04 août 2009
"Vous prendrez bien un whisky d'abord ?"
On regarde le flacon, comme pour confirmer l'idée que la séduction choisit toujours comme préliminaire le plus rétinien des cinq sens. On jauge l'emballage, cette belle robe opaque dont l'aspect mystérieux exacerbe les quatre autres sens, comme une invitation à aller plus loin. On apprécie les courbes derrière lesquelles se devine un nectar magique.
La première fois que l'on s'essaie à un nouveau cognac, on choisit de se mettre en danger, de perdre ses repères pour d'autres plus tentants. On cède aux sirènes de la découverte, à la nouveauté de leur chant. On y va prudemment d'abord, sortant les verres qu'on avait rangé en leur préférant ceux du bon vieux scotch, cette chose à laquelle on avait presque fini par s'habituer, par facilité. Par défaut. Par peur surtout. Du rapide, sans prise de tête, pas trop mauvais... Pour ne pas retomber dans les affres du cognac, sa chaleur, sa capacité à vous envelopper instantanément en déployant son charme vénéneux. Mais l'homme est si faillible qu'il y revient toujours, laissant de côté la facilité du plaisir simple et instantané pour un ersatz d'engagement, un one shot qui durerait...
Je ne fais pas exception.
Viennent les supplications du bouchon, les larmoiements du liège qui ne demandait qu'à sauter, comme l'ultime barrière séparant l'intérêt de la tentation. Un parfum de bonheur règne soudain dans l'air, celui d'un bonheur ambré qui vient vous titiller une millième fois sans qu'on puisse pour autant faire de comparaison avec les neuf cents quatre-vingt dix-neuf autres. On devine à la subtilité de la note de cœur que le notre sera bientôt touché de plein fouet. Avec l'intensité de la note de corps, le notre se prend à rêver au bienfait de l'enivrement imminent. Alors que l'on s'approche toujours plus près de ce qui ressemble de plus en plus à de l'ambroisie, on comprend au bouquet que l'on est plus maitre de soi-même, qu'il ne sert désormais à rien de résister.
On regarde à nouveau, la robe tantôt légère et sinueuse, tantôt suave et roulante, collante sur la froideur du verre auquel elle donne une dimension nouvelle. On se prend à se frustrer, une dernière fois, comme pour profiter davantage de l'union annoncée. Un dernier coup d'oeil qui ne trompe personne, un préalable à l'ouverture délicate et lascive de l'entre-commissure. Les yeux qui brillent, irrémédiablement accrochés à l'objet de toutes les tentations.
C'est là que tout se joue, lors de la première confrontation des lèvres et de ce jus qu'elles convoitent. Un contact dont la douceur et le raffinement dans l'action viennent contrebalancer la violence du ressenti. Toute la force de l'essence vient tout à coup renverser la jouissance paisible de lèvres trop longtemps au repos. Ce premier contact est un préliminaire, dans sa forme la plus pure. Il vient réveiller les belles endormies, les habituer à nouveau à ce goût qu'elles éprouvèrent par le passé, de manière si différente pourtant. Il prépare la suite, le grand chambardement.
Le sens gustatif remis en éveil, le plus dur reste à faire. La première gorgée. Chaude, puissante, déconcertante malgré la préparation. Car si tremper ses lèvres une première fois est un plongeon, laisser l'objet du délit s'emparer d'une partie de soi est une chute vertigineuse dans un abime sans fond.
Voilà ou j'en étais, presque, il y a quelques temps. Mes sens goutaient pleinement à ce que tu leurs offrais, toi le nectar indescriptible. Avant peut-être d'entrer définitivement en symbiose, et de se laisser aller.
Tu disais ?
Le cognac ce n'est pas sensuel ?
La suite des événements a prouvé que ce n'était pas une énième tentative de prendre le pouvoir en affirmant tout haut le contraire de ce que tu pensais tout en bas (environ à cent soixante centimètres du sol).
C'est vrai je t'ai menti. Une fois. Lorsque je t'ai dit que je ne pourrais sans doute pas parler ouvertement de toi ici, toi qui ironiquement m'avait été amené par ce foutu blog. Après avoir décliné poliment et parfois comme un vrai goujat les vaines tentatives te précédant, il a fallu que tu pointes le bout de ton joli nez (et le pire, c'est que je ne savais même pas qu'il était joli à l'époque) pour donner à ces lignes qui me sont si chères ce rôle "séducteur" que j'avais tant chercher à éviter.
C'était... grisant. Exaltant. Excitant.
Et puis plus de nouvelles. Peu de nouvelles. Comme un passage dans l'oeil du cyclone, seul au milieu du chaos, sans repère.
Bravo n'empêche, j'ai rien vu venir. Ni la montée en puissance. Ni la descente assez rude vue de mon côté. Je t'avouerai qu'au jour d'aujourd'hui, je ne comprends pas trop comment j'en suis arrivé là. J'veux dire "en bas", la montée je me l'explique assez bien ;) Et que ca m'a fait du bien d'ailleurs, ca m'a rappelé que moi même j'avais eu ce genre d'attitude de par le passé. Et j'ai compris ce que ca faisait d'être de l'autre côté. De voir l'autre laisser doucement mourir quelque chose de naissant, tout du moins "naissant" celui en face. Moi en l'occurrence.
Peut-être est-ce juste toi. Qui n'est pas prête. Ou pas sûre. Ou qui faisait super bien les yeux qui brillent la nuit au fond des jardins, comme si tu voulais manger un grand brun des yeux alors que non en fait. Peut-être que tes yeux brillaient juste à cause d'une conjonctivite. Ou alors pour faire la maligne. Ou pire, du fait d'une conjonctivite maligne.
Sans doute est-ce moi. Qui était trop. Trop absorbé, trop entreprenant, trop plongé dans ton regard, trop taquin, trop proche, trop grand, trop loin, trop gentil, trop méchant, trop présent ou trop absent, trop occupé à tenter de saisir ton image par persistance rétinienne sans voir ce qu'il y avait autour.
Ou pas assez. Pas assez beau, pas assez chaud (ca quand même, j'pense pas), pas assez drôle (ca non plus en fait), pas assez modeste (c'est drôle, ca par contre, j'me dis que c'est possible),pas assez silencieux, pas assez enclin à aller "au-delà". En tout cas à tes yeux.
Peut-être est-ce un peu de tout ca. Ou pas du tout.
Et peut-être que je m'en fous. Surement même. Entendons nous bien, c'est de la cause dont je me fous, en aucun cas du résultat. Parce que franchement, c'était... Et puis je n'ai pas de regret, pas l'impression d'avoir laissé passer ma chance, ou tout du moins pas consciemment. Te dire que je n'ai pas espéré que tu me tires à nouveau à toi par le t-shirt serait mentir, mais bon...
Alors aujourd'hui, forcément, je t'offre mon blog. Sur un plateau. Une partie de moi. Peut-être pas la meilleure. Mais quand même, pas n'importe laquelle.
C'est vrai, pour toi c'est pas vraiment un scoop. Pour moi non plus en fait. Cela fait déjà quelque temps que j'hésite à baisser le rideau. Seulement voilà, aujourd'hui tu m'offres un prétexte en or. J'peux dire au lecteur que si j'écris plus, c'est de la faute d'une lectrice. Qui n'en est plus une. Qui est devenue davantage par un cheminement qui ne sera pas développé ici. Qui s'est transformée en nymphe dont les yeux caressant vous font fondre et justifient le renoncement à toute démarche créatrice, fut-elle exprimée sous la forme simpliste d'un blog narcissique et égocentrique. Que j'peux plus écrire pareil, parce que depuis toi c'est plus vraiment pareil. Et que si j'voulais depuis un bail déjà m'arrêter, tu es gentiment venue enfoncer le clou.
Alors voilà, j'arrête.
Enfin pas vraiment. Deux billets suivront celui-ci. Le premier parce qu'il est déjà à moitié écrit et que comme je suis du genre fainéant, les rares fois où je "bosse" sont trop précieuses pour se laisser perdre. Le second parce que ca fait bientôt un an que j'ai le titre de mon dernier post alors j'aimerais quand même bien le caser.
Reste que j'hésite franchement pour le générique de fin. Entre la rage de "Finally" des Frames et le fatalisme de "That's life" de Sinatra. Je crois que finalement ce sera ne sera ni l'un ni l'autre. Ca aurait pu être Stan Getz. Quoi de mieux que le paradoxe de sa Bossa ennivrante, à la fois enjouée et triste pour tirer sa révérence ? Plein de choses...
Je sais, tu n'aimes pas le cognac. Et en plus, tu aurais sans doute préféré autre chose pour cette occasion si particulière.
Mais franchement, ca a quand même de la gueule comme cadeau ?
Pour toi les centaines de milliers de lecteurs qui n'êtes pas Elle et qui n'avez pas tout compris, désolé. Déjà désolé que vous ne soyez pas Elle, parce que franchement, être Elle c'est plutôt pas trop mal partir dans la vie, c'est concentrer bon nombre des petites et grandes choses qui font de vous un être rare. Désolé aussi parce que c'est quand même encore mon blog ici (pour encore deux posts tout du moins) alors je fais ce que j'veux. Et te sens pas exclu, tu viens de lire une partie d'moi que jamais t'aurais pensé toucher du doigt alors tu peux déjà t'estimer heureux comme lecteur.
Allez sois pas gêné lecteur chéri, c'est bien normal...
J'relis et j'trouve ce post pas triste mais...pas joyeux quand même. J'sais que t'es un lecteur soucieux de mon bien être alors t'en fais pas, là je file sous la douche, j'enfile mon plus joli sourire (celui avec plein de dents) et j'vais m'frotter à la vraie vie un peu au cours d'une de ces soirées que j'aime tant: les soirées "sans". Sans portable, sans montre, sans tout ca, juste avec eux, et c'est déjà pas mal. Et même plus. Je vais bien, ne t'en fais pas ;)
Commentaires
wouah...putain... t'aurais dû prévenir en début de post "attention, émotionnellement violent". En plus, je l'ai lu en écoutant "That's not all there is 13 (version lente) de Roland Romanelli.
Tout le monde ne peut pas faire de telles déclarations (parce qu'il faut quelqu'un à qui la faire). J'espère qu'elle te lira.
Mais dis, tu nous fais pas un adieu ? Juste un au revoir, hein, dis ?
Dieu comme j'aurais aimé être Elle pour lire ces mots.... Ou être toi pour avoir envie de les écrire.....
Moi qui dis toujours que les mecs sont plus foutu d'alligner 2 lignes sans tomber dans le lourd ou dans le "je veux pas me prendre la tête"....
Immense tendresse en lisant ces lignes.... Immense émotion aussi.... et fierté même... fière de toi...
et pourtant, j'aime même pas le cognac :)
Belle soirée deepmilk
Euh..., j'écoute Phil Collins "
Euh, j'écoute Easy Lover ! Le cognac, ben depuis que j'ai versé le Hennessy XO -un truc comme ça- de Dad dans la pâte à crêpes... elles sont super bonnes ! Accrochée à mon étoile -jaune, pas noire !- il me semble que le meilleur est à venir pour vous non ? Bless U both ☼
Elle a de la chance.
Tu devrais guetter, elle t'as sûrement répondu quelque(s) part.
Que dire après un article pareil ?
Je l'envierais presque.
Chère Claire,
A priori, elle a lu. J'ai jamais dit "adieu" moi, j'y arrive pas. Faut être sacrément pétri de certitude pour se risquer à se genre de mot. Reste que j'dis quand même pas souvent "au revoir" pour que lorsque cela se présente, ca soit pris au sérieux.
Chère Le Chat qui coud,
Hum, merci :) Et pour le cognac, il faut qu'on vous ai appris à le déguster pour pouvoir l'apprécier comme il se doit.
Chère Tortue,
Du Hennessy Xo "un truc comme ca"... Dans des crèpes... Mouais, sans doute... Moi j'sais pas si j'le prendrais bien n'empêche ;) Pour le reste... Merci...
Chère Ljubi,
"..." ;)
tiens tiens
des réponses à des questions que je me posais.
Finalement tu as décidé de fermer totalement ou de laisser en plan?
A bientôt
Chère Miss400,
Tiens tiens, déjà de retour ?
Pour le blog je sais pas, je le supprimerais bien définitivement plutôt que de le laisser en ligne sans vie mais cela suppose que je prenne le temps d'archiver, histoire d'en garder une trace.
J'vais déjà essayer de poster comme annoncé avant cela, ensuite on verra.
Take Care ;)
T'es d'un romantique, mon lapin, t'es sûr d'être un mec ?
Bon et sinon, je te ferai dire, je suis pas elle mais je suis moi et je suis AUSSI un être rare (non mais !)
Pourquoi tu ne le laisserais pas ouvert, ton blog, même inactif ? Comme ça, si tu veux le reprendre un jour, hop, c'est facile ?
Un mec ? Non, pas un vrai. Romantique ? ...
Pas faux. Mais t'es blonde. J'te le rappelle.
On verra. J'crois que j'ai trouvé un bon compromis.
