quand même de ma famille que l'on parle là alors tu laisses au vestiaire ton petit esprit pervers et torturé) et était on ne peut plus présent, lui qui d'habitude est assez discret et apparait même certaines fois comme légèrement en retrait. Cela tient sans doute du fait que nous avons tous les deux passé une bonne partie de la soirée à taquiner ma Mère et qu'il a trouvé un soutien dans sa lutte contre le diktat féminin et la toute puissance du beau sexe. Cette rebellion s'inscrivant dans une guerre des sexes séculaire lui a donné une assurance et un aplomb que je ne lui connaissais pas jusqu'à ce jour. Ma mère elle-même ne s'y est pas trompé et semblait à la fois surprise et charmée par ce nouveau Regis qui se montrait un peu plus.
Mon Grand-Père quant à lui arriva en retard mais avait dans les bras une bouteille de mon champagne préféré et fut donc pardonné. Il revenait de quatre jours passés en Bretagne d'où il ne nous avait "pas envoyé de carte mais rapporté des galettes bretonnes". Cet homme a toujours eu le don de savoir parfaitement à qui il parlait et d'identifier en un clin d'oeil les forces et les faiblesses de cet être humain qui lui apparait comme un livre ouvert dont il n'a plus qu'à feuilleter les pages. Une fois de plus, il savait comment me faire plaisir (Et oui petit lecteur, dans 99% des cas, les cartes postales n'ont pas le goût du beurre et c'est sans doute pour cela que je leurs préfère les galettes!). Il nous raconta son séjour avec le regard plein de lumière et d'iode et ses yeux se mirent encore plus à briller lorsque ma Mère apporta le déssert. Il a toujours été et demeure encore à ce jour un gosse joyeux et gourmand. Au delà de ces saloperies sucrées que son médecin lui déconseille depuis des années et qui le font grimper au rideau, la gourmandise de mon grand-père a pour principal object de convoitise la vie dans son ensemble. La vie de mon grand-père n'a justement pas toujours été facile mais il n'a jamais perdu cet appêtit féroce de tendre vers le bonheur et de profiter pleinement de tout ce qu'il était allé décrocher pour ses prôches, y compris la lune. Je regrette souvent de ne pouvoir le voir plus mais il se trouve que contrairement à ce que tu penses, ce n'est pas de mon fait. Mon grand-père a en effet un agenda très chargé , peut-être même plus chargé depuis qu'il est soi-disant à la retraite. Il n'empêche que je préfère le voir moins mais pouvoir continuer à trouver chez lui ce sourire et cette joie de vivre qui s'étaient quelque peu éteints lorsque ma grand-mère nous a quitté.
Nous parlons de tout, de rien.Je leur parle de ma future nouvelle voiture, mon grand père ne peut s'empêcher de brandir son statut d'ancien professionnel de l'automobile et me "déconseille fortement d'acheter étranger". Mon grand-père s'est fait tout seul et peut se vanter d'une belle réussite professionnelle que beaucoup de ses concurrents lui envie. Il a eu la chance de cumuler succès d'estime et réussite financière et a vu passé entre ses mains les plus beaux joyaux de l'industrie automobile mondiale. Il aurait pu se payer une belle voiture de sport quand il voulait et avoue même un faible pour certaines anglaises luxueuses qu'il a pu approché. Malgré celà, peut-être autant par pudeur que par conviction professionnelle, il a "toujours roulé français" et estime que si quelqun ne doit pas céder aux avances des industriels étrangers, c'est son petit-fils! Moi, je ne céde pas (à lui tout du moins) et m'amuse à jouer au petit con insolent en démontant un à un ses arguments alors que j'aurai pu laisser couler et faire comme si de rien. Ce n'est pas aux vieux singes que l'on apprend à faire la grimace et il apprécie mon répondant, ne perd pas la face et nous fait son show en s'en sortant par une pirouette dont lui seul à le secret. Ma mère nous écoute et pose sur nous un regard bienveillant et amusé. Elle me parle de ses envies de voyage, je lui parle de son avenir professionnel en voyant jusqu'où je peux inverser les rôles. Regis et mon grand-père parle de bricolage et je m'y intéresse alors que je n'y connais absolument rien. Nous parlons sport, politique, religion. Mon grand-père s'amuse de me voir m'emerveiller devant ma mère qui faisant fi des convenances apporte la cocotte en fonte qui a nourri mon enfance afin de faire le service à table. Il ne manque que mon frère et sa chère et tendre mais ils sont retenus à une soirée prévue de longue date. Je suis chez moi.
Je suis chez moi...
Mais déjà arrive le moment de partir. Rien de déchirant, aucune tristesse, au contraire. Nous savons tous que ce genre de moment est précieux et il serait vraiment dommage de gâcher tout cela avec de la tristesse et des larmoiements. Tandis que je me dirige vers ma voiture, mes galettes dans la main, ma mère et moi échangeons quelques banalités, histoire de poursuivre la magie du moment. Je baisse la vitre malgré la fraicheur de la nuit et même si nous n'avons physiquement pas les larmes aux yeux, nos coeurs eux ne mentent pas et l'embrassade ayant précédée ma montée en voiture ne laisse aucun doute sur la proximité de notre prochain réunion de famille. Je me décide à démarrer sans jeter un oeil dans le rétro, comblé et si heureux qu'apparement, cela se lit sur mon visage. Plus ou moins quinze jours me séparent de la prochaine bouffée d'amour désintéressé, incondionnel et sans borne. Me voilà m'en retournant tranquillement vers les autres pans de ma vie de jeune homme déraciné mais néanmoins installé et la tristesse n'a une fois de plus pas gagné sur l'enthousiasme. N'empêche que j'ai hâte de récidiver.

