Je vis une époque formidable...

J’aurais pu me payer un psy, écrire un synopsis inspiré de ma vie, le vendre à Spielberg pour 15millions de dollars et vivre à La Barbade entouré de chèvres et de femmes nues…mais je préfère partager tout cela avec vous! Vous aimez les chèvres?

17 mai 2009

Mon Pape, ce héros

Tu sais quoi ? J'suis croyant.

Mouais je sais, ca t'en bouche en coin. Désordre émotionnel ou trouble psychologique, je ne saurais le dire, toujours est-il que je crois fermement en l'existence de Dieu, Jésus et du Saint âne ayant honoré la couche chrétienne de sa bienveillante et chaleureuse présente.

J'te jure que j'suis sérieux. Pour tout te dire, ca m'arrive même assez rarement de l'être mais s'il y a une chose avec laquelle je ne déconne pas hormis la politique et les princes de Lu, c'est la religion.

Je n'ai pas pour habitude de m'en vanter, la foi étant une démarche personnelle avant d'être un formidable vecteur d'ouverture aux autres. Puis c'est un pan de ma personnalité dont la découverte se mérite et que j'offre un peu comme un présent, comme une clé de compréhension de ce for intérieur que j'aime savoir quasi inaccessible. Une force incroyable dont je me méfie dès lors qu'il s'agit des autres, trop craintif pour me mettre ainsi à nu quand j'ai pour habitude de contrôler chacun de mes actes et de donner à ceux qui m'entourent l'image d'un être suffisant pour le meilleure comme pour le pire. Ajoute à cela le fait qu'être croyant n'soit ni hype ni glamour sans perdre de vue que je n'suis qu'un pauvre pêcheur narcissique et superficiel et tu comprendras que je n'sois pas un habitué du coming-out confessionnel.

On ne peut pas vraiment parler de déterminisme religieux en ce qui me concerne. Il suffit d'écouter mon frère qui a reçu la même éducation que moi parler de l'Eglise comme d'un dangereux mouvement sectaire ou de savoir que je n'ai jamais mis les pieds dans un cours de catéchisme pour s'en convaincre. Mes parents sont issus de familles catholiques non pratiquantes et si mon père est un véritable croyant, ma mère est davantage sensible à l'ésotérisme qu'à la doctrine chrétienne. Si je suis baptisé, l'événement reste davantage dans les mémoires comme l'une des dernières grosses orgies ayant réuni nos deux familles dans leur ensemble qu'une entrée fracassante dans le monde merveilleux de la vertu et de la piété.

Dieu, c'était tout d'abord un super fabricant de jouets à Noël qui savait honorer ses enfants comme il se devait et qui transformait les jardins en exploitation d'œufs kinder une fois l'an après que de mystérieuses cloches aient discrètement accompli leur œuvre (Maman si par le plus grand des hasards tu tombes un jour sur cet improbable journal, sache que je ne parle bien évidemment pas de toi, que je ne me permettrais jamais de t'assimiler à une cloche et que je t'Aime au point de me livrer à un périlleux exercice œdipien devant le regard ébahi de mon lecteur chéri). Puis il y a eu la primaire et son lot de sales filles briseuses de cœur. Bien sûr, si tu traines chez la plus blonde de mes homologues, tu as déjà entendu parler de l'un de mes amours de jeunesse, Emma F. Si je ne cherche pas à minimiser le culte voué à Emma, c'est pourtant une autre qui m'a fait entré en religion.

Elle s'appelait Melissa. Sans doute la seule rousse qui m'ait intéressé. A la rentrée de Cm2, j'avais craqué pour cette petite nouvelle qui arrivait de la campagne et qui habitait l'immeuble juste à côté du mien. Après six mois à toujours essayer d'avoir la meilleure note et à être le roi du foot alors que ca ne m'interessait pas pour l'impressionner, je lui ai dit que j'étais amoureux d'elle. Ca tombait bien, elle aussi ! (la facilité des choses de la vie quand on est gosse me frappe de plein fouet à l'écriture de ces mots). C'est la première fille que je me souviens avoir séduit, la première qui me laissa coller mes lèvres aux siennes, la première à qui je me souviens avoir dit "Je t'Aime", chez elle dans sa cuisine alors que sa mère venait de sortir de la pièce sans prendre garde au vice des Don Juan en culotte courte. Vint la fin de l'année et la perspective d'être séparé en 6ème. Deux mois de doute et de frayeur à pleurer littéralement dans mon lit le soir à l'idée qu'on puisse être dans deux classes séparées. Et à en venir à prier après que ma mère n'ait éteint la lumière, comme dans les films où les gens prient pour voir leurs souhaits exhaussés, comme ca, sans l'avoir vu jouer par mes proches. Bête avec le recul, mais quelque part émouvant. On se dit quelques années après qu'on aimerait pouvoir aimer de cette façon une fois adulte. En septembre, Melissa s'est trouvée en 6ème 2, moi en 6ème 4. Je l'ai oublié au bout de deux semaines avec une petite blonde stupide portant un appareil dentaire et fan comme ses parents de Johnny Hallyday...Je sais, la loose.

J'ai compris qu'on ne priait pas pour demander, qu'on priait par respect, pour soi et non par égoïsme. Au fil des années, je me suis découvert davantage Déiste que Catholique. Aujourd'hui plus que jamais et sans que je ne puisse clairement l'expliquer, je crois en l'existence d'un Dieu. Si je suis convaincu qu'il a bien autre chose à faire que de s'occuper de la façon dont chacun d'entre nous mène sa vie, je suis persuadé qu'il veille à ce que les choses s'inscrivent dans un ordre global, qu'il veille à maintenir un certain équilibre. Les hommes ayant parfois besoin de repères, j'ai gardé cette appartenance culturelle et cultuelle à la religion catholique afin de célébrer cette entité qui s'était imposée à moi au fil des années. Cela a d'ailleurs pris un sens nouveau lorsque le théisme me fut présenté et que je compris les mécanismes monothéistes où seuls changeaient les prophètes et les dogmes. Alors même que je me relis, moi qui paradoxalement me déclare cartésien, je devine ta réaction et tes doutes, toi le lecteur athée qui te demande si je n'ai pas snifé quelque rail en compagnie de Gasquet. Rassure toi, je n'ai jamais touché à la drogue, je te fais juste partagé ma spiritualité addictive libre de tout stimuli chimique. Et crois moi,plus que la drogue, l'aide d'un Saint est toujours précieuse lorsqu'on ne sait à quel sein se vouer...

Bien que le doute soit encore présent et nécessaire, ma foi n'a cessé de se renforcer au fil des épreuves mais aussi et surtout des victoires. Appréhender la profondeur des ténèbres dans lesquels j'ai sombré une année durant, meurtrir puis perdre un amour et vivre mon premier et seul deuil d'un être cher m'ont permis de combattre autant de certitudes sans pour autant ébranler mes croyances. Vivre auprès de l'être aimé, être heureux si intensément qu'on croit être à la limite de l'apoplexie, faire la paix avec les autres et soi-même en découvrant une sérénité dont on ignorait l'existence, tout cela a été orienté puis sublimé par la foi.

Au bout de cela, avant la fin (si fin il y a), avant ma fin et cet obscure tunnel blanc fantasmé par l'inconscient collectif mais après Melissa, Rousseau, l'humanisme, les filles et la vie, il y a notre époque, la période contemporaine.

Il y a Benoit. Benoit à l'origine, c'est un mec cool qu'avait pas eu de chance et avait connu des débuts difficiles. Le scoutisme teuton de la honte lui est imposé comme à la totalité des jeunes allemands après 1938. La  Seconde Guerre Mondiale du côté de l'horreur s'en suit avant qu'il ne déserte puis connaisse les camps de prisonniers. Une fois la Guerre terminée, les choses reprennent leur cour et Benoit entre dans les ordres à l'instar de son frère et sous le regard fier de son pratiquant de père. C'est le début d'une carrière ecclésiastique impressionnante dont le seul point noir sera l'immatriculation sous son nom d'une Volkswagen Golf en 1999. Un futur pape dans une voiture de djeunz, ca fait désordre. Benoit devient la référence ès doctrine du Vatican et ses prises de postions un chouia réac' font de lui le chouchou des traditionalistes. En 2005, lorsque celui-ci est élu chef d'Etat et proprio de la Chapelle Sixtine, personne ne s'attend donc à ce qu'il devienne le grand prédicateur prônant l'utilisation des english condoms urbi et orbi.

Jusque là, bon, on peut trop rien dire, on est habitué, JpII n'ayant pas ardemment lutté pour la survie des Africains et la distribution gratuite de latex sur un char orné d'une croix lors de la Gay Pride.

Oui mais. Tout à coup, les choses s'emballent. Benoit, il a pas compris lors de son passage au camp de scouts pour jeunes nazis qu'il avait eu de la chance d'avoir été envoyé dans le bon camp parce qu'à l'époque, une erreur de dispatching ne lui aurait pas permis de réintégrer les défenseurs de la barbarie et de l'ignominie que sont les prêtres négationnistes comme fait il y a peu.
Juste après, paf, voilà notre Benoit qui condamne l'avortement d'une brésilienne de neuf ans tout en pardonnant son violeur...
Traite moi de cynique si tu veux, j'suis tout aussi dégouté que toi seulement là encore, rien de nouveau, la tolérance n'étant pas le fond de commerce du Vatican, et ce bien avant l'arrivée de notre seizième ami.
Puis les actions ou prises de position révoltantes ne sont pas l'apanage de l'Eglise Catholique Romaine. Quand on voit le peu de cas que font de nombreux responsables du culte musulman de France de la liberté d'expression, du message à la non-violence toute relative que dispense le Dalai Lama ou des motivations de certaines milices juives intégristes sur la terre d'Israël, non vraiment, pas de quoi s'émouvoir.

Et pourtant, l'on devrait. La banalisation de la violence, des décisions et déclarations aberrantes nous ont peu à peu fait oublié ce que cachait chaque confession, la démarche dans laquelle s'inscrivait chaque pensée religieuse.Dernièrement, j'ai suivi le voyage du Pape au Moyen-Orient. Enfin vite fait, j'tavouerai que mon absence rédactionnel des dernières semaines s'explique par une actualité professionnelle chargée et que lors de mes rares moments de temps libre, je ne me précipite pas sur l'agenda papale. Tel le VRP de la Sainte Parole, celui-ci s'est excusé indirectement auprès des juifs pour l'épisode des ecclésiastiques négationnistes. Il a lancé un message fort aux Musulmans qu'il avait précédemment offensés. Il s'est même prononcé pour la création d'un Etat Palestinien, longeant symboliquement le mur de séparation en Papamobile au milieu des gamins en guenilles avant de rejoindre les Dorures de la Place St Pierre.

Sacré bilan. Un voyage pour réparer ses erreurs en sauvant la face et une brève confrontation à l'insoutenable situation que l'on condamne avant de rejoindre le confort douillet d'une alcôve préservée.

Tout simplement répugnant. Croire, ce n'est pas ca. C'est tout sauf ca. Certes, une minorité ne saurait jeter l'oprobre sur des millions de fidèles. Les démobiliser, les perdre et causer quelque part leur déséquilibre, c'est autre chose. Le problème avec les représentants sur terre de la parole divine, c'est que ce sont des humains parfois pétris de bonnes intentions mais tous aussi prompt à céder aux sirènes du coté obscur de la force. Alors depuis, j'hésite... Est-ce que je revends la médaille de St Christophe offerte par mon grand-père et planquée dans la boite à gants pour le prix du métal ? Est-ce qu'au contraire j'essaye à mon tour de devenir un super prédicateur américain pour devenir millionnaire, le gouvernement américain n'imposant pas les patrons d'églises sur leur revenu ? J'hésite encore.

Ce que je sais par contre, c'est que Benoit a officiellement perdu le peu de crébilité que je lui accordais en tant que guide spirituel. Tant qu'à suivre un mec qui couvre des crimes, s'habille en blanc et vole en jet privé avec ses propres choristes, autant béatifier Puff Dady. En plus, y aura le double avantage de trouver lors de ses soirées coke et filles à tomber. Mais qui s'étonne encore de voir les églises devenir des musées ?

Posté par Blackmilk à 19:16 - J'assume! - Commentaires [10] - Permalien [#]


06 mars 2009

Merci le Medef.

Je ne suis sans doute pas le meilleur communicant qui soit mais je te le dis de suite pour ne pas te tromper petit lecteur de mon cœur, ce post risque de t'ennuyer sévère. Je dis ca car je suis conscient que mon lecteur s'intéresse plus à la politique qu'au sexe, fait passer la culture avant les cultures (hydroponiques ou non) et plébiscite l'exception culturelle française et son fort penchant pour la variété au détriment de cette musique inspirée par le malin qu'est le Rock'n Roll. Alors forcément, quand on joue sur le terrain du qualitatif et de l'enrichissement par le verbe comme j'aime à le faire, on arrive difficilement à susciter l'intérêt des habitués avec un post traitant essentiellement du Sex, de la Drogue et du Rock'n Roll comme c'est le cas de celui-ci. Bonne lecture petit fripon ;)

 

J'ai beau me la raconter social-démocrate, brandir ici plus que de raison mon attachement aux valeurs de gauche et hésiter à prendre la carte du parti pour enfin oser mettre une écharpe rouge et avoir un argument expliquant mon envie de marcher dans la rue une rose rouge entre les dents (Oui, et alors ? Fais pas le malin, j'suis sûr que tu as des envies bien plus inavouables avec d'autres types de de végétaux et dans des circonstances bien moins poétiques alors commence pas tu veux), j'ai moi-même eu l'occasion d'aller voir ce qu'il y avait du côté obscur de la force.

Non pas que j'eus un moment failli grossir les rangs d'une formation politique de droite pour suivre une grande brune magnifique dont le seul défaut en dehors de son caractère irrésistible était d'être militante active à l'UMP par conviction, Dieu m'en garde. Il se trouve juste que je n'ai pas toujours connu un succès incroyable dans le secteur public. Je ne peux développer davantage sans compromettre quelque peu mon anonymat mais les rares personnes qui savent à quoi j'occupe mes journées n'ignorent pas que je suis actuellement l'un des rares français à connaitre une période faste. Avant donc de rejoindre les masses laborieuses de ce paradoxe sarkozyste que l'on pourrait presque définir comme un Welfare State Marxiste, j'ai fait mes armes dans l'univers impitoyable non pas de Dallas mais du secteur privé. Je t'épargnerai les détails de mon curriculum vitae et de ma participation active à divers composantes du Grand Capital, d'une parce que ca n'a que peu d'intérêt mais surtout parce que comme je te l'ai dit maintes et maintes fois, je tiens trop à cet espace de liberté pour le perdre par la divulgation maladroite d'éléments permettant de me confondre.

Et même si encore aujourd'hui je ne m'étends que très rarement sur le sujet, figure toi que j'ai œuvré quelques temps au sein d'une organisation patronale. Voilà, c'est dit.

J'me sentirai presque plus léger, comme si j'avais avoué être un horrible boucher ayant perpétré d'affreux crimes, tuant toutes les blondes obsédées par les diamants et les écolos tueuses de kangourous croisant mon passage. Je sais ce que tu vas me dire, les syndicats qu'ils soient patronaux ou salariés sont dans les mentalités et vis à vis de la loi clairement apolitiques et toi le lecteur innocent, tu ne vois pas bien ce qui justifie l'association de ces vénérables institutions avec quelque obédience politique, fut-elle de droite ou même de gauche....

Mais bien sûr...

Toutes les formations syndicales, qui plus est celles représentant les intérêts des entrepreneurs se gardent bien de toute accointance politique, au même titre que les millions en liquide de la caisse noire de l'UIMM* n'ont servi qu'à aider les entreprises en difficulté ou que le frère de notre actuel père sarkozien de la nation ait été cadre dirigeant du Medef plusieurs années au même titre que de nombreux autres x-politiques conservateurs ne fait pas forcément de la formation une antichambre économique de la Droite Française.

Je ne te ferai pas l'affront de te parler d'une certaine marmotte exploitée par un grand groupe chocolatier sur une chaine de conditionnement sous papier alu, étant surveillé par les activistes de la cause animale depuis mon post sur ces respectables oiseaux que sont les tourterelles, tu auras compris de toi-même qu'il n'est pas absurde de nourrir quelques doutes sur l'impartialité politique de la machine patronale française.

Le syndicalisme patronal est une nébuleuse lobbyiste composée d'une multitude de petits syndicats souvent appelés syndicats de branche** gravitant autour des trois organisations interprofessionnelles représentatives qui pourraient être considérées comme les détentrices du 5ème pouvoir***... Vu de l'intérieur, je t'assure que c'est encore plus révoltant qu'il y parait. Connivences, arrangements et magouilles généralisées sont autant de moyens courants pour obtenir de façon détournée ou parfois même clairement affichée ce qui semble selon nos amis entrepreneurs faire tourner le monde: L'Argent.

Bien sûr pour les masses laborieuses et le peuple, on hésite jamais à reconnaître la prédominance de l'humain dans le système économique que l'on défend, on déclare sans rire que le vrai moteur des dirigeants et propriétaires de sociétés est avant tout l'envie d'entreprendre, l'initiative économique et toute la démarche intellectuelle qui y est associée, on parle de passion, d'action. Pour ensuite utiliser des formules comme "Capital Humain" ou "Notre valeur ajoutée, c'est l'homme" qui derrière leurs faux-semblants humanistes ne laissent que peu de doutes sur les motivations principalement pécuniaires de leurs auteurs...

On se réunit pour célébrer le culte du profit, de la richesse et de l'amoncellement d'un tas de billets, seul élévation dont on tient compte au pays de l'argent roi, celle de l'esprit n'ayant finalement que peu d'intérêt. On profite de ce rétablissement masqué du temps des privilèges et du servage, conscient que tout cela ne tient pourtant qu' à un fil et qu'un jour viendra où le pain et les jeux ne suffiront plus au peuple. On tend le dos pour que l'opium médiatique continue d'inhiber rancœurs et révoltes latentes tout en décimant les populations d'esturgeons de la Mer Caspienne avec quelques amis autour d'un Cristal Roederer.

Et puis un matin, sans que l'on comprenne pourquoi, tout les schémas ancéstraux ne fonctionnent plus. Un village d'irréductibles placé sous de lointaines latitudes connues dans la croyance populaire pour cultiver une certaine douceur de vivre vient bousculer nos belles certitudes gauloises. Au patchwork galvaudé de couleurs, de mélodies et de paysages exotiques vient soudain se substituer un crise identitaire qui contredit l'idée selon laquelle la misère serait moins pénible au soleil. La Guadeloupe se rappelle enfin aux métropolitains, pointant injustices et inégalités, montrant que si plage il y a, celle-ci se trouve sous les pavés de cités HLM sordides et insalubres que n'auraient pas reniés en leur temps les riches européens profitant du commerce triangulaire. Une contrée merveilleuse peuplée si l'on croit Jacques Séguéla**** de fainéants, étant pour la plupart incapable de s'acheter une Rolex une fois le demi-siècle passé. La Guadeloupe, riche terrain de jeu des métros en goguette profitant des bienfaits du tourisme de masse sous l'oeil bien veillant du Medef...

Un mois et demi. Cela fait un mois et demi que la France vit au rythme de ses anciennes colonies, qu'on nous explique ce qu'est la "profitation", que tout les journaux télévisés ressemblent à un clip géant de la compagnie créole. 44 jours de pur bonheur à voir de pauvres gens perdre un salaire qui de toute façon ne leur suffisaient plus pour nourrir leur famille, autant de temps à se dire qu'en dépit de la crise mondiale on est quand même bien en France et qu'il y a de toute façon bien pire que nous. On en vient même à trouver cette grève générale carrément sympa. Le journal de 20h connait un certain renouveau, alliant infos et variétés par sa couverture objective du conflit montrant les manifestants chantant des mélodies bigarrées en incendiant des voitures. On se rêve à pouvoir s'y rendre en vacance l'hiver prochain, présumant d'une certaine baisse des prix, se voyant déjà en sirotant un 'ti-punch servi par une jolie métisse. La crise devient fun, la grève devient glam.

Quand soudain, c'est le drame. L'Etat sarkozien qui d'habitude affiche son inflexibilité en vient même à négocier pour de vrai, promettant l'aumône avant que le phénomène se propage. On en vient presque à s'inquiéter de ce revirement social, se disant que le gouvernement ne sait plus trop ce qu'il fait, que décidément la droite, ce n'est plus vraiment ce que c'était.

Heureusement, comme toujours, le Medef veille. Et ne compte pas se laisser avoir par cette négociation entre les partenaires sociaux que le gouvernement sort de son chapeau lorsque le sujet est trop épineux. Des semaines de négociation pour que le Medef consente finalement à lâcher quelques euros, uniquement pour l'image puisque celui-ci refusera de signer l'accord ratifié par l'Etat et les grévistes. L'argent viendra essentiellement du contribuable local et national, permettant aux élites dirigeantes de l'économie locale de ne pas contribuer directement à l'amélioration des conditions de vie de 80% de la population mais au contraire de faire marcher la solidarité nationale.

Alors aujourd'hui cher lecteur pas encore assommé par ce flot d'informations diverses et variées, je t'invite à formuler avec moi un grand Merci à l'attention du Medef

Oui, Merci le Medef de nous avoir une fois de plus démontrer que si les choses changent en France depuis quelques années, c'est pour aller vers le mieux. Merci le Medef de nous avoir rassuré sur les orientations politiques d'un gouvernement qu'on avait failli prendre pour un ramassis de gauchistes mais qui a su de par sa gestion efficace de la crise reporter l'ensemble du coût financier sur les contribuables, épargnant ainsi sans en avoir l'air les nantis qui pourront continuer à amasser des fortunes, incités par les différentes mesures fiscales propres aux DOM et protégés par un bouclier fiscal efficace taillé sur mesure comme un complet à quinze plaques. Merci le Medef d'avoir une fois encore prouver que ce sont les modèles économiques qui font les gouvernements et non l'inverse, des fois que certains de nos compatriotes auraient encore été tentés de croire que les hommes politiques dirigeaient un pays en toute liberté et en toute impartialité. Merci le Medef de nous donner l'impression de vivre dans un pays merveilleux où ensemble, entre riches, tout est possible.

Qu'on se comprenne lecteur de mon cœur, j'aime aussi dépenser de l'argent et n'ai pas l'âme d'un communiste, tu n'auras qu'à essayer de venir chez moi avec l'intention de partager mon imper Hugo Boss, mes clubs de Golf ou mes princes de Lu pour t'en convaincre. Je trouve juste consternant et usant de se réveiller chaque matin et d'entendre ou de lire dans la presse qu'on a encore bafoué sciemment et avec un cynisme révoltant les règles républicaines écrites pour faire de ce pays que j'aime tant un havre de Liberté, d'Egalité et de Fraternité. De voir au quotidien dans mon travail que les apparences sont cruellement trompeuses et qu'il est plutôt risqué ces temps-ci de tourner le dos aux enjeux ploitiques ou à qui que ce soit sous peine de se voir imposer un rapport sexuel non-reproducteur sans l'avoir vu venir. Et de lutter chaque jour pour garder la foi dans un système constamment détourné dans un seul et unique but: l'intérêt personnel.

Mais tout ca n'est finalement que peu de chose dans un pays ou l'on peut virer et nommer qui que ce soit sans que cela n'émeuve plus personne, dans un pays où le fait du prince n'est pas (encore) porté à la constitution mais s'applique telle la coutume d'un royaume que le sang de nos pères avait cru effacé. 

Alors quid du sexe drogues et rock'n roll me diras-tu ? Je te propose d'écouter un morceau de la compagnie Créole (particulièrement à propos), l'une de leurs meilleures productions. Si après ca et la lecture de mon post t'as pas l'impression de t'être fait prendre "au dépourvu", d'avoir besoin d'un bon rail de coke et d'une bonne dose de métal assourdissant pour oublier, j'crois qu'il faut que tu consultes. Vite.

Notes explicatives ennuyeuses à souhait à ne lire qu'en cas d'urgence:

*J'voulais t'mettre un lien explicatif vers un article te rappelant les faits pour t'aider à une meilleure réflexion mais tout bien réfléchi, si t'es même pas foutu de suivre l'actualité, j'vais quand même pas de te sortir de l'autarcie culturelle et intellectuelle dans laquelle tu sembles te complaire.

**aucun rapport avec les tourterelles, il s'agit de formations corporatistes :l'Union des Industries et des Métiers de la Métalurgie, le syndicat des professionnels du tuyau coudé, l'union patronale des sex-shops, etc

*** Je t'épargne les débats en cours chez les gardiens de la doctrine constitutionnelle qui voudraient que l'on puisse parler pour les syndicats de 3ème pouvoir, étant communément admis que les 3 pourvoirs initialement prévus par la constitution sont concentrés à l'Elysée pour ne plus en former qu'un, le second étant quant à lui aux mains des médias. Médias et syndicats étant eux même sous la coupe de l'exécutif, pourquoi s'essayer encore au comptage...

****Et si l'on en croit son bronzage, il est légitime de dire que l'homme s'y connait sans doute plus niveau Dom-Tom que du point de vue du train de vie de ceux à qui il s'escrime à vendre des barils de lessive depuis 40 ans...

En lien indirect avec ce post, un article du Monde relatant le climat dans lequel ces quelques mots s'inscrivent.

Posté par Blackmilk à 16:26 - J'assume! - Commentaires [20] - Permalien [#]

29 janvier 2009

Our house, In the middle of our street

Cela fait maintenant quelques temps que l'on se fréquente toi et moi. On en arrive à un stade où l'on apprend à se connaitre de plus en plus, découvrant à chaque échange un peu plus sur l'autre et en ce qui me concerne un peu plus sur moi-même (même si je te l'accorde, je me connais relativement bien, cela fait plus d'un quart de siècle que je me pratique).

Tu sais les troubles, les joies et les peines qui m'habitent, tu sais ce qui m'émeut, m'effraie ou me fait vibrer. Et pourtant, tu ne sais pas vraiment qui je suis, où j'habite, dans quel domaine je travaille, ce que je fais de mes jours, de mes nuits, de ma vie.

C'est normal, je ne tiens pas à ce que tu le saches. Par choix d'abord, parce que finalement qui je suis n'a que peu d'importance dans cette relation particulière qui nous unit. Et que paradoxalement, rester dans l'ombre me permet de lever davantage le voile sur ce qui à mon sens mérite réélement d'être livré. Par obligation ensuite, ayant à coeur de préserver au maximum ma vie privé d'une vie professionnelle qui pourrait vite devenir envahissante.

Car si je ne suis pas un personnage public, j'ai un métier et des fonctions particulières qui m'invitent à rester discret sous peine d'être rattrapé par le travail une fois la porte du bureau franchie. Je ne suis ni membre des forces de l'ordre, ni fonctionnaire des impôts et encore moins huissier de justice et je ne peux pourtant figurer nommment dans l'annuaire, sur des sites communautaires à l'instar de facebook ou copaindavant sous peine d'avoir comme certains de mes confrères quelques soucis. Je ne laisse pas de trace sur le net. A tel point que lorsque je tape mon nom dans Google, rien ne figure me concernant. Autant tuer le fantasme dans l'oeuf, je ne suis pas non plus agent secret, certains d'entre toi savent que je préfère le Gin Fizz à la Vodka Martini Dry et je me déplace malheureusement en citadine française en lieu et place de la légendaire Aston Martin du plus célèbre des sujets de Sa Majesté.

Mais alors, qu'est ce que je fais ?

Rien. C'est en tout cas ainsi dans la croyance populaire. Car crois le si tu veux mais après quelques années passées (J'ai effectivement commencé tôt) dans le monde impitoyable du secteur privé à flamber avec des intitulés de postes pompeux et à vivre de paies mirobolantes, j'ai rejoint il y a un peu plus de trois ans le secteur public. Tout d'abord pour retrouver une vie privée et diviser mon temps de travail par deux. Et dans le même temps diviser mes revenus par quatre. Fais le calcul petit lecteur et tu te rendras vite compte que sur le papier, ce changement de cap n'était pas forcémment à mon avantage.

Et pourtant.

Quand tu passes ton temps à travailler pour t'assurer un certain confort matériel, tu en viens (tout du moins ce fut le cas pour moi) à te demander à quoi cela sert d'avoir de l'argent si tu n'as plus de temps pour le dépenser. Se pose également la question de ton entourage fatalement délaissé qui en vient à croire davantage à l'existence de la vie sur Mars qu'à celle d'une vie pour toi en dehors du boulot.
Alors j'ai changé de voie. De façon radicale, étonnament contre l'avis de mes proches qui pourtant se plaignaient d'être "oubliés". Contre la croyance populaire qui veut qu'une bonne place bien payée ne se quitte pas et que la réussite sociale soit de façon antinomique liée à des raisons pragmatiques s'affichant sur ta fiche de paie chaque fin de mois. Contre moi-même aussi et mon goût pour l'argent, cet argent que je n'ai jamais cherché à amasser, à dépenser, celui qui n'a jamais été une fin mais un moyen, un moyen diablement efficace de justement parvenir parfois à mes fins.

Ce que j'ai pu perdre d'un côté en niveau de vie (même si c'est assez relatif), je l'ai gagné en confort de vie. Et même si cela semble identique à première vue, je te prie de croire que lorsque l'on s'y essaye on saisit vite la nuance. J'ai délaissé l'uniforme de pingouin, les chemises obligatoirement blanches ou bleues, les costumes impérativement sombres, les cravates alliant forcément les notions de sobriété et de pouvoir, de respectabilité. J'ai gouté au plaisir d'aller travailler à pied, de mettre des chaussures confortables, de ne plus me raser obligatoirement six jours sur sept. Et même si aujourd'hui les choses font que je reviens quelque peu sur ces acquis, je relativise et ai conscience du luxe que constitue la possibilité de pouvoir souvent choisir. De maitriser un peu plus mon apparence, de ne plus être uniformisé. J'ai découvert que travailler 40 heures par semaine (même si en moyenne j'en fais plus), c'était  pour mon employeur actuel encore trop et que les RTT, quand on y a pris goût, c'est difficile de s'en passer (même si j'ai ces temps-ci quelques difficultés à les poser). J'ai découvert que l'on pouvait parfois être chez soi à 16h10 après une journée de travail sans forcément avoir la grippe. Et qu'on pouvait s'endormir le soir sans problème, sans se soucier de l'hypothèse de se réveiller sans emploi, s'endormir sans craindre l'avenir et son lot d'incertitudes amenées par une crise socio-économique de plus en plus forte. Le luxe suprème. Un nouveau monde s'ouvrait à moi en somme.

Puis je me suis pris au jeu. Une fois admis les changements négatifs mais surtout positifs inhérent à mon nouveau statut, j'ai découvert semaine après semaine un environnement professionnel, des tâches et problématiques aux antipodes de celles pour lesquelles j'avais été préparé lors de mon cursus de formation. J'ai vite compris que l'image que je me faisais du métier était comme souvent nourrie par les clichés, que c'était en réalité beaucoup plus complexe et de fait plus impliquant et stimulant que je me l'étais imaginé de l'extérieur. J'ai compris que les avantages étaient finalement de simples bonus, que l'intérêt de mon travail venait surtout de ce qu'il me permettait de faire, au quotidien. Aider les autres. Oeuvre dans l'intérêt public. Je me suis découvert des aspirations sociales, un goût pour l'être humain que je ne me connaissais pas, on m'a inculqué la notion de Service Public. Et je me suis pris à y croire.

Je fais donc aujourd'hui parti de ces soit-disant nantis, de ceux qui dans l'inconscient collectif ont la sécurité de l'emploi, passent leur journée à boire le café en profitant des acquis obtenus par les syndicats dont ils sont la terre nourricière.

En vérité, si je suis reconnu comme étant "en charge d'une mission de service public", je ne suis pas fonctionnaire. Et si dans les faits je dispose d'une relative sécurité de l'emploi, l'éventualité d'un licenciement économique est prévue par les statuts régissant le personnel de mon institution. Je ne suis pas syndiqué et même si je suis fier de mes convictions, je suis loin d'être revendicatif.

Pourtant aujourd'hui, pour la deuxième fois de ma vie j'étais en grève. Et pour la première fois, dans la rue. Avec des centaines de milliers d'autres. Parce que chaque jour j'applique consciensieusement la politique d'un président que je n'ai pas choisi. Parce qu'à chaque instant je suis en proie à l'action d'un gouvernement avec lequel je suis en profond désaccord. Parce que je dispose d'une place privilégiée pour apprécier l'ampleur des dégats causés par une politique aveugle, injuste et déraisonnée. Et que si chaque jour, soucieux d'accomplir avec professionnalisme et déontologie les missions qui m'ont été confié j'exécute et fait exécuter des directives parfois improbables sans sourciller, je n'en suis pas moins un citoyen ayant comme devoir de défendre ses idéaux, ceux-là même pour lequels d'autres citoyens se sont préalablement battus.

                                                       Greve09

Aujourd'hui dans les rues de ma ville de province, sur le chemin menant de la place où ont lieu les rassemblements populaires à la préfécture, symbole du pouvoir, nous étions des milliers à nous tenir chaud dans le froid. Des milliers à nous dire qu'il ne fallait pas louper ce rendez-vous et que lorsque l'on ressentait un profond malaise et un certain mécontentement, ne rien faire n'était bien évidemment pas une solution envisageable.

                                                        greve091

Si tu te demandes, le smiley gréviste du milieu en train de se contorsionner pour se mettre au niveau de ses confrères (c'est aussi ca la grève, gommer les différences entre ceux qui se réunissent ;)) et tenir sur la photo, c'est moi.

Moi qui n'avais jamais été un révolutionnaire dans l'âme, un homme prompt à battre le pavé pour défendre ses idéaux; au milieu de ces gens venus de mille horizons, je n'ai pu m'empêcher de repenser à l'oeuvre collective et controversée Entropa coordonnée par David Cerny et représentant la France avec une banderolle "Grève" la traversant de part en part.

                                                         Fr

La première fois que je l'ai vu, je me souviens m'être dit que l'oeuvre n'avait pas du plaire à notre cher président, celui-là même qui s'était vanté d'avoir réussi à rendre les mouvements de grève invisibles en France. J'avais trouvé cela assez drôle, représentatif de l'exception culturelle française au même titre que les bons mots de Molière ou la baguette de pain.

Aujourd'hui, impossible de ne pas y repenser toujours en souriant, mais cette fois par fiereté. Parce qu'aujourd'hui, en voyant ces hommes et ces femmes manifester pour leur idéaux, contre une politique qu'on ne peut décemment pas qualifier de totalitaire mais qui devient chaque jour davantage liberticide et injuste, il y avait de quoi être fier. Fier de faire partie d'un grand pays, un pays où l'on peut et sait se faire entendre.

 

Lors de votre campagne présidentielle Monsieur Sarkozy, vous avez allégrement surfé sur le sentiment d'appartenance nationale et de patriotisme tirant fortement vers le nationalisme, éloignant les gens les uns des autres à l'opposé de ce que prônent justement la devise de notre pays. Contre nos valeurs, vous avez souhaité diviser le pays pour mieux y régner.

Au soir du 29 janvier 2009, Chapeau bas Monsieur le président, vous y êtes parvenu. Les gens sont aujourd'hui (comme hier au passage) fiers d'être français, fiers d'avancer sous les bienveillants principes fondateurs de Liberté, d'Egalité et de Fraternité. En ayant voulu nous séparer, vous nous avez rassemblé, non pas derrière vous mais devant vous, contre vous. L'Unité nationale existe.

Nous, français vous l'avons prouvé aujourd'hui, nous réunissant pour mieux célébrer notre conception de la république, notre attachement à la France et notre dégout de ce que vous en faites en bafouant nos libertés, notre dignité. Aujourd'hui ensemble, nous n'avons pas lutté comme de par le passé pour obtenir de nouveaux acquis sociaux. Mais juste contre tout ceux qui sont retirés semaine après semaine, laissant sur le carreau les plus faibles d'entre nous.

Il y avait grève en France aujourd'hui Monsieur Sarkozy. Je ne me fais pas d'illusion sur le fait que vous l'ayez entendu, ayant depuis longtemps compris que le sort des gens ne vous intéresse que lorsqu'il vous permet de satisfaire des ambitions personnelles.

Il y avait une grève en France aujourd'hui Monsieur Sarkozy. Du haut de votre trône entaché du sang et des pleurs de ceux qui n'ont plus la force de s'opposer à vous et qui poussent pour la première fois dans la rue secteur public et privé côte à côte, français aisés et dans le besoin sur le même rang, nous avez vous bien vu ?

Posté par Blackmilk à 20:51 - J'assume! - Commentaires [17] - Permalien [#]

21 octobre 2008

Comment j'ai sauvé le Cac40, la France et ton Plan Epargne Logement

A chaque époque ses peurs intestines, ses croyances populaires construites sur l'incertitude et la perte de confiance chronique de chacun d'entre nous pour le système et les institutions qui sont chargées d'en assurer le fonctionnement.

Notre temps n'échappe bien évidemment pas à la règle, nous invitant à craindre, en apparence pour mieux exister et pour finalement mieux suivre la route tracée par nos élites dirigeantes dans l'intérêt public. Et si possible dans le leur.

Ainsi en ces temps troublés, personne ne s'étonne de voir les banques conspuées après avoir été encensée par ceux-là même qui tentent aujourd'hui de s'en servir comme écran de fumée pour dissimuler leur propre incompétence. Là, au milieu de ces prophètes de l'apocalypse financière, nous pauvres moutons ne pouvons qu'agir et réagir par mimétisme et faire notre une panique qui n'a rien de raisonnable.

Toi même, petit lecteur, tu tends à oublier ton statut d'être humain éclairé, raisonné et raisonnable et tu te prends à appeller ton banquier tout paniqué pour savoir si les économies que tu lui avais confié et qu'il avait fort habilement placées dans des actions Eurotunnel valent encore quelque chose. Alors qu'en fait si tu avais réfléchi un peu avant de décrocher ton téléphone, tu aurais réalisé qu'elles n'ont pas attendu la crise pour se rétrécir comme peau de chagrin et représenter l'équivalent du PIB du Bostwana.

Tu ne te gênes pas pour partager ton analyse économique de la crise avec tes collègues, t'époumonant devant la machine à café en tapant sur le modèle économique capitaliste qui jusqu'ici t'avait permis de payer tes vacances annuelles à la Baule et d'avoir un apport pour l'achat à crédit du 806.

Tu te dis que de toute façon "tout ca c'est la faute à l'Euro" sans même réaliser un seul instant que c'est parce que la France a intégré le système monétaire européen il y a quelques années que tu ne vas pas acheter ton paquet de cigarette avec une brouette de billets comme ce fut le cas chez nos voisins teutons lorsque leur pays était encore scindé en deux.

Tu t'en fais pour ton petit boulot payé trois francs six sous (au moins dans ton esprit réac, ca fait toujours plus qu'en Euro) et rogne sur le budget BN des gamins, desfois qu'un de ces quatre matins la boite délocalise et que tu te retrouves sur le trottoire mais tu trinques volontiers à la santé des économies réalisées le dimanche matin au pmu en t'ennivrant au petit jaune et en payant la tournée aux copains.

Tu prétends prendre les transports en commun par souci de l'environnement et par respect pour l'air que respireront tes petits enfants alors qu'en fait tu préfères simplement mettre l'argent du gasoil dans les clopes histoire de vicier l'air de leurs parents, à savoir tes enfants (Oui, je sais, c'est complexe comme phrase ;) ).

Tu en arrives à prendre des raccourcis qui ne mènent nulle part, affirmant que tout ca c'est la faute aux Roumains, à l'immigration, à ces cons de Chinois qui nous sucent jusqu'à la moelle sans même avoir à sortir de leur pays. Sans même réaliser que ces pauvres gens ne sont ni pires ni meilleurs que toi et que refuser de faire avec la mondialisation, c'est profiter de tous ses inconvénients sans chercher à tirer parti des bonnes choses qu'elle génère (J'te signale au passage que d'autres que toi, notamment en Autriche il n'y a pas si longtemps que ca étaient les premiers à défendre de tels raccourcis et que la vitesse qu'ils ont gagné en les prenant les a conduit direcetement dans le mur...).

Et moi pendant ce temps-là, j'suis obligé de t'écouter me débiter ton flot ininterrompu d'inepties, à la radio, en famille, à la tv, dans la presse, au bureau, en soirée, partout...

Et franchement, ta crise à la con et toi, j'commence à plus pouvoir vous supporter, limite je deviendrai méchant, capitaliste convaincu et con de droite tout court (que mes amis lecteur du Figaro me pardonnent, eux et toi le petit lecteur qui arbore peut-être fierement tes tongues UMP achetées cet été sur les plages, vous êtes les premiers à savoir que je suis un ardent défenseur de la liberté d'opinion politique et que le mépris idéologique est quelque chose qui m'est étranger dès lors que l'on échappe aux extrèmes). J'en viens à rêver de privatisation massive, de dérégulation des marchés financiers, d'abandon des géniards et autres assistés psychologiques sur le carreau, histoire d'opérer une séléction naturelle entre ceux qui cédent à la dernière peur à la mode et les autres, ceux qui ont compris que retirer les 250 euros du livret A du petit dernier n'allait pas lui faire économiser d'argent sur le long terme, bien au contraire.

Alors du coup, je prends mon courage à deux mains et refoule mes envies d'économie à demain, histoire de te montrer ce qu'est un homme, un vrai, un qui achète de la mousse à raser Mennen. Et pas seulement.

Je consomme donc à mort pour sauver ta petite vie misérable et ton pavillon payable sur trente ans, faisant fi des annonces toujours plus alarmistes et renoncant par la même occasion à caresser moi aussi le doux rêve de devenir propriétaire cette année (Bon en vrai c'est parce que j'suis sûr qu'avec la baisse des prix, l'immobilier sera beaucoup plus intéressant l'année prochaine, que de toute façon d'ici là j'aurais muté et qu'en attendant, j'peux claquer mon fric mais faut pas l'dire).

Et ca marche.

Comment ca tu as des doutes ?! T'ai-je déjà menti ? N'ai-je pas toujours fait preuve d'une honneteté louable et d'un incroyable sens du devoir ? Comment ca des preuves ?!

Des preuves, il y en a des milliers mais dans une volonté assumée de ne pas te noyer sous les exemples complexes hors de portée des personnes non-initiées, je ne te citerai que trois exemples.

Il y a quelque jours, l'Amérique est fébrile, le système spéculatif sur lequel est basé son économie menace de s'effondrer et le plan de relance a été retoqué par les élus. Là, alors que tout semble perdu, je décide de prendre les choses en main et de me précipiter au Carrouf en avancant la date prévue pour aller me réapprovisioner en courses. C'est suite à cet effort digne consumériste et citoyen que le Sénat américain votera le plan Paulson, première étape visant à assurer une relative stabilité des sphères économiques en rassérénant les marchés. L'Histoire ne retiendra pas que si ce jour là je n'avais pas manqué de Princes de Lu, le Monde s'en serait sans doute trouvé radicalement changé.

La semaine dernière, la crise bat son plein, les élites dirigeantes du monde entier se demandent comment sortir la tête de l'eau après avoir injecter 700 milliards de Dollars dans l'économie US. Dans ce contexte particulier, je me décide à oeuvrer pour le bien commun et m'empresse de craquer pour un gadget technologique dont les caractéristiques techniques n'ont d'égal que son poids sur mon budget mensuel.
Et là, quelques heures après, l'Europe et la France annoncent un plan de soutien aux banques du Vieux Continent s'appuyant sur plusieurs milliards d'Euro.

Dimanche. L'affaiblisement de Dexia, première banque de crédit aux collectivités et de ses consoeurs à qui les liquidités font cruelement défaut rend difficile l'équilibre financier de nos villes et régions. La banqueroute est sur toutes les lèvres des locataires de la République, ceux-ci tentant de faire le grand écart entre obligation de sobriété budgétaire et nécéssité de recourir à des produits à taux d'intérêt honnéreux pour faire tourner la boutique. A cet instant précis, je saisi la nécéssité d'accélerer mon action et m'execute donc devant les jumelles ébahis d'un gentil représentant de la Maréchaussée, histoire de sauver une fois de plus mes concitoyens des affres dans lesquels leur stupidité les a conduit.

90 euros et deux points plus tard, c'est le coeur (et le porte-feuille) léger que je quitte le bord de la bretelle d'autoroute, ne remerciant pas le village people en bleu et ne lui souhaitant pas une bonne journée, fier de l'effort accompli, un peu moins de la plus-value personnelle de l'opération.

Les doutes quant à l'utilité de ma contribution aux bonnes oeuvres de l'Etat s'envoleront quelques heures après sous le coup de l'annonce du gouvernement de débloquer 5 miliards pour sortir les collectivités territoriales de la tourmente. Bon, d'accord, là c'était pas forcémment réfléchi, n'empêche que le résultat est là.

Preuve est donc faite qu'il n'y a pas de fatalité et qu'il ne tient qu'à toi de dépasser ta peur, de consommer, de vivre comme habituellement (le tout comme dirait mon nouvel ami gendarme "dans le respect du code de la route").

En même temps, je te dis ca, je te dis rien, je te demande même pas de me remercier ou de saluer mes sacrifices, si c'était à faire je referais la même chose (sauf peut être que j'roulerais 1km/h moins vite pour diviser les points et l'amende par deux mais bon, c'est un autre débat).

Non, j'te dis ca surtout pour que t'arrête de t'en faire parce que cette fois encore, tout va bien se passer. Objectivement, d'autres crack se sont faits sentir, des guerres mondiales ont eu lieux, des guerres de religion, des famines, des tremblements de terre, des cataclysmes à côté desquelles la récente tornade d'Hautmont passe pour une tempête dans un verre de Kro,le Monde a connu des drames humains comme la mort de Barry White ou l'accession de Lorie à la notoriété.

Et nous sommes toujours là (enfin peut-être pas tout le monde mais moi oui).

Alors profites, c'est quand même pas comme si on réouvrait les mines et qu'on te demandait d'y descendre.

(En tout cas pas tout de suite mais vu comme évoluent les stocks de matières premières, évitons tout de même tout triomphalisme)

Profites de ta petite vie pénard au lieu de te plaindre de quelque chose qui n'a encore que peu d'influence. Fermes les yeux, et laisses toi faire...

Carpe Diem camarade!

Heureusement, il y a encore des gens comme moi qui soutiennent le moral des troupes. Ne me remercies pas je te dis, c'est gratuit. Après si tu connais quelqu'un au centre de traitement des amendes, on peut peut-être s'arranger.

 

Posté par Blackmilk à 23:00 - J'assume! - Commentaires [30] - Permalien [#]
« Accueil  1