01 octobre 2008
Juste quelques battements.
Et depuis ?
Depuis, j'ai regagné mes pénates en ayant l'impression de laisser derrière une partie de moi. Les quelques heures de route seul m'ont permis de m'adonner à mon activité favorite à savoir me torturer l'esprit. En entrant dans mon appartement et en refermant la porte derrière moi ainsi que sur un délicieux week-end qui n'était déjà plus qu'un souvenir, je me suis surpris à remarquer la façon dont raisonnait le verrou à la fermeture. Comme si par ce seul bruit pourtant entendu des dizaines de fois depuis mon récent emménagement, je prenais pour la première fois conscience du vide abyssal de cet appartement dénué de tout oeil bleu perçant, de tout sourire troublant, de toute phrase délicieuse, tant par son intelligence que par le son envoutant émis à son occasion. J'ai rarement été sujet au blues de la solitude, et pourtant en ce dimanche soir froid et sombre, je crois l'avoir ressenti comme rarement auparavant. Et toute la soirée durant, ces quelques murs où d'habitude je me sens si bien se sont avérés être le sarcophage lugubre de mon émoi, ce soir-là inconsolable.
Je n'ai même pas pu lui passer un coup de fil ou lui envoyer un sms de peur qu'un contact ne fasse qu'accroitre la sensation de manque a posteriori. La douche brulante n'y a rien fait. Le carré de chocolat noir non plus. Le verre de pommeau bu seul pour la première fois pas davantage. Là, seul sur mon canapé face aux Experts qui dissequaient les mecanismes criminels d'un nouveau meurtre, je tentais de mon côté d'expliquer les raisons qui m'avaient poussées à partir, à ne pas faire demi-tour et à finalement prendre nos destins en main. C'est à ce moment là que son sms est arrivé, plein de douceur et d'inquiétude du fait de ne pas avoir eu de mes nouvelles depuis mon départ. Ce soir là, seul dans mes draps, mon oreiller eut à subir l'étreinte longue et répétée de ceux qui ne parviennent à trouver le sommeil, littéralement happés par des pensées et des questions dont les réponses n'arrivent bien évidemment jamais avant Morphée.
Le lendemain. Au bureau.
En ouvrant outlook, je ne vois qu'un nom dans la liste des expéditeurs, le sien. Elle s'enquiert de mon état, me demande si la reprise n'est pas trop rude, me dit qu'elle a beaucoup aimé ce week end passé ensemble, précise qu'elle n'a pas trop le moral depuis hier soir sans en dire plus. Ma réponse se fait l'écho de la sienne un souspon d'audace en plus, le genre de petite phrase qui bien que subtile ne laisse aucun doute quant aux intentions de son auteur.
Et là, pas de réponse. Pendant deux jours. Une torture, à tel point que je perds en concentration au bureau, que mon portable est posé dans la salle de bain lorsque je prends ma douche, bref, l'enfer de ceux qu'on fait languir. Je parie sur le fait que tout comme moi elle croule sous le travail, je lui cherche des excuses, j'imagine le meilleur et surtout le pire, comme une midinette. Et je m'en veux, je n'suis pas comme ca, car s'il y a bien une chose dont j'ai horreur, c'est de perdre le controle. Et cela fait des années qu'en la matière, je ne me débrouille pas trop mal.
Deux jour plus tard, le mercredi matin, toujours à l'ouverture des mails pro. Une réponse. Ou plutôt une gifle. Même si à force d'y réfléchir, j'avais fini par privilégier cette hypothèse, le camouflet n'en est pas moins violent. Elle commence par me dire que je lui manque, que ca fait deux jours qu'elle déprime. Que ses collaborateurs lui demandent ce qui ne va pas. Et qu'elle leur répond qu'elle subit "le contre-coup d'un excellent week-end passé avec un ami".
Un AMI.
Le mot est lourd de sens, d'autant plus lorsque l'on sait que chacun de ses mots est précautionneusement choisi. Il ferme la porte à tout ce qui avait été imaginé, envisagé, de mon côté tout du moins.
Est-ce que cela vient de moi, que je ne lui plais tout simplement pas et que je me suis laissé abuser par mon esprit, par des "signes" qui n'étaient en fait que le fruit de mon imagination. Est-ce que la tristesse dans ses yeux au moment de la quitter n'était en fait que le reflet de mon propre désarroi ?
Est-ce au contraire le contexte et la compléxité annoncée de notre hypothétique relation qui l'ont refroidi, comme je l'avais été à plusieurs reprises avant de passer à nouveau quelques jours en sa compagnie ?
Est-ce mon manque d'intiative qui l'a éloigné, comme si elle aussi partageait cette absurde maxime que Lucie aime à répéter et qui voudrait que les femmes pardonnent parfois à ceux qui forcent l'occasion, rarement à ceux qui la manque ? (Peut-on écrire pire foutaise ?)
Est-ce le souvenir de ces blessures passées, plusieurs fois évoquées qui la freine, ayant peur de les réouvrir en se lancant dans une relation où la mise en danger est bien réélle?
Je n'en sais rien. Et chaque fois que j'y réfléchis, chaque fois que je pense le savoir, le deviner, quelque chose vient me faire douter, m'interroger.
Depuis, rien n'est plus comme avant, le coeur n'y est plus, la magie s'est envolée. J'y allais sans vraiment savoir ce que j'allais trouvé. J'en ressors plus perdu que jamais, avec cette horrible impression de manquer quelque chose, peut-être d'avoir manquer quelque chose. Pourtant, je ne regrette aucun de mes choix, aucun de mes actes (rééls ou manqués...).
Ce matin, sur le chemin du bureau, convaincu que tout ca est derrière moi, et que ce coup de coeur si particulier m'a finalement fait autant de bien que de mal, je suis enfin décidé à braver ma lacheté, ayant la ferme intention de lui envoyer un mail une fois arrivé pour lui demander si j'ai vraiment rêvé, et ce qui finalement fait que je ne lui donne pas envie d'avoir plus. Trop tard, un mail d'elle vient m'informer qu'elle a réussi à poser quelques jours en Novembre "parce que c'est mieux de se voir plus qu'un week-end" et me demande si je peux en faire autant, histoire de lui faciliter le fait de s'inviter chez moi.
Rien.
En fait, de la surprise quand même, mais rien de plus. Ni pincement au coeur, ni joie, ni peine. Le plaisir annoncé de la revoir, sans attendre rien de plus. Et la conviction que cette vertue qui avait été de mise chez elle sans pouvoir l'expliquer serait pour ces quelques jours de Novembre une évidence.
Depuis ce matin, je pense sans cesse à cette nouvelle de Zweig, 24 heures de la vie d'une femme. J'ai l'impression d'avoir touché du bout des doigts ce qui y est dépeint, cette passion subite, inexplicable, sur le moment inextricable. Certes, l'aspect charnel en moins. Une nouvelle fois, pas forcément parce que je suis un modèle de vertue, loin s'en faut. Certes, le partage de la passion reste ici à prouver. Encore que si elle avait vécu quelque chose d'aussi fort que moi, je ne pense pas que nous en serions là. Mais l'ennivrement, le plaisir, la beauté de l'instant, du partage, de l'échange, sa beauté tout court, charnelle et intellectuelle, ce sont des choses qui je pense (et surtout je l'espère) ne me quitteront jamais et qui font écho aux écrits du romancier suiciaire.
Ces 48 heures de la vie d'un jeune homme , celles-là même qui m'ont permis d'être à la fois si différent de ce que je suis à l'accoutumée, particulièrement dans la maitrise que je pense généralement avoir et si proche de ce que je pense être profondément, à savoir un être irrationnel et beaucoup plus humain que j'aime à le croire, ce coup de coeur, tout ca a plus de valeur que la décéption, la rancoeur ou l'indifférence par lesquelles j'ai souvent été tenté de me laisser à nouveau consumer.
Alors nous allons nous revoir. Si elle n'annule pas d'ici là, comme pour donner à cette histoire d'ores et déjà avortée un dernier soubresaut (Je ne sais pas pourquoi, cette idée est particulièrement présente dans mon esprit). Nous allons nous revoir, parce que j'y prendrais plaisir. Même si je n'ai pas réussi à lui plaire assez, à lui plaire tout court. Même si elle ne pourra rattraper les jours passés, même si par miracle elle voulait se laisser aller à son tour.
Plus de magie, plus d'alchimie. Mais le souvenir ému de ces moments rares. Plus de besoin, plus d'envie. Mais toujours son regard bleu droit dans mes yeux noirs.
Nous allons nous revoir.
Pour le plaisir de sa compagnie.
Pour lui montrer subtilement ce que cela aurait pu être.
En hommage à tous ces battements, peut-être la seule chose que nous ayons réélement partagée.
Quelques battements de cil. Et quelques battements de coeur.
28 septembre 2008
Juste un déchirement
Le lendemain, tout sembla comme différent sans que celà puisse clairement s'expliquer. Les paroles étaient hésitantes, la gène davantage présente. Au petit déjeuner, elle s'excusa d'apparaitre sans maquillage alors que je ne l'avais sans doute jamais vu aussi belle qu'au naturel, sans artifice, livrée tel l'astre diurne qui chaque matin sort de sa torpeur et semble comme par miracle vous rendre à la vie.
Le repas s'anima autour de thèmes sérieux et plus légers, elle tentant de me faire partager ses passions, moi m'efforçant de canaliser la mienne. Je crois que je n'avais jamais autant compris le sens de l'expression imagée "boire chacune de ses paroles" que ce matin de septembre où le discours fin, intelligent, frais et plaisant d'une nymphe me sustanta et m'électrisa davantage que ne l'aurait fait tous les mets raffinés et matinaux du monde. Autant dire que la fraicheur de la douche qui suivit me permit de retrouver mes esprits avant qu'elle ne se prépare à son tour pour que nous puissions mettre en oeuvre nos projets de ballade, histoire de sortir quelque peu le plaisir d'être ensemble d'entre les quatres murs de son appart. Et de faire de la campagne alsacienne un décor à sa mesure.
A trente kilomètres de là, des ruines d'un chateau médiéval surplombant les typiques colombages faisant la renommée du coin furent le théatre de notre escapade buccolique. Là encore, rien n'était simple et tout semblait beau. Le fait d'arpenter ensemble un terrain escarpé, tantôt complices, tantôt génés. La conversation touchant à des sujets que ni elle ni moi n'avions l'habitude d'aborder, ce genre de choses dont la simple pensée vous trouble et que vous ne parvenez à aborder qu'avec les gens qui vous sont proches depuis des années. L'ambiguité de ce qui se tramait, encore, toujours...
Puis elle eut faim. Et refusa ma proposition de déjeuner à proximité, tenant absolument à nous préparer quelque chose "avec ses petites mains". Le résultat fut honorable, d'autant plus que tout adepte des arts culinaires que je sois, je suis aussi piètre préparateur que bon consommateur. C'était...bien. Ce qui m'obligea pour la seule et unique fois du week-end à mentir, répondant de mon ton le plus honnête à la question fatidique par un "C'était très bien" dont je ne suis pas très fier. Seulement voilà, allez prendre le risque de voir s'effacer ne serait-ce qu'une seconde un sourire qui vous nourrit depuis vingt-quatre heure. Spirituellement bien plus encore que gastronomiquement, on ne mord pas la main qui vous nourrit, c'est ainsi.
Le repas mais plus encore la ballade dans les rues de sa ville et notre milkshake dans un bar pour jeunes locaux culturellement désoeuvrés et pécunièrement à l'aise brisa cette faible distance qui lors du début de journée s'était fait sentir. Peut-être était-ce du au fait que la serveuse me regarda soit-disant avec insistance (pour ma part, je n'y ai vu qu'un regard commerçant d'une serveuse qui a le sens du contact et le goût des pourboires). Ou à ces parties de billards où je ne me fis pas prier pour lui montrer comment on pouvait jouer certains coups difficiles en tournant le dos au tapis, elle confiante, se laissant guider telle une marionnette alors que je m'efforçais de garder le contrôle en la positionnant.
Mais tout ca, ce ne fut que peu de chose comparé au soir. Elle m'emmena à un concert de musique balkanique. Tout un programme me suis-je dis, partagé entre la peur de ne pas aimer et la curiosité de découvir quelque chose que je pensai ne pas connaître. Là, dans un petit village perdu au milieu de l'Alsace, une association locale de promotion culturelle avait érigé comme chaque année à cette période depuis 7 ans un chapiteau de cirque dans lequel ils recevaient des artistes du monde entier, la plupart du temps très connus dans leur pays d'origine mais absolument invisibles ici aux yeux du grand public. Je n'aime pas le cirque et ne ne suis pas fan de chapiteau, dans mon esprit injustement associé à du divertissement de seconde zone. Ce fut pourtant l'un des concerts les plus envoutants auquels j'ai eu la chance d'assister. L'atmosphère intimiste du petit chapiteau, le public chaleureux et hétéroclite, l'ambiance incroyable faite à la fois de raffinement et de simplicité, l'énergie, la joie, le talent et finalement le génie de la douzaine de musiciens tzyganes emmenés par un leader absolument incroyable; tout ca donna à ces deux heures une dimension particulière. Evidemment renforcée par le fait que nous étions collés l'un contre l'autre, toujours sans qu'il soit possible de parler d'échanges amoureux et que nous échangions régulièrement des regards pour vérifier l'un l'autre que nous prenions autant de plaisir...
Une fois rentrés, impossible de redescendre de notre petit nuage, sans qu'il soit possible de dire clairement s'il s'agissait d'un état extatique post-concert, du fait d'avoir été proche l'un de l'autre comme rarement avant ou bien du mélange des deux. S'il en est une qui ne resista pas à ce tête-à-tête, ce n'est malheureusement pas ma délicieuse compagne blonde mais la bouteille de Bourgogne qui céda sous nos assaults répétés avant de nous voir rejoindre la chambre...
Le dernier jour, sans doute de part sa brieveté annoncée fut l'occassion d'autres moments précieux que je ne souhaite pas énoncé ici, comme pour les garder vierges de tout regard extérieur. Pourtant, contrairement à ce que l'on pourrait croire et aussi étonnant que cela puisse paraître, d'un point de vue charnel, il ne s'est absolument rien passé. Moi aussi, au jour d'aujourd'hui, je me demande pourquoi.
C'est comme si nous avions été deux adolescents timides et gauches, hésitant à faire le premier pas, de peur de ne pas savoir comment réagir si les choses prenaient un tour que ni l'un ni l'autre ne maitriserait. Je n'avais jamais rien vécu de tel jusqu'alors, même à l'adolescence. Je ne suis d'ailleurs pas du genre à vivre de fantasmes et à me complaire dans l'attente et l'incertitude, bien que je sache les apprecier lorsqu'ils précédent la concrétisation. Toujours est-il que la frustration, bien qu'extreme dans cette situation durant ce week-end fut tout simplement delectable. Et qu'au moment de partir, la douleur et le déchirement furent quelque peu atténués par l'espoir d'un "autre chose", mais surtout par la plaisir d'avoir eu si délicieuse compagnie, si troublant accompagnement.
Et depuis ?
25 septembre 2008
Juste au commencement.
Son sourire radieux est la première image qu'elle a voulu me donner alors que je montais les marches. Ses yeux ne m'ont touchés qu'une fraction de seconde plus tard, comme pour en rajouter et montrer que non, il ne fallait pas y compter. Que même au tout début du week-end, je ne pourrais décemment pas prétendre avoir le contrôle sur ce qui semblait couver en moi depuis quelques temps.
Il fut décidé d'aller dans un restau indien, parce que finalement notre premier restau avait été un indien, ce premier soir de session de formation où nous nous étions croisés, nous deux parmis les dizaines de milliers de salariés que compte notre employeur et qui vont eux aussi user les bancs des centres de formation plusieurs fois par an. Un de ces hasards qui vous font douter de l'existence même de cette notion.
Le temps passé ensemble dans le chaleureux petit etablissement fut simplement délicieux, elle souriant sans interruption passée la gène des premiers instants. Moi, m'efforcant comme mille fois auparavant de réussir mon "numéro", celui qui consiste à faire des mes dizaines de défauts, tares et autres signes extérieures de bassesse autant de charmants détails qui forment un ensemble n'invitant pas à la fuite, tout du moins pas dans l'immédiat. A la différence que jamais auparavant, que ce soit chaque jour lorsque je m'y essaye dans un but professionnel ou rarement lorsque je m'y suis risqué personnellement sans certitude du résultat, le jeu de séduction avait cette fois-ci des enjeux pour le moins inhabituels. Comme si rien de ce qui s'était fait avant ne pouvait tenir la comparaison.
Une bouteille de bon champagne précautionneusement choisie par mes soins nous attendait dans son réfrigirateur et une fois nos thés aux douzes épices terminés, nous nous sommes décidés à quitter les sympathiques tenanciers à l'accent si caractéristique pour aller voir ailleurs et plus particulièrement chez elle si le champagne n'était pas trop vert. Là, tandis que je l'invitais à s'installer "comme chez elle" pendant que je m'occupais du service, ses yeux bleux doux se sont saisis de l'écrin que leur offrait le sofa écarlate pour virer vers le bleu profond, comme pour rendre l'instant proprement intemporel. A tel point que je ne suis pas sûr qu'elle ne se soit pas rendu compte de ce temps d'arrêt que j'ai marqué malgré moi avant de libérer les bulles dans un moment qui ne manquait justement pas d'effervescence.
Et puis je me suis assis à ses côtés...
Là, alors que mes lèvres goutaient au nectar gazeux qui habituellement ravit mes sens en me coupant momentanément du reste du monde, le reste du monde n'avait jamais été aussi clairement identifiable. Il y avait Elle. Et le reste du monde.
Nous nous sommes doucement ennivrés de mots et de bulles, ne voyant pas passer les heures, ne cédant ni l'un ni l'autre à la facilité d'une étreinte qui à cette instant semblait si proche et paradoxalement si délicieusement interdite. Nous sommes allés nous coucher selon les règles définies par cet accord tacite qui semblait s'être imposés à nous, malgré et finalement pour nous. Le lendemain serait selon la formule consacrée un autre jour...
24 septembre 2008
Juste avant.
Des yeux d'un bleu qui vous font regretter de n'avoir aucun talent plastique, aucun don de restitution artistique tant on voudrait pouvoir en reproduire la couleur à l'infini, l'avoir sans cesse entre les doigts pour réaliser l'ampleur du charme qui opère. Et mieux célébrer le caractère surréaliste et rare d'un tel regard.
Ce sont ces yeux qui m'ont accompagnés durant ces quarante-huit heures qui comptent parmi les plus douces et les plus ennivrantes de mon existence.
Dimanche à seize heures, je me suis surpris à vivre un déchirement comme je ne me souviens pas en avoir vécu. Ces deux yeux qui m'ont regardés avec insistance, teintés d'une tristesse que je ne suis pas parvenu à interpréter et qui n'a fait que sublimer leur beauté, quitte à m'écorcher davantage.
Certes, il y avait quelque chose cette semaine de formation où nous avions fait connaissance. Ce n'était pourtant pas la première fois que je raccompagnais une jeune fille délicieuse, serrés sous un parapluie par la grâce de cieux que pour ma part je trouvais ce soir là cléments. Maintes et maintes fois j'avais joué le jeu sans qu'il n'y ait d'autre volonté que d'être serviable et de suciter quelque part un tant soit peu d'admiration, mu une fois encore par ce besoin de reconnaissance. Et pourtant le trouble ressenti ce soir là fut un signe avant-coureur auquel je ne pretas pas attention.
Les mails, de plus en plus fréquents, remplis de mots et de notions dont l'ambiguité semblait être poussée à son paroxysme comptèrent, c'est un fait; reste que la distance qui nous séparait m'aidait à me dire qu'il n'y avait aucun danger, que j'étais bien trop malin pour tomber dans ce genre de considérations à une époque où j'essayais justement de les éviter, pour ne pas dire de les fuir.
Une date fut prise en concertation lorsqu'un midi je lus cette phrase qui m'éléctrisa: "Mais va-t-on s'échanger des mails ad vitam aeternam sans jamais se revoir?"
C'est après cela qu'il y eut son premier sms, un dimanche soir, comme annonciateur. Comme si tout devait désormais se jouer le dimanche soir. Un simple sms, l'air de rien mais doux. Marquant sa présence. Quelques mots lachés au gré des antennes réseaux, aussi impalpables que ces intentions que secrètement j'esperais. D'autres suivirent, en soirée, lorsque le jeu des mails "professionnels" n'avait plus cours, volontairement espacés par un mélange de pudeur et d'envie de rareté, comme pour ne pas risquer de faner un ersatz de relation dans sa phase d'épanouissement.
Mon premier appel, un soir, comme une pulsion, un violent besoin d'elle, de sa présence téléphonique faute de mieux, de la compagnie de cette jeune fille dont le charme si rare me fit baffouiller, moi qui habituellement aime à pérorer pour montrer que lorsque je le souhaite, les joutes verbales ne sont pas l'exercice dans lequel je suis le plus mauvais.
Et puis le vendredi soir arriva enfin.Un vendredi soir, moi chez elle, elle avec moi...
