Je vis une époque formidable...

J’aurais pu me payer un psy, écrire un synopsis inspiré de ma vie, le vendre à Spielberg pour 15millions de dollars et vivre à La Barbade entouré de chèvres et de femmes nues…mais je préfère partager tout cela avec vous! Vous aimez les chèvres?

28 septembre 2008

Juste un déchirement

Le lendemain, tout sembla comme différent sans que celà puisse clairement s'expliquer. Les paroles étaient hésitantes, la gène davantage présente. Au petit déjeuner, elle s'excusa d'apparaitre sans maquillage alors que je ne l'avais sans doute jamais vu aussi belle qu'au naturel, sans artifice, livrée tel l'astre diurne qui chaque matin sort de sa torpeur et semble comme par miracle vous rendre à la vie.

Le repas s'anima autour de thèmes sérieux et plus légers, elle tentant de me faire partager ses passions, moi m'efforçant de canaliser la mienne. Je crois que je n'avais jamais autant compris le sens de l'expression imagée "boire chacune de ses paroles" que ce matin de septembre où le discours fin, intelligent, frais et plaisant d'une nymphe me sustanta et m'électrisa davantage que ne l'aurait fait tous les mets raffinés et matinaux du monde. Autant dire que la fraicheur de la douche qui suivit me permit de retrouver mes esprits avant qu'elle ne se prépare à son tour pour que nous puissions mettre en oeuvre nos projets de ballade, histoire de sortir quelque peu le plaisir d'être ensemble d'entre les quatres murs de son appart. Et de faire de la campagne alsacienne un décor à sa mesure.

A trente kilomètres de là, des ruines d'un chateau médiéval surplombant les typiques colombages faisant la renommée du coin furent le théatre de notre escapade buccolique. Là encore, rien n'était simple et tout semblait beau. Le fait d'arpenter ensemble un terrain escarpé, tantôt complices, tantôt génés. La conversation touchant à des sujets que ni elle ni moi n'avions l'habitude d'aborder, ce genre de choses dont la simple pensée vous trouble et que vous ne parvenez à aborder qu'avec les gens qui vous sont proches depuis des années. L'ambiguité de ce qui se tramait, encore, toujours...

Puis elle eut faim. Et refusa ma proposition de déjeuner à proximité, tenant absolument à nous préparer quelque chose "avec ses petites mains". Le résultat fut honorable, d'autant plus que tout adepte des arts culinaires que je sois, je suis aussi piètre préparateur que bon consommateur. C'était...bien. Ce qui m'obligea pour la seule et unique fois du week-end à mentir, répondant de mon ton le plus honnête à la question fatidique par un "C'était très bien" dont je ne suis pas très fier. Seulement voilà, allez prendre le risque de voir s'effacer ne serait-ce qu'une seconde un sourire qui vous nourrit depuis vingt-quatre heure. Spirituellement bien plus encore que gastronomiquement, on ne mord pas la main qui vous nourrit, c'est ainsi.

Le repas mais plus encore la ballade dans les rues de sa ville et notre milkshake dans un bar pour jeunes locaux culturellement désoeuvrés et pécunièrement à l'aise brisa cette faible distance qui lors du début de journée s'était fait sentir. Peut-être était-ce du au fait que la serveuse me regarda soit-disant avec insistance (pour ma part, je n'y ai vu qu'un regard commerçant d'une serveuse qui a le sens du contact et le goût des pourboires). Ou à ces parties de billards où je ne me fis pas prier pour lui montrer comment on pouvait jouer certains coups difficiles en tournant le dos au tapis, elle confiante, se laissant guider telle une marionnette alors que je m'efforçais de garder le contrôle en la positionnant.

Mais tout ca, ce ne fut que peu de chose comparé au soir. Elle m'emmena à un concert de musique balkanique. Tout un programme me suis-je dis, partagé entre la peur de ne pas aimer et la curiosité de découvir quelque chose que je pensai ne pas connaître. Là, dans un petit village perdu au milieu de l'Alsace, une association locale de promotion culturelle avait érigé comme chaque année à cette période depuis 7 ans un chapiteau de cirque dans lequel ils recevaient des artistes du monde entier, la plupart du temps très connus dans leur pays d'origine mais absolument invisibles ici aux yeux du grand public. Je n'aime pas le cirque et ne ne suis pas fan de chapiteau, dans mon esprit injustement associé à du divertissement de seconde zone. Ce fut pourtant l'un des concerts les plus envoutants auquels j'ai eu la chance d'assister. L'atmosphère intimiste du petit chapiteau, le public chaleureux et hétéroclite, l'ambiance incroyable faite à la fois de raffinement et de simplicité, l'énergie, la joie, le talent et finalement le génie de la douzaine de musiciens tzyganes emmenés par un leader absolument incroyable; tout ca donna à ces deux heures une dimension particulière. Evidemment renforcée par le fait que nous étions collés l'un contre l'autre, toujours sans qu'il soit possible de parler d'échanges amoureux et que nous échangions régulièrement des regards pour vérifier l'un l'autre que nous prenions autant de plaisir...

Une fois rentrés, impossible de redescendre de notre petit nuage, sans qu'il soit possible de dire clairement s'il s'agissait d'un état extatique post-concert, du fait d'avoir été proche l'un de l'autre comme rarement avant ou bien du mélange des deux. S'il en est une qui ne resista pas à ce tête-à-tête, ce n'est malheureusement pas ma délicieuse compagne blonde mais la bouteille de Bourgogne qui céda sous nos assaults répétés avant de nous voir rejoindre la chambre...

Le dernier jour, sans doute de part sa brieveté annoncée fut l'occassion d'autres moments précieux que je ne souhaite pas énoncé ici, comme pour les garder vierges de tout regard extérieur. Pourtant, contrairement à ce que l'on pourrait croire et aussi étonnant que cela puisse paraître, d'un point de vue charnel, il ne s'est absolument rien passé. Moi aussi, au jour d'aujourd'hui, je me demande pourquoi.

C'est comme si nous avions été deux adolescents timides et gauches, hésitant à faire le premier pas, de peur de ne pas savoir comment réagir si les choses prenaient un tour que ni l'un ni l'autre ne maitriserait. Je n'avais jamais rien vécu de tel jusqu'alors, même à l'adolescence. Je ne suis d'ailleurs pas du genre à vivre de fantasmes et à me complaire dans l'attente et l'incertitude, bien que je sache les apprecier lorsqu'ils précédent la concrétisation. Toujours est-il que la frustration, bien qu'extreme dans cette situation durant ce week-end fut tout simplement delectable. Et qu'au moment de partir, la douleur et le déchirement furent quelque peu atténués par l'espoir d'un "autre chose", mais surtout par la plaisir d'avoir eu si délicieuse compagnie, si troublant accompagnement.

Et depuis ?

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25 septembre 2008

Juste au commencement.

Son sourire radieux est la première image qu'elle a voulu me donner alors que je montais les marches. Ses yeux ne m'ont touchés qu'une fraction de seconde plus tard, comme pour en rajouter et montrer que non, il ne fallait pas y compter. Que même au tout début du week-end, je ne pourrais décemment pas prétendre avoir le contrôle sur ce qui semblait couver en moi depuis quelques temps.

Il fut décidé d'aller dans un restau indien, parce que finalement notre premier restau avait été un indien, ce premier soir de session de formation où nous nous étions croisés, nous deux parmis les dizaines de milliers de salariés que compte notre employeur et qui vont eux aussi user les bancs des centres de formation plusieurs fois par an. Un de ces hasards qui vous font douter de l'existence même de cette notion.

Le temps passé ensemble dans le chaleureux petit etablissement fut simplement délicieux, elle souriant sans interruption passée la gène des premiers instants. Moi, m'efforcant comme mille fois auparavant de réussir mon "numéro", celui qui consiste à faire des mes dizaines de défauts, tares et autres signes extérieures de bassesse autant de charmants détails qui forment un ensemble n'invitant pas à la fuite, tout du moins pas dans l'immédiat. A la différence que jamais auparavant, que ce soit chaque jour lorsque je m'y essaye dans un but professionnel ou rarement lorsque je m'y suis risqué personnellement sans certitude du résultat, le jeu de séduction avait cette fois-ci des enjeux pour le moins inhabituels. Comme si rien de ce qui s'était fait avant ne pouvait tenir la comparaison.

Une bouteille de bon champagne précautionneusement choisie par mes soins nous attendait dans son réfrigirateur et une fois nos thés aux douzes épices terminés, nous nous sommes décidés à quitter les sympathiques tenanciers à l'accent si caractéristique pour aller voir ailleurs et plus particulièrement chez elle si le champagne n'était pas trop vert. Là, tandis que je l'invitais à s'installer "comme chez elle" pendant que je m'occupais du service, ses yeux bleux doux se sont saisis de l'écrin que leur offrait le sofa écarlate pour virer vers le bleu profond, comme pour rendre l'instant proprement intemporel. A tel point que je ne suis pas sûr qu'elle ne se soit pas rendu compte de ce temps d'arrêt que j'ai marqué malgré moi avant de libérer les bulles dans un moment qui ne manquait justement pas d'effervescence.

Et puis je me suis assis à ses côtés...

Là, alors que mes lèvres goutaient au nectar gazeux qui habituellement ravit mes sens en me coupant momentanément du reste du monde, le reste du monde n'avait jamais été aussi clairement identifiable. Il y avait Elle. Et le reste du monde.
Nous nous sommes doucement ennivrés de mots et de bulles, ne voyant pas passer les heures, ne cédant ni l'un ni l'autre à la facilité d'une étreinte qui à cette instant semblait si proche et paradoxalement si délicieusement interdite. Nous sommes allés nous coucher selon les règles définies par cet accord tacite qui semblait s'être imposés à nous, malgré et finalement pour nous. Le lendemain serait selon la formule consacrée un autre jour...

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24 septembre 2008

Juste avant.

Des yeux d'un bleu qui vous font regretter de n'avoir aucun talent plastique, aucun don de restitution artistique tant on voudrait pouvoir en reproduire la couleur à l'infini, l'avoir sans cesse entre les doigts pour réaliser l'ampleur du charme qui opère. Et mieux célébrer le caractère surréaliste et rare d'un tel regard.

Ce sont ces yeux qui m'ont accompagnés durant ces quarante-huit heures qui comptent parmi les plus douces et les plus ennivrantes de mon existence.

Dimanche à seize heures, je me suis surpris à vivre un déchirement comme je ne me souviens pas en avoir vécu. Ces deux yeux qui m'ont regardés avec insistance, teintés d'une tristesse que je ne suis pas parvenu à interpréter et qui n'a fait que sublimer leur beauté, quitte à m'écorcher davantage.

Certes, il y avait quelque chose cette semaine de formation où nous avions fait connaissance. Ce n'était pourtant pas la première fois que je raccompagnais une jeune fille délicieuse, serrés sous un parapluie par la grâce de cieux que pour ma part je trouvais ce soir là cléments. Maintes et maintes fois j'avais joué le jeu sans qu'il n'y ait d'autre volonté que d'être serviable et de suciter quelque part un tant soit peu d'admiration, mu une fois encore par ce besoin de reconnaissance. Et pourtant le trouble ressenti ce soir là fut un signe avant-coureur auquel je ne pretas pas attention.

Les mails, de plus en plus fréquents, remplis de mots et de notions dont l'ambiguité semblait être poussée à son paroxysme comptèrent, c'est un fait; reste que la distance qui nous séparait m'aidait à me dire qu'il n'y avait aucun danger, que j'étais bien trop malin pour tomber dans ce genre de considérations à une époque où j'essayais justement de les éviter, pour ne pas dire de les fuir.

Une date fut prise en concertation lorsqu'un midi je lus cette phrase qui m'éléctrisa: "Mais va-t-on s'échanger des mails ad vitam aeternam sans jamais se revoir?"

C'est après cela qu'il y eut son premier sms, un dimanche soir, comme annonciateur. Comme si tout devait désormais se jouer le dimanche soir. Un simple sms, l'air de rien mais doux. Marquant sa présence. Quelques mots lachés au gré des antennes réseaux, aussi impalpables que ces intentions que secrètement j'esperais. D'autres suivirent, en soirée, lorsque le jeu des mails "professionnels" n'avait plus cours, volontairement espacés par un mélange de pudeur et d'envie de rareté, comme pour ne pas risquer de faner un ersatz de relation dans sa phase d'épanouissement.

Mon premier appel, un soir, comme une pulsion, un violent besoin d'elle, de sa présence téléphonique faute de mieux, de la compagnie de cette jeune fille dont le charme si rare me fit baffouiller, moi qui habituellement aime à pérorer pour montrer que lorsque je le souhaite, les joutes verbales ne sont pas l'exercice dans lequel je suis le plus mauvais.

Et puis le vendredi soir arriva enfin.Un vendredi soir, moi chez elle, elle avec moi...

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14 septembre 2008

Quelque part entre L'Assomoir et Fox River

C'était un de ces samedi d'été, l'un des rares où l'on ne se croyait pas en Novembre et où le ciel bleu laissait à penser que la scène se déroulait sous quelque latitude méridionale...

C'est au cours de l'une de ces trop rares journées ensoleillées sous des latitudes qui hélas n'avaient rien de méridionales que Christophe, le Quadra, Sophie sa femme et moi avons goûté à l'expérience particulière de s'acoquiner sans même en avoir l'intention. Je subodore déjà les nombreux fantasmes qu'à fait naitre dans ton esprit dérangé le verbe s'acoquiner mais je suis au regret de te décevoir en te prévenant que si tu comptes trouver plus bas le récit d'actes sulfureux et libidineux que la morale réprouve, tu t'fourres le doigt dans l'oeil (si si, dans l'oeil) jusqu'à la prostate (Oui, la prostate, parce que même si l'on ne peut généraliser, ce genre de raccourcis et de raisonnements à l'emporte-pièce est souvent l'apanage de la gente masculine).

Parce nous Monsieur (ou Madame, ou même Mademoiselle), lorsque l'on s'acoquine, c'est forcément malgré nous et donc avec retenue, obligation voire résignation. Et cela ne peut se faire sur le terrain de la sensualité, tu me connais désormais assez bien pour savoir qu'il n'y pas plus prude jeune homme que moi en ce bas monde.

Nous arpentions donc les rues de cette ville qui a la chance de m'héberger pour quelques mois encore à la recherche d'un havre de paix dans lequel nous pourrions éprouver le doux contraste de la chaleur ambiante et de la fraicheur de boissons vendues hors de prix sous-couvert d'un service en terrasse. J'avais déjà repéré un etablissement dans les environs lors d'une des nombreuses escapades récréatives de l'ère mélusinienne qui je le savais pourrait nous permettre de nous désaltérer et de bavarder dans une ambiance détendue et conviviale. Seulement voilà, l'établissement en question étant fermé pour congés annuels (d'après ce que disait l'écriteau, pour ma part je suis convaincu qu'il s'agissait d'un complot visant à me déshydrater), il fallu rapidement envisager une solution de rechange. Le quadra évoqua un petit bar sympa qu'il avait connu lorsqu'il était arrivé dans la région en se demandant à haute voix si celui-ci existait toujours.

Je ne pu m'empêcher de répondre que depuis qu'il était arrivé dans la région, une loi était passée pour interdire les maisons closes et qu'il devait s'attendre à ne pas retrouver ses habitudes d'alors de façon précise, ce qui fit beaucoup rire Sophie. Il fut donc décidé de s'acheminer tranquilement vers le dit-troquet histoire de voir si nous y trouverions quelques retraités jouant aux cartes et se rappelant du quadra. Et surtout d'étancher cette soif qui devenait de plus en plus prenante.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que vu de l'extérieur le bistrot avait de la gueule. Des tables de terrasse et des parasols design flambant neufs tranchaient avec l'aspect brut du trottoire défoncé (qui ne l'était d'ailleurs qu'à cet endroit de la rue, comme si les propriétaires s'étaient battus pour conserver cette portion dans son jus histoire de coller avec la ligne de l'établisssement). En second plan s'elevait la facade du bar, faite de ces vieilles pierres si caractéristiques de l'architécture locale, craseuses à souhait et n'ayant sans doute pas subi de ravallement depuis l'époque où Jeanne Moreau (désolé pour elle, c'est la seule actrice non-opérée de façon certaine qui m'est venue à l'idée) n'en avait justement pas besoin. Deux grandes baies vitrées encadrant l'entrée venaient éventrer la maconnerie, histoire de cacher la misère et d'offrir quelque peu de lumière à un intérieur si sombre qu'on ne parvenait à discerner de quoi il était fait en étant à l'extérieur. Une vision pour le moins troublante, comme une image sortie tout droit de l'esprit de Zola, "mise au goût du jour" si j'ose dire par une magnifique enseigne lumineuse sponsorisée par Heineken et sur laquelle était fierement mentionné le nom du respectable établissement:

Le sporting club.

Je sais ce que tu te dis, comment aurai-je raisonnablement pu me fourvoyer en me rendant dans un tel établissement ? Et bien figures toi qu'aujourd'hui encore, je n'en sais rien. Peut-être est-ce le fait d'avoir particulièrement envie de se poser en terrasse et de savoir que le charme des petites villes de province ne se limite pas à leur tranquilité et à l'absence de bouchons (quoique) mais veut aussi que l'été, la plupart des commercants et restaurateurs soient en congés annuels. Sans doute est-ce du au fait que tous les quatre, nous travaillons pour le même employeur et sommes confrontés à des choses qui de fait ne nous font pas craindre ce genre de situation et nous y intéressent même dans une pseudo-démarche d'analyse sociologique. Certainement avons nous été tentés par une curiosité malsaine, une envie de faire écho à ce mépris et ces sourires moqueurs que nous avons tous affichés à la vue du bar en question et de deux de ses clients en terrasse qui semblaient philosopher sur la dernière prouesse de l'Olympique de Marseille ou la victoire du favori dans la cinquième course à Vincennes.

Nous nous sommes donc installés en terrasse, saluant nos deux compagnons d'infortune de la table d'à côté. Puis un charmant jeune homme d'une vingtaine d'année à peine en débardeur blanc (propre!), piercing à l'arcade et tatouages rappellant étrangement l'artisanat pénitentiaire est venu prendre notre commande. Nous n'avons été qu'à moitié surpris lorsque se trouvant démuni face à notre demande d'avoir une carte des boissons, il s'adressa à l'un des deux champions du lever de coude précédemment évoqués en l'appelant "patron" pour lui demander où était les cartes. Après tout, il y avait dans tout ca une certaine cohérence.

Il dut certainement aller les commander à l'imprimerie clandestine de faux billets de banque se trouvant très probablement en sous-sol puisque dix minutes plus tard, malgré le taux de remplissage abyssal de la terrasse, nous l'attendions encore. Cela me laissa le temps d'observer une petite vieille promenant son chien (Ne vas pas t'imaginer que j'ai un truc avec les vieux qui promènent leur chien, j'ai plein de vices mais pas celui-ci) qui changea de trottoire au moment d'arriver près de nous, apparement juste pour ne pas passer devant le bar puisque dix mètres plus loin, elle rejoigna notre côté de la rue. Cela me donna a réfléchir quant à la fréquentabilité (moi j'l'aime beaucoup ce néologisme) de l'établissement, mais il était plus facile de mettre ca sur le compte de l'inconstance et de l'incohérence de nos amis les têtes blanches, de plus en plus en proie à des comportements que n'aurait pas renié Aloïs A. (Si tu ne sais plus qui c'est, il est peut-être temps de consulter).

Alors que nous subissions une journée quasi-caniculaire et que nous étions ravis de pouvoir bénéficier de l'ombre des marroniers entourant la terrasse, la voix de la protestation se fit entendre par le biais du Quadra qui tout à coup "n'avait pas chaud" et regrettait "de ne pas avoir pris son gilet". Sophie et Christophe esquissèrent un sourire et j'allais lui dire que moi non plus par une température de trente degrés, je n'aurais jamais pensé à prendre un gilet quand le patron se fit entendre:

-Vous savez, y a une terrasse derrière, ensoleillée. Vous y serez mieux si vs craignez l'froid.

Lui même ne pu s'empêcher de sourir en prononcant le mot froid. Toujours est-il qu'échangeant brievement des regards d'aprobation, nous nous sommes levés pour allez voir ce que donnait la terrasse enseoleillée. Il nous fallu pour cela traverser l'établissement et aucun d'entre nous ne fut étonnés d'y croiser une demi-douzaine de personnes qui s'étaient vraisembablement donnés le mot pour rassembler tous les clichés propres à la clientèle des bars mal famés. Il y avait la barmaid qui devait avoir dans les 50-55 ans, sans doute la femme du patron. Elle avait un charmant visage qui semblait crier à la face du monde "Eh oui, il est possible d'avoir autant de ride sur une aussi petite surface" et fumait une cigarette dont l'épaisseur faisait echo à ses bras maigres et blanchâtres.

Devant une cible à fléchette se dressait un homme qui semblait de par sa rosacée être l'un des pilliers de l'estaminet ainsi qu'une sorte de hell's angel chauve qui avait troqué son cuir contre une veste de survet' siglée du logo du club de foot local.

A une table discutait notre serveur qui ne semblait pas se préoccuper plus que ca de notre demande de carte avec deux jeunes ayant le look typique de ces aficionados des Rave, baggies kakis et t-shirts sombres à logo en vogue dans les free-party, cranes en partie rasés et des piercings à faire palir un fakir.

En le décrivant, je me dis que c'est quand même incroyable de trouver une telle richesse sociologique en un seul et même lieu et pourtant, crois moi petit lecteur, tout ceci était bel et bien réél!

Nous arrivons donc à la terrasse de derrière, souriant tous suite à la vue de nos homologues de l'intérieur, excepté le Quadra qui lui me regarde en haussant les sourcils, l'air de dire "Mais où sommes nous tombés?". La terrasse de derrière est en total décallage avec le reste de l'établissement. Coincée entre quatre murs ("pour rappeller la cour de promenade de la Santé" ironisera plus tard Christophe), c'est un veritable havre de paix décoré avec gôut, des plantes d'apparence tropicale y cotoie un mobilier en tek et des statues coloniales, le tout savament disposé sur un plancher de la même essence, ce qui donne à l'ensemble un petit air chic sans être ostentatoire.

Là, alors que nous emerveillons de la présence d'un tel espace dans un bar de ce niveau, il nous est impossible de ne pas entendre la conversation de deux clients placés un peu plus loin et cette phrase pour le moins énigmatique:

-J'lui ai dit s'tu m'fais pas à bouffer ce soir, j'vais aux putes! suivi de deux rires gras et de l'autre qui s'empressa de répondre: Eh Jojo, j'la connais ta femme, si tu lui avais dit ca elle t'aurait foutu à la porte!

Comme mes amis, je ne pu m'empecher de rire, mais le serveur arriva enfin, nous empechant de rebondir sur cet hymne à l'amour dont nous avions été témoins:

-J'vous sers quoi Messieurs Dames ?

-Une carte ? n'ai-je pu m'empecher de répondre, en ajoutant devant sa mine déconfite qu'on allait bien trouvé à commander sans. Ils commandèrent tous les trois un demi et je lui demandas s'ils faisaient des quart Vittel. Cette question le renda pour le moins incrédule et il dit qu'il allait demander. Le Quadra me regarda en riant et dit tous bas en montrant discrétement nos deux amis (au passage eux aussi tatoués artisanalement) que j'faisai le con en commandant de l'eau, que c'est pas comme ca que j'allais faire croire qu'on était des durs et qu'on allait avoir des problèmes. Sophie lui répondit que Christophe malgré son gabarit avait quelques années d'arts martiaux derrière lui, que j'avais quant à moi une carrure un brin dissuasive et qu'ils nous avaient déjà vu faire les méchants au bureau et que ca suffisait à être rassurant.

Ils n'avaient pas d'eau et j'ai finalement hérité d'un Perrier. Et le reste du temps passé à nous rafraichir enfin fut particulièrement agréable. Puis il fallu payé. Je présentais la note et ma carte bancaire au patron repassé entre temps derrière le zinc quand il me précisa qu'il ne prenait pas la carte à moins de 12 euros. Je lui répondis que je n'avais que ca comme moyen de paiement et que 12 euros, c'était quand même élevé comme plafond de paiement. Et là, c'est comme si le temps s'était arreté. Crois le si tu veux petit lecteur, mais même les deux types qui jouaient aux fléchettes se sont figés et m'ont jetté un oeil noir (enfin quatre en l'occurence).

Et là, contre toute attente, un billet de 10 euros est venu se poser sur le comptoir...via la main du Quadra. Tout le monde l'a regardé, incrédule et il est allé jusqu'à sourire au patron en lui disant sur un ton trop respecteux pour être honnête :

Vous rendez la monnaie au moins ?

Le patron a sourit comme pour mieux montrer au Quadra qu'il le prenait definitivement pour un faible.

Et puis nous sommes sortis, le Quadra ironisant sur la situation et trouvant que ce bar avait effectivement pas mal changé alors que Christophe Sophie et moi en plaisantions ensemble. Il y eu une chose sur laquelle nous fumes tous trois d'accord. C'est qu'au moment où le patron rendit au Quadra sa monnaie et que celui-ci laissa tomber une pièce puis se pencha pour la ramasser, s'ils avaient été tous deux en cabane à ce moment là, cela n'aurait vraisemblablement pas arrangé les problèmes de dos de notre ami Quadra.

Posté par Blackmilk à 18:47 - Quand soudain c'est le drame... - Commentaires [12] - Permalien [#]

28 août 2008

Les playmobils, ces êtres abjectes qui vous bercent d'illusions

Operating_PlaymobilTu le sais, il y a quelques jours je prenais un an et sacrifiais donc à la tradition en recevant malgré moi des tonnes d'attentions et de cadeaux tous plus recherchés les uns que les autres. Au milieu de ces marques d'affection et d'amour circonstanciées, de ces emballages cadeaux froissés et de ces bouteilles en attente d'être entamées lors d'une future partie fine semblables à celles que les personnes présentes et moi avons de maintes fois partagés se cachait un objet, l'air de rien, attendant tranquillement son heure.

Le cadeau de mon cadet.

Tu le sais également, je ne suis pas très vieux, mais pas très jeune non plus et certains exutoires et activités ludiques habituellement réservés à nos amis pré-ado et autre coeur de cible Biactol font partie de mon monde, comme pour mieux contraster avec cette approche cartésienne et légérement conformiste que j'ai de la vie et que je m'emploie à mettre en oeuvre chaque jour professionnellement et personnellement. Ne vas t'imaginer pour autant que j'arbore fierement slim et coupe de cheveux déviant la gravité en faisant du skateboard sur fond de Tokyo Hotel. Je trouve les slims horribles, je n'ai pas de cheveux, j'ai un équilibre contestable et l'allemand et moi n'avons jamais connu d'idylle spirituelle, ni même de cohabitation intelectuelle. Non, mes loisirs de d'jeunz se résume principalement à l'utilisation régulière de consoles de jeux vidéo. Loin d'être un hard gamer, je ne boude néanmoins pas mon plaisir lorsqu'il s'agit d'affronter des amis au MarioKart, de tuer des inconnus en ligne grace au wi-fi de l'hotel lorsque je suis en formation ou tout simplement de tirer sur tout ce qui bouge en rentrant du bureau parce que je n'ai pu le faire en vrai pendant la journée et qu'aller courir quand il y a de l'orage, c'est fortement déconseillé.

Cette condition d'heureux propriétaire d'une Wii n'a pas échappé à mon cher frère qui peine toujours à trouver des idées cadeaux. Tu l'as donc compris, mon frère s'est fendu d'un jeu vidéo pour célébrer comme il se devait mon inéluctable vieillissement et enfoncer davantage le clou en choisissant justement l'un de ces objets infantilisants qui tendent à vous garder hors de l'âge de raison. Car si les femmes ont les crêmes Diadermine, Q10+, le botox, la décoration aux couleurs acidulées et les chainettes autour de la cheville pour contrer l'impression (qui n'en est d'ailleurs pas une) que le temps fait son oeuvre, les hommes préférent quant à eux les blondes ayant 20 ans de moins que leur femme le sport par procuration grâce aux retransmissions télévisées (qui présente l'intéret de pouvoir concilier bière et effort intense), les voitures décapotable et les jeux vidéos. Ainsi va la vie (et les clichés).

Toujours est-il qu'à l'ouverture du sac bleu Micromania démontrant une fois de plus la recherche et l'attention que prête mon frère aux emballages cadeaux, je me suis rendu compte que j'avais clairement sous-estimé le présupposé effet rajeunissant de cette galette d'anniversaire pour le moins inhabituelle. Et seuls la forme rectangulaire et le caractère non-comestible de l'objet aurait permis à cet honorable Marcel de le distinguer de sa célébrissime Madeleine.

Trauma Center, un jeu dans lequel le joueur se sert de la manette comme d'un scalpel ou d'un forceps pour opérer des patients avec une dimension réaliste et immersive proprement incroyable. Voilà ce qu'il m'a offert, ajoutant que j'avais toujours rêvé d'être médecin et que déjà gamin, l'un des cadeaux qui m'avait le plus fait plaisir était sans doute le bloc opératoire playmobil, ce qui ne manqua pas de faire rire l'assemblée. Car même si aujourd'hui, je suis plutôt fier de mon parcours professionnel et de ce à quoi j'occupe quotidiennement mes journées, il ne fait aucun doute que j'ai en quelque sorte trahi les ambitions du jeune Blackmilk, et que le prestige mais surtout la beauté de la vocation médicale sont aux antipodes de mon métier actuel. Je crois qu'il s'agit d'ailleurs de mon seul vrai regret mais je n'y prête guere attention, sachant très bien qu'il me reste quelques années pour en amasser d'autres et qu'il sera bien temps de ruminer tout ca lorsque je serai vieux, seul et que je n'aurai que ca à faire en attendant la mort.

Mon frère lui rêvait d'être éboueur. Il en plaisantait volontiers, parlant ce magnifique camion playmobil vert et gris qu'il avait reçu à Nöel et qui l'avait emerveillé des semaines durant. Nous nous rememorions ces parties de jeu où son playmobil tombait valeureusement sous les assauts d'une poubelle mal arrimée au dispositif de levage du camion avant d'arriver dans mon bloc opératoire où tout était mis en oeuvre pour qu'il puisse espérer un jour soulever à nouveaux de récéptacles à déchets ménagers. Nous avions une collection impressionnante de ces petits personnages à coiffure en dents de scie faite de policiers, de cowboys, de pompiers, de conducteurs d'engin du batiments et c'est pourtant les deux corps de métier précédemment cités qui monopolisaient notre mercredi après-midi. Il y eu des moments heureux, comme celui où ayant reçu l'hélicoptère médicalisé avec le petit treuil pour hisser le brancard à une hauteur non négligeable de 30 centimètres, mon playmobil sauva le sien dans les airs, avant même d'arriver au bloc. Des tragédies également, comme cet instant terrible où après avoir brillamment opéré le pauvre rippeur une nouvelle fois blessé en service, il fut impossible de lui mettre un pansement sur la tête, celui-ci demeurant introuvable. Une recherche prolongée dans le sac d'aspirateur qui avait été passé le matin même nous permis de le retrouver, hélas trop tard pour sauver le courageux employé.

Je crois que ces drames à répétition ne sont pas étrangers au fait que mon frère ait changé d'avis quant à son orientation professionnelle. Il plaisantait encore à l'évocation de ces jeux d'enfants en disant qu'il avait vite compris qu'on était bien mieux au volant du camion que derrière à ramasser ce dont les autres ne voulaient plus et que finallement, c'était peut-être ce qui lui avait donné de l'ambition.

Aujourd'hui, je ne suis pas médecin. Et lui n'est ni éboueur, ni chauffeur de camion. Nous ne jouons plus aux playmobils depuis des années, en fait depuis que nous avons compris que leur seul but était de nous faire croire à des choses qui n'arriveraient pas et qu'ils étaient uniquement là pour nous permettre de nous faire les dents, d'avoir une première approche de la vie et de pouvoir goûter à ce que nous ne viverions vraisemblablement jamais. Le meilleur comme le pire (ami éboueur, toi qui me lis, ne va pas croire que je parle de ton métier lorsque je suggère le pire, j'ai beaucoup de respect pour ce que tu fais et je m'suis déjà mis assez de professions et de catégories sociales à dos pour vouloir en rajouter).

Nous n'avons pas réalisés nos rêves de gosses, en tout cas sur le plan professionnel. Et pourtant nous nous accordons sur le fait qu'aujourd'hui le contrat est en partie remplit puisque nous sommes heureux. Et lui d'ajouter que nous avons en plus la chance de ne pas être coiffé en dents de scie.

Je t'avouerai enfin que parfois, je suis extrémement soulagé de ne pas être médecin. Certes, je ne roule pas en Porsche comme mon médecin de famille. Certes, je ne peux pas draguer les petites élèves infirmières dans les salles de repos hospitalières. Certes, je n'ai pas la satisfaction de sauver des vies et faire des miracles. Mais quand comme ce matin je perds deux patients suite à une hémorragie que je ne parviens pas à stopper, je me dis que ca m'coute quand même moins cher d'opérer sur ma télé que de souscrire à une assurance de praticien. Et que les risques de remords ne sont décidément pas les mêmes

Et puis je n'ai même pas besoin de draguer les infirmières, le jeu le fait à ma place...

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19 août 2008

1 an plus tard

Je sais. Je t'ai laissé sans nouvelle quelque temps, mais j'ai tout un tas de bonnes raisons ! Non, je ne les énoncerais pas ici, tu t'prends pour qui d'abord à croire que j'ai vis à vis de toi des obligations du fait de ta fidélité qui ne se démentit pas et des tes visites au nombre assez impressionant même lorsque je te délaisse comme je le fais actuellement ?

Et puis bon, la France va mal, tout fout le camp (c'est pas moi qui le dit, c'est notre super premier ministre qui a tout compris à la communication de crise) alors je fais de même ! Non rassure toi, je vais bien, c'est juste que moi aussi j'fous le camp (je traduis volontiers pour les lecteurs les moins perspicaces et les lectrices les plus blondes, deux catégories qui tout bien réfléchi n'en forme qu'une). Je te laisse quelques jours et voilà que la chienlit pointe son nez. Il va falloir que tu t'habitues à nouveau à suivre le flot des pensées de mon esprit torturé à la rentré lecteur chéri, parce que là  ton nouvel état assumé de méduse hémiplégique (que les méduses et les hémiplégiques me pardonnent, c'est juste pour imager mon propos d'une façon appropriée...) ca ne me motive pas vraiment à me livrer encore et toujours à tes petits yeux voyeurs et plein de compassion de pitié de consternation d'admiration.

"La rentrée ? " t'interroges-tu. Oui, la rentrée. Car si je me décide à sortir de cette trève estivale que je m'étais autorisé, sache que c'est pour le coup temporaire et quelque peu indépendant de ma volonté et qu'après ce post, il faudra sans doute attendre quelques jours avant de me relire. Ou pas.

Alors pourquoi laisser un temps de côté l'été, ses jupes courtes flottant aux quatre vents, ses glaces italiennes au parfum ennivrant et ses habituelles augmentations des tarifs du gaz, des trains, et en général de tout ce que l'Etat peut nous soutirer l'air de rien, sans risquer de mettre en péril la paix sociale ?

Et bien aujourd'hui nous sommes le 20 Août. Et cela fait un an que quelque part, je m'offre à toi. Que surtout, tu t'offres à moi comme un compagnon précieux, parfois d'infortune, souvent comme un confident, toujours comme quelqu'un qui est présent, en un sens. Parce que pour moi, le vrai protagoniste de ce blog, c'est toi, celui qui dans l'ombre se fait l'écho de la pensée blackmilkienne et m'évite ainsi de claquer une fortune en consultation psy, maraboutesque ou je ne sais quoi d'autre...

Un an que je goûte et me laisse peu à peu apprivoisé par l'incroyable liberté qu'offre l'exercice. Et que dépendant d'une certaine façon, je ne peux aujourd'hui honorer la promesse que je m'étais fait il y a un an de justement mettre fin à cette charmante "plaisanterie" avant de pouvoir souffler sa première bougie. Une preuve de plus s'il en était besoin que les hommes ne sont définitivement pas faits pour tenir leurs promesses, fussent-elles formulées dans l'alcove secrète et exclusive de leur esprit versatile.

Un an...

Dis,toi, vu d'ici, tu trouves que j'ai changé ?

Non parce que figures toi que dans cinq jours, je prends à mon tour une année. Et que j'ai besoin qu'tu me rassures. Ou pas. Aussi subjectif et illégitime que puisse-être ton avis, il m'intéresse !

Et si t'es timide, tu peux même le faire ici >>> commentmejoindre@hotmail.fr 

Allez fais pas la gueule, c'est pas comme si c'était la première fois que je te servais un post démontrant mon incroyable et indécrotable égocentrisme.

Promis, bientôt je te parle des aventures de mon collègue Georges à la plage.

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26 juillet 2008

On compare ?

Etonnament, lorsque les femmes tentent de décrire le voile de compléxité dont peuvent parfois se parer les relations entre individus de sexe masculin, relations justement caractérisées dans l'inconscient collectif par leur simplicité, elles utilisent parfois de drôles d'exemples. Comme le veut notre société moderne et son culte associé de la performance, le vocabulaire employé est davantage de l'ordre du quantitatif que du qualitatif et il n'est pas rare de voir des chiffres illustrer quelque chose que l'on pensait pourtant échapper à la science et à la pensée cartésienne. Et tu l'as bien compris lecteur chéri, si je te parle ici de taille, celle qui est évoquée est rarement celle de l'ego, du besoin de reconnaissance ou d'intéret qui se cache pourtant derrière la référence à l'éventuelle prohiminence d'attributs physiques que la croyance populaire conceptualise comme siège de la virilité.

Et pourtant il existe mille autres domaines où nous, les hommes aimont à nous "tirer la bourre" avant d'en arriver à l'arme ultime qu'est la comparaison physiologique des organes reproducteurs. D'abord parce qu'il y a quand même plus important et motivant dans la vie et que nous sommes un tant soit peu civilisés. Ensuite parce qu'on ne sait jamais à quoi l'on risque de se heurter et même les plus vernis des hommes ne peuvent décemment pas prétendre qu'ils ne croiseront jamais le chemin d'un être dont la "prestance" leur sera très nettement supérieure.

Figures toi cher lecteur qu'avec toute l'objectivité et la capacité à prendre du recul concernant les choses qui me concerne, je pensais stupidement échapper à ce schéma pourtant éprouvé par des millions de mes congénères. Il aura fallu pas moins de deux jours chez ma meilleure amie pour me rendre compte que tout être exceptionnel que je fusse, je ne pouvais malheureusement pas me soustraire au détérminisme génétique, à la stupidité masculine et aux rites qui en découlent.

Chez Lucie , le week-end dernier. Nous parlions elle, sa soeur et moi d'une soirée précédente chez des amis communs en attendant Julien, le beau-frère de Lucie, le copain de sa soeur (comment ca j'me repete ?) et accessoirement l'un des mes très bons amis. Ce debriefing était pour nous l'occasion de critiquer quelque peu les nouvelles têtes dont nous avions fait la connaissance. Et là, Lucie dit que ce qui l'a le plus amusé, c'est la façon dont Julien et un autre jeune homme présent ce soir là ont tour-à-tour essayer de se faire mousser, bataillant chacun de manière ridicule pour essayer d'avoir la vedette en offrant à l'assistance un spectacle risible et divertissant. Et sa soeur de confirmer et de dire qu'elle trouve vraiment ca marrant de voir son cher et tendre se livrer à l'exercice sans même s'en aperçevoir.

Je m'empresse d'exprimer mon étonnement et tente de défendre mon Juju, sans doute mue par d'obscures motivations de défense des absents et par extension des opprimés (toi qui me lis depuis longtemps, tu sais que défendre la veuve et le Julien, c'est carrément mon genre!) plus que par l'amitié pourtant profonde que je lui porte. Et de leur dire n'avoir rien remarqué de tel et que c'est sans doute eux qui ont eu une vision quelque peu déformée de la réalité.

C'est à ce moment précis que j'ai moi-même tendu le baton pour me faire battre, ne me rendant là aussi compte ni de ce qui se passait, ni du procès qui m'attendait.

Car lorsque je me suis naivement mis à disserter sur le fait que pour ma part, je n'étais absolument pas dans cette logique et que je ne voyais d'ailleurs pas quel intérêt il pouvait y a voir à se tourner en ridicule en essayant justement de donner une belle image de soi, on m'a vite recadré à l'aide d'exemples divers et variés. Et j'ai découvert que moi aussi, j'étais ("je suis") un abruti vaniteux à tendance machiste.

"Rien que Juju et toi, vous semblez toujours être en compétition" a dit Lucie, d'un ton calme et avec un sourire amusé qui ne laissait aucun doute sur la véracité de ses propos.

Je serai donc comme ca ? Moi ? Avec Juju ?

Est-ce parce que depuis que je me suis mis au golf, il s'est lui aussi lancé et que lorsque nous avons un parcours de prévu ensemble, je redouble d'efforts à l'entrainement précédent la séance pour être sûr de conserver sur lui l'avance que j'ai toujours eu?

Est-ce parce que depuis ma grande réorientation professionnelle, il gagne plus que moi et que j'ai l'impression qu'il semble vouloir me le montrer à toute fin alors qu'étonnament, je vis mieux que lui et que pour ma part, lorsque la situation était inversée, je ne me suis jamais essayé à lui faire ressentir?

Est-ce parce que j'ai deux fois plus de congés que lui et que lorsqu'il m'appelle le vendredi après-midi en plaisantant sur le fait que je sois probablement en RTT, je le suis effectivement une fois sur deux ?

Est-ce parce qu'il roule en allemande et ne se moque plus de ma française depuis qu'il sait que je vais changer pour celle qu'il aimerait , et qu'il se pose sérieusement la question de changer lui aussi quand sa marge de manoeuvre financière n'est pas si grande ?

Est-ce parce que depuis qu'on se connait, il a cette stabilité dont je rêve et que je n'ai pu trouvé, et que lui de son côté regrette d'avoir eu une seule relation quand j'en enchainais quelques unes ?

Est-ce parce qu'après m'être moqué de lui pendant pas mal de temps parce que son capital capillaire rétrécissait comme peau de chagrin, il peut désormais se moquer du miens qui commence à péricliter ?

Est-ce parce que depuis qu'il sait que je tiens assez longtemps au footing, il s'escrime à toujours (prétendre...) courir plus longtemps que moi ?

Ou est-ce parce qu'il ne supporte pas le fait que je sois plus grand que lui et qu'il a de ce fait et selon sa belle un problème de positionnement malgré l'amitié qu'il me porte ?

Je n'en sais rien. Lucie et sa soeur elles par contre ont leur petite idée. Et pense que c'est effectivement pour toutes ces raisons et pour un bon millier d'autres que je n'suis qu'un homme faillible et comme les autres qui ne peut s'empecher d'entretenir une "saine" (le mot vient d'elles, je n'ai malheureusement pas su décrypter le ton avec lequel elles l'ont dit pour savoir s'il s'agissait vraiment d'ironie) concurrence avec ses congénères, à plus forte raison s'il les apprécie.

Et dire que je l'ai défendu ce petit con ! Quand j'pense qu'on me reproche le fait d'être un homme par sa seule et unique faute. Et qu'en plus, me voilà conscient d'un défaut supplémentaire. Avec tout ca, si la prochaine fois qu'on se voit il a en plus le malheur de jouer mieux que moi, j'lui écrase mon Fer7 sur le crane (qu'il a dégarni, je le repete). Je te vois d'avance t'offusquer? Pourtant, j'trouve ca nettement plus sain que d'en arriver à l'extrémité (si je puis dire) de la comparaison physiologique.

Non ?

Posté par Blackmilk à 17:49 - Quand soudain c'est le drame... - Commentaires [13] - Permalien [#]

17 juillet 2008

Parce que maintenant, je n'ai plus peur des chiens lorsque je cours

Un grand philosophe français, Sacha Distel faisait il y a quelques années l'apologie d'une alimentation très en vogue à l'heure actuelle en parlant de pommes, de poires et de scoubidous (bidous, ha...), laissant déjà présager de ce qu'allait être l'avenir de ses nombreux fans, à savoir ne plus pouvoir avaler comme seule nourriture que les fruits en question après qu'une sympathique auxiliaire de vie les ait précautionneusement passés au mixeur. L'addiction au viagra en plus, les scoubidous en moins.

On pouvait alors se laisser aller à croire en une retraite paisible, loin de toute contrariété et autres jeunes racailles n'en voulant qu'à son sac à main.

A mille lieues de ce qui se fait aujourd'hui. Car dans une chambre double insalubre d'un service de gériatrie, personne ne vous entend crier (Oui, deux posts de suite que je la case celle-là, je l'aime bien. Faudra t'habituer à la voir décliner à tout bout de champ)...

Tout commence par la sonnerie du réveil le matin, à six heures, comme du temps où il fallait se lever pour aller à la mine l'usine gagner de quoi payer des mistrals gagnants au gamin dont la seule aspiration était de devenir un hippie, un junkie ou pire encore, un étrange mélange des deux à savoir un rocker portant un cuir noir pour se donner mauvais genre.

Là, sur la table de nuit, entre le réveil Radiola lui aussi fatigué et la photo des noces d'or qui prend la poussière (un peu comme l'institution du mariage dans son ensemble d'ailleurs) se dresse fièrement le plus fidele des compagnon. Depuis son écrin de verre, il me fait agréablement commencer la journée en m'offrant un sourire désintéressé avant que je ne m'en saisisse delicatement pour le mettre en bouche. Et ce petit arrière gout de Steradent n'y change rien, je l'aime ce dentier!

Le premier pied posé à terre et les douleurs articulaires associées me rappellent hélas que mes membres n'ont malheureusement plus leur vigeur d'antant. En même temps, quand à mon âge au réveil on a mal nulle part, c'est qu'on est mort.

La journée commence sur les chapeaux de roue avec deux biscottes beurrées follement trempées dans du Régilait en se déléctant de cette formidable émission qu'est Télématin, peut-être l'une des dernières émissions intellectuelles du service public avec Les Zamours (ce Tex c'est un peu le Louis de Funès des temps modernes, en un peu moins raffiné...).  Et sans doute l'un de mes derniers plaisirs télévisuels intenses depuis l'arrêt de Pyramide et la mise à la retraite forcée du pétillant Patrice Lafont.

Vient ensuite le moment délicat de la douche où il s'agit de faire attention en montant dans la baignoir, histoire de ne pas rapidement satisfaire cette ribambelle de petits cons qui n'en veulent qu'à mon héritage en me fracassant malencontreusement le crane sur l'émail ou en jouant les Claude François de bas étage en tentant d'optimiser le temps en mélant douche et rasage au philishave modèle 1971 (le modèle filaire, non étanche et dépourvu de prise de terre. On a le goût du risque ou on ne l'a pas).

Frais, dispo et parré d'une cravate, d'une chemise ou d'un sous-pull marron et d'une veste qui feraient palir d'envie Horst Tapper (Alias l'acteur incarnant Derrick, jeune inculte), me voilà prêt à affronter la jungle urbaine... et à traverser la rue pour aller faire mes emplettes au Petit Casino. Là, alors que nous sommes à l'heure de pointe où les actifs vont emmenés leurs enfants à l'école avant de courir au bureau, je leur montre quel bonheur ils auront à être vieux et intouchable. Et c'est avec un plaisir non dissimulé que je mets quinze minutes à traverser avec ma canne à seulement dix mètres du passage piéton le plus proche et justement au moment où le "petit bonhomme" est au rouge, histoire qu'ils aient bien le temps d'admirer mes nouveaux mocassins à pompons achetés sous Mitterand.

Le gérant du petit Casino m'accueille certes à bras ouverts mais n'a hélas pas le temps de m'aider quand je lui demande de me sortir du sommet du rayon un paquet de croquettes friskies qu'il aura pourtant l'audace de me vendre au prix auquel s'échange un rein sain sur le marché noir des organes humains. Ainsi, lorsque je sors de l'échoppe en le saluant et en le remerciant d'avoir pris en un panier de course l'équivalent du tiers de mon minimum vieillesse, je ne peux m'empecher d'avoir un pincement au coeur alors que celui-ci ne me jette pas un regard, trop occupé qu'il est à draguer la factrice venue s'accoquiner comme chaque matin depuis que son Mari la trompe avec le boucher. C'est aussi ca être vieux, il 'y a pas besoin d'acheter Voici, les potins du quartier suffisent amplement à nous divertir.

10h20. Me voilà rentré. Le pendule de la comtoise égraine les secondes avec un son envoutant. Il ne me reste plus qu'à m'installer devant la télé et à attendre patiemment que le temps passe, aidé en cela par la présence bienveillante de France 3 et de son journal régional consacré à la fête du boudin à Sucrey-les-Frèzes, du 13h de Tf1 et de son Jean-Pierre Pernaut terrifiant lorsqu'il parle des jeunes de banlieue, de Rex et de son générique digne d'une série B argentine et milles autres programmes tous aussi merveilleux que soporifiques.

Vers 19h parfois, le téléphone me réveille et ce qui pour moi sonnait comme l'espoir d'entendre mon petit fils appeler pour me quémander un peu d'argent disparait rapidement au profit d'un téléconseiller bien décidé à me vendre un adoucisseur d'eau, un appartement en multi-propriété ou pire: un abonnement de téléphone portable quand je ne me suis pas encore mis au minitel...

Là, Youki, mon teckel (le même que Paris Hilton, oui, en dépit de ce que je t'ai dit tout à l'heure, j'achète quand même Voici, ca fait travailler ma mémoire de me rappeller qui couche avec qui) me regarde avec ses grands yeux devant lesquels je fonds irrémédiablement pour que je le sorte. Et comme à l'accoutumée, je m'execute.

Mais ce soir, ce n'était pas vraiment comme d'habitude. Au coin de la rue, j'ai  manqué de me faire renverser par un grand échalat qui marchait, s'astreignant sans doute aux quelques minutes de marche récuperatrice obligatoire après avoir fait son footing. Il cheminait nonchalament, dans sa tenue de sport accentuant ses airs de géant, en nage, le regard comme perdu du fait de l'état second dans lequel le maintenaient les endorphines. Il m'a regardé avec stupéfaction, comme soulagé d'avoir éviter de malmener un charmant monsieur au sourire malicieux et au dos vouté qui promène avec tendresse son teckel aussi grand qu'une de ses chaussures de Running. Là, Youki s'est rué sur lui sans raison particulière et lui a fait la fête. Je les ai regardé en souriant. Pour la forme, je me suis excusé en rappellant mon chien sans pour autant insufler à la phrase ce souspon d'autorité qui l'aurait fait revenir immédiatement, trop amusé de le voir faire à un autre cette démonstration de joie qu'habituellement il me réserve.

Là, contre toute attente (les jeunes d'aujourd'hui, ils s'en foutent de tout, même des chiens tout mignons) le jeune homme s'est baissé pour caresser Youki et de sa voix la plus rassurante m'a dit:

- Il n'y a pas de mal Monsieur. Rencontrer un chien qui aime les joggeurs est un fait assez rare pour être souligné.

J'ai souris, à nouveau, il a d'ailleurs du croire qu'il s'agissait pour moi d'un état permanent, comme si mon visage marqué par le temps ne pouvait afficher d'autre expression. Seulement, en se relevant, il sembla croire que ce n'était pas à lui que je souriais. Mais à Youki, comme emerveillé par celui qui était désormais ma seule raison de vivre.

Alors qu'il s'éloignait en lancant un "Bonne soirée Monsieur" que je lui retournas poliment, il sembla s'interroger sur ma vie. Il se disait sans doute que j'avais du travaillé toute ma vie, que j'avais eu le bonheur d'avoir des enfants qui désormais ne me regardaient plus. Que j'avais sans doute perdu ma femme et quelque part "mon monde" et que ce fragile tekel représentait désormais tout ce pour quoi je continuais à me lever chaque matin. La seule et unique chose qui en dehors de la force de l'habitude me poussait à me raser de près, à choisir avec soin et coordonner mes vetements , à sortir de chez moi, à vivre tout simplement.

Il me semble avoir vu dans les yeux de ce jeune homme cette gène que j'eu moi même à son âge dans des circonstances quelque peu comparables, cette terrible constatation que le temps n'arrangeait rien et ce refus catégorique de vieillir. J'ai cru plus jeune que je le voulais, pour voir enfin de quoi serait fait demain, avoir la maturité nécéssaire à l'appréciation de cette formidable aventure qu'est la vie. Mais c'était faux.

Ne va pas croire que j'ai peur de la mort, à mon âge (comme au sien d'ailleurs) ca serait quand même dommage. Reste que tout comme moi, il ne veut pas vieillir, il ne veut pas finir seul et ne l'avait sans doute jamais réalisé avant ce soir de Juillet. Et finir par être loin de ceux qu'il aime, par la force des choses. Il ne le veut pas, étant pourtant conscient du fait qu'il n'aura pas le choix...

Parce que lorsqu'on considère tout ce que l'on pourrait manquer en disparaissant prématurement, vieillir reste un moindre mal. Et la seule et unique façon d'être sur d'avoir fait son possible pour mordre la vie à pleine dents. Tout du moins du temps où l'on en avait encore...

Posté par Blackmilk à 21:34 - Aucune catégorie ne convenait... - Commentaires [19] - Permalien [#]

11 juillet 2008

"Ca y est c'est le week-end"...

Le vendredi après-midi.

Au bureau.

Comme tous les vendredi après-midi, je me suis arrangé pour ne rien faire en m'planquant dans mon bureau sans en sortir de peur d'avoir à bosser pour donner l'exemple alléger quelque peu mon emploi du temps et jouir comme il se doit de cette nonchalance de fin de semaine tolérée dans la plupart des boites françaises.

Ainsi, alors que je me tiens paisiblement à mon poste, rêvassant devant les gouttes de pluie ruisselant sur la vitre tout en faisant semblant d'écouter avec attention ma collègue Carole venue me parler pour elle aussi tuer l'ennui (alors que franchement, sa vie, ses filles qui vont rentrer au collège et sa passion dévorante pour des sujets brulants tels que les soldes ou le nouvel album d'Enrique Iglesias, je m'en tape comme de ma première feuille de RTT), je ne peux m'empecher de rêver à autre chose...

Là, dans ce bureau avec vue imprenable sur le parking vide qui me fait me demander pourquoi je n'ai pas posé ma demi-journée et alors que je m'escrime à fabriquer à Carole un magnifique collier en trombones comme pour mieux l'aider à partir vite et à revenir tard en lui faisant comprendre par ce cadeau cheap au possible que sa compagnie n'est pas des plus agréables, je rêve au week-end que je peux presque toucher du bout des doigts, à la fois si proche et si lointain.

Proche parce que finalement, l'un des luxes que me confère ma place et mon employeur, c'est d'être dans les faits en week-end le vendredi midi, l'activité du vendredi après-midi étant proche de zéro. Lointain parce passer plusieurs heures à ne rien faire, c'est beaucoup moins fun que ca en a l'air. Et dans le dédale des couloirs déserts et des bureaux abandonnés d'une agence le vendredi après-midi, personne ne vous entend crier...

Je sais ce que tu te dis mais contrairement à la croyance populaire, je passe toute la semaine la tête dans le guidon et le vendredi après-midi, c'est pas tant que je n'ai pas de travail en attente, c'est juste que j'arrive presque à chaque fois à saturation. Et que le besoin d'être en week-end devient une obsession. Et puis si tu penses que je suis vraiment un glandeur, laisse moi te dire que tu te trompes totalement...et que ta jalousie ne m'atteint pas!

Alors, chaque vendredi, au milieu des dossiers qui s'entassent, des post-it recouvrant l'écran plat comme pour atténuer sa luminosité et me mettre en condition à l'aube du sacro-saint moment de relâche hebdomadaire, je m'autorise à me perdre dans mes pensées, m'imaginant quel merveilleux week-end je vais passer.

Je sais ce que tu te dis (Oui, ca fait deux fois mais si tu viens souvent ici, tu as appris à te faire à l'idée que je suis en effet omniscient, que deux c'est mieux et que de toute façon comme je t'aime, je ne compte pas): Ce Blackmilk a sans doute une vie merveilleuse faite d'expériences de vie incroyables et ses week-ends ressemblent probablements à d'intenses moments de bonheur, hors du temps et libres de toute contrainte que le commun des mortels n'approchera malheureusement pas, ne serait-ce qu'en rêve.

Et tu n'as pas tout à fait tort. Depuis mon célibat, je ne crois pas avoir passé un seul week-end entier chez moi. Les soirées s'enchainent et mon entourage d'autrefois se réapproprie ma compagnie, ma famille goûte à nouveau au plaisir de ne pas se contenter de me voir une fois par mois, mon compte en banque (en fait surtout mon banquier) se ravit de ces escapades à répétition et j'ai finalement l'impression de ne pas beaucoup toucher terre. Alors pendant un moment, c'est vraiment excitant et relaxant mais il vient forcémment un moment où l'on a besoin d'autre chose.

Ce week-end donc, je profite de moi! Tout commencera par un petit footing en rentrant, histoire d'évacuer le stress de l'après-midi causé justement par le manque d'activité. Ensuite, je pense m'autoriser ce que je ne me suis pas permis depuis des semaines, à savoir commander une pizza, l'accompagner d'une bière mexicaine et voir si elles et moi nous faisons bon ménage sur mon canapé à la lueur tamisée de la télévision. En plus ce soir, il y a KohLanta et Thalassa sans parler de deux ou trois émissions de télé-réalité américaines pleines d'ados attardés et bodybuildés qu'il doit y avoir comme toujours sur la Tnt (le jour où le ministère de la culture impose des quotas de productions françaises comme ce qui se fait déjà à la radio, c'est la mort de la Tnt...). Du rêve donc, rien que du rêve, il y a des chances pour que la pizza se laisse endormir par tant d'exotisme et d'exhaltation intellectuelle.

Demain matin, psicine, sauna, jacuzzi, aller et retour à pied histoire de flaner un peu en ville, déjeuner sur le pouce avant des retrouvailles annoncées avec celle que je délaisse depuis trop longtemps (des semaines que je ne l'ai pas touché, je serai encore plus doux que je ne le suis à l'acoutumée): ma Wii. Sans doute un peu de lecture et beaucoup d'oisiveté, le soir un ciné avec une amie, le dimanche un peu de ménage avant de profiter du bonheur de ne rien faire. Du bonheur je te dis, rien que du bonheur.

Lundi golf puis déjeuner avec mon Juju qui descend exprès pour l'occasion, et Dieu sait que ca nous fait du bien de nous retrouver parfois sans nos chères et tendres (enfin en ce qui me concerne du temps où j'en avais une). Et puis un après-midi dont le programme reste à determiner avant un probable footing et une nouvelle soirée en tête à tête avec moi-même.

Oui, je sais, bien loin de l'idée glamour que l'on pourrait se faire d'un week-end passé en tant que jeune homme célibataire, libre et insouciant.

Et pourtant moi ce week-end, j'en rêve déjà, j'en ai besoin avant de repartir sur un rythme plus soutenu. Et si tu trouves ca triste et ne comprend pas qu'on puisse passer un week-end sans se mettre minable ou sans se livrer à tout un tas d'acte que la morale réprouve, je ne t'en veux pas. Sache juste que tu passes selon moi à côté de quelque chose.

Mais dis moi, toi, ca ressemble à quoi un de tes week-ends type ?

Posté par Blackmilk à 15:58 - Vis ma vie - Commentaires [14] - Permalien [#]

07 juillet 2008

Un parfum de déjà vu...

Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Ainsi au hasard des rencontres ou des lieux visités, on se prend parfois à succomber à un parfum familier, celui d'une personne, celui d'un lieu, celui que notre esprit associe immédiatement à des faits appartenant à notre vie passée, comme pour mieux confirmer la théorie de Proust et de sa fameuse madeleine.

Qui n'a jamais croisé au détour d'une promenade en ville une inconnue portant le même parfum que l'amour qui à quinze ans semblait parti pour durer toute une vie ? Qui ne s'est jamais surpris à sentir en entrant dans une libairie de quartier ou dans un grenier s'offrant à l'exploration l'odeur de l'encre si particulière, revenant instantanement à cette époque formidable où la lecture se laissait docilement apprivoiser par le biais des premiers livres de Tintin offerts par des parents aux yeux brillants d'émotion et de fierté?

J'ai pour ma part toujours eu un rapport aux odeurs pour le moins particulier et cela s'explique sans doute plus par mon amour de ce sens transmis par ma mère que par ce nez prohiminent dont elle est aussi à l'origine.

Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Je n'oublierai jamais l'odeur des peintures et dilluants planant dans le garage de mon grand-père que nous allions voir travailler chaque mercredi avec ma grand-mère qui alors nous gardait et été trop fière de ce qu'ils avaient construit pour ne pas tenter de nous transmettre le virus de l'automobile. Vingt ans après, j'ai toujours un sursaut lorsqu'au cours de mes rendez-vous professionnels ou des "rencontres" opérées cà et là, mon attention est attirée par le Vétivert de mon père que je ne pus que trop rarement sentir lorsque je n'attendais que cela. Le fumet des crèmes au caramel de ma mère me ramène encore aujourd'hui à notre enfance merveilleuse, préservée et insouciante où nous n'avions pourtant pas encore conscience de notre chance. L'odeur de netteté, d'aseptisation flottant dans les couloirs de l'établissement qui fut la dernière demeure de ma grand-mère me fait encore froid dans le dos lorsque je me rends malgré moi en milieu hospitalier.

Pourtant, plus encore que ce pouvoir révélateur qu'ont les parfums et arômes s'offrant à chaque instant à mes terminaisons olfactives aiguisées, je suis bluffé par l'influence qu'ils ont sur les dimensions les plus incontrôlables de notre vie, à savoir le pathos, l'affect et finalement l'amour. En tout cas en ce qui me concerne. En effet, chaque fois qu'une jeune femme bien sous tout rapport (ou pas...) s'est escrimée à devenir "la femme momentanée (Non ce n'est pas du cynisme, c'est de l'empirisme, nuance) de ma vie" et y est parvenue, elle s'est une fois mon coeur conquis secretement jurée de me faire changer de parfum en déclarant adorer le mien mais en proposant comme par hasard d'aller voir si j'voulais pas qu'on aille me choisir un parfum alors qu'à l'origine nous arpentions les parfumeries pour lui en trouver un.

La première fois, ce n'est pas plus perturbant que ca mais lorsque cela se répète, tu ne peux t'empêcher de te demander s'il s'agit d'un phénomène propre à toutes les femmes amoureuses.

Quid de ce rituel me diras-tu ? Est ce une façon de céder à ses instincts en tentant de protéger sa propriété et en affirmant sa présence par un signe distinctif ? Est-ce au contraire une façon d'effacer ce qui avait été fait par une autre en se laissant aller à la même pratique ? Ou bien est-ce tout compte fait un moyen de s'approprier l'autre en lui montrant qu'il ne contrôle désormais plus rien, histoire de le mettre au parfum ?

Je ne le sais pas et ca n'a en fait pour moi que très peu d'importance. Je me plie volontiers à l'exercice, d'une part parce que céder du terrain sur quelque chose qui n'a pas une importance décisive permet d'endormir quelque peu d'autres volontés de changement radical (Certaines ont voulu me faire changer d'habitudes vestimentaires ou capilaires voire pire, aucune n'y est vraiment parvenue). Ensuite parce que porter un parfum faisant craquer sa chère et tendre, c'est quelque part avoir les moyens de ses ambitions et qu'en amour, aucun n'ascendant n'est à négliger. Enfin parce que porter chaque jour une fragrance choisie par celle qui fait battre votre coeur, c'est un des petits plaisirs de la vie dont je ne souhaiterai en aucun cas me priver.

Après en avoir éprouvé quelques uns, je porte aujourd'hui Kenzo Jungle, agréable vestige frais et raffiné de l'ère mélusinienne. Je suis curieux de savoir quel sera le et par extension la future locataire de mon cou...

Posté par Blackmilk à 09:04 - Vis ma vie - Commentaires [11] - Permalien [#]



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