Je vis une époque formidable...

J’aurais pu me payer un psy, écrire un synopsis inspiré de ma vie, le vendre à Spielberg pour 15millions de dollars et vivre à La Barbade entouré de chèvres et de femmes nues…mais je préfère partager tout cela avec vous! Vous aimez les chèvres?

17 mai 2009

Mon Pape, ce héros

Tu sais quoi ? J'suis croyant.

Mouais je sais, ca t'en bouche en coin. Désordre émotionnel ou trouble psychologique, je ne saurais le dire, toujours est-il que je crois fermement en l'existence de Dieu, Jésus et du Saint âne ayant honoré la couche chrétienne de sa bienveillante et chaleureuse présente.

J'te jure que j'suis sérieux. Pour tout te dire, ca m'arrive même assez rarement de l'être mais s'il y a une chose avec laquelle je ne déconne pas hormis la politique et les princes de Lu, c'est la religion.

Je n'ai pas pour habitude de m'en vanter, la foi étant une démarche personnelle avant d'être un formidable vecteur d'ouverture aux autres. Puis c'est un pan de ma personnalité dont la découverte se mérite et que j'offre un peu comme un présent, comme une clé de compréhension de ce for intérieur que j'aime savoir quasi inaccessible. Une force incroyable dont je me méfie dès lors qu'il s'agit des autres, trop craintif pour me mettre ainsi à nu quand j'ai pour habitude de contrôler chacun de mes actes et de donner à ceux qui m'entourent l'image d'un être suffisant pour le meilleure comme pour le pire. Ajoute à cela le fait qu'être croyant n'soit ni hype ni glamour sans perdre de vue que je n'suis qu'un pauvre pêcheur narcissique et superficiel et tu comprendras que je n'sois pas un habitué du coming-out confessionnel.

On ne peut pas vraiment parler de déterminisme religieux en ce qui me concerne. Il suffit d'écouter mon frère qui a reçu la même éducation que moi parler de l'Eglise comme d'un dangereux mouvement sectaire ou de savoir que je n'ai jamais mis les pieds dans un cours de catéchisme pour s'en convaincre. Mes parents sont issus de familles catholiques non pratiquantes et si mon père est un véritable croyant, ma mère est davantage sensible à l'ésotérisme qu'à la doctrine chrétienne. Si je suis baptisé, l'événement reste davantage dans les mémoires comme l'une des dernières grosses orgies ayant réuni nos deux familles dans leur ensemble qu'une entrée fracassante dans le monde merveilleux de la vertu et de la piété.

Dieu, c'était tout d'abord un super fabricant de jouets à Noël qui savait honorer ses enfants comme il se devait et qui transformait les jardins en exploitation d'œufs kinder une fois l'an après que de mystérieuses cloches aient discrètement accompli leur œuvre (Maman si par le plus grand des hasards tu tombes un jour sur cet improbable journal, sache que je ne parle bien évidemment pas de toi, que je ne me permettrais jamais de t'assimiler à une cloche et que je t'Aime au point de me livrer à un périlleux exercice œdipien devant le regard ébahi de mon lecteur chéri). Puis il y a eu la primaire et son lot de sales filles briseuses de cœur. Bien sûr, si tu traines chez la plus blonde de mes homologues, tu as déjà entendu parler de l'un de mes amours de jeunesse, Emma F. Si je ne cherche pas à minimiser le culte voué à Emma, c'est pourtant une autre qui m'a fait entré en religion.

Elle s'appelait Melissa. Sans doute la seule rousse qui m'ait intéressé. A la rentrée de Cm2, j'avais craqué pour cette petite nouvelle qui arrivait de la campagne et qui habitait l'immeuble juste à côté du mien. Après six mois à toujours essayer d'avoir la meilleure note et à être le roi du foot alors que ca ne m'interessait pas pour l'impressionner, je lui ai dit que j'étais amoureux d'elle. Ca tombait bien, elle aussi ! (la facilité des choses de la vie quand on est gosse me frappe de plein fouet à l'écriture de ces mots). C'est la première fille que je me souviens avoir séduit, la première qui me laissa coller mes lèvres aux siennes, la première à qui je me souviens avoir dit "Je t'Aime", chez elle dans sa cuisine alors que sa mère venait de sortir de la pièce sans prendre garde au vice des Don Juan en culotte courte. Vint la fin de l'année et la perspective d'être séparé en 6ème. Deux mois de doute et de frayeur à pleurer littéralement dans mon lit le soir à l'idée qu'on puisse être dans deux classes séparées. Et à en venir à prier après que ma mère n'ait éteint la lumière, comme dans les films où les gens prient pour voir leurs souhaits exhaussés, comme ca, sans l'avoir vu jouer par mes proches. Bête avec le recul, mais quelque part émouvant. On se dit quelques années après qu'on aimerait pouvoir aimer de cette façon une fois adulte. En septembre, Melissa s'est trouvée en 6ème 2, moi en 6ème 4. Je l'ai oublié au bout de deux semaines avec une petite blonde stupide portant un appareil dentaire et fan comme ses parents de Johnny Hallyday...Je sais, la loose.

J'ai compris qu'on ne priait pas pour demander, qu'on priait par respect, pour soi et non par égoïsme. Au fil des années, je me suis découvert davantage Déiste que Catholique. Aujourd'hui plus que jamais et sans que je ne puisse clairement l'expliquer, je crois en l'existence d'un Dieu. Si je suis convaincu qu'il a bien autre chose à faire que de s'occuper de la façon dont chacun d'entre nous mène sa vie, je suis persuadé qu'il veille à ce que les choses s'inscrivent dans un ordre global, qu'il veille à maintenir un certain équilibre. Les hommes ayant parfois besoin de repères, j'ai gardé cette appartenance culturelle et cultuelle à la religion catholique afin de célébrer cette entité qui s'était imposée à moi au fil des années. Cela a d'ailleurs pris un sens nouveau lorsque le théisme me fut présenté et que je compris les mécanismes monothéistes où seuls changeaient les prophètes et les dogmes. Alors même que je me relis, moi qui paradoxalement me déclare cartésien, je devine ta réaction et tes doutes, toi le lecteur athée qui te demande si je n'ai pas snifé quelque rail en compagnie de Gasquet. Rassure toi, je n'ai jamais touché à la drogue, je te fais juste partagé ma spiritualité addictive libre de tout stimuli chimique. Et crois moi,plus que la drogue, l'aide d'un Saint est toujours précieuse lorsqu'on ne sait à quel sein se vouer...

Bien que le doute soit encore présent et nécessaire, ma foi n'a cessé de se renforcer au fil des épreuves mais aussi et surtout des victoires. Appréhender la profondeur des ténèbres dans lesquels j'ai sombré une année durant, meurtrir puis perdre un amour et vivre mon premier et seul deuil d'un être cher m'ont permis de combattre autant de certitudes sans pour autant ébranler mes croyances. Vivre auprès de l'être aimé, être heureux si intensément qu'on croit être à la limite de l'apoplexie, faire la paix avec les autres et soi-même en découvrant une sérénité dont on ignorait l'existence, tout cela a été orienté puis sublimé par la foi.

Au bout de cela, avant la fin (si fin il y a), avant ma fin et cet obscure tunnel blanc fantasmé par l'inconscient collectif mais après Melissa, Rousseau, l'humanisme, les filles et la vie, il y a notre époque, la période contemporaine.

Il y a Benoit. Benoit à l'origine, c'est un mec cool qu'avait pas eu de chance et avait connu des débuts difficiles. Le scoutisme teuton de la honte lui est imposé comme à la totalité des jeunes allemands après 1938. La  Seconde Guerre Mondiale du côté de l'horreur s'en suit avant qu'il ne déserte puis connaisse les camps de prisonniers. Une fois la Guerre terminée, les choses reprennent leur cour et Benoit entre dans les ordres à l'instar de son frère et sous le regard fier de son pratiquant de père. C'est le début d'une carrière ecclésiastique impressionnante dont le seul point noir sera l'immatriculation sous son nom d'une Volkswagen Golf en 1999. Un futur pape dans une voiture de djeunz, ca fait désordre. Benoit devient la référence ès doctrine du Vatican et ses prises de postions un chouia réac' font de lui le chouchou des traditionalistes. En 2005, lorsque celui-ci est élu chef d'Etat et proprio de la Chapelle Sixtine, personne ne s'attend donc à ce qu'il devienne le grand prédicateur prônant l'utilisation des english condoms urbi et orbi.

Jusque là, bon, on peut trop rien dire, on est habitué, JpII n'ayant pas ardemment lutté pour la survie des Africains et la distribution gratuite de latex sur un char orné d'une croix lors de la Gay Pride.

Oui mais. Tout à coup, les choses s'emballent. Benoit, il a pas compris lors de son passage au camp de scouts pour jeunes nazis qu'il avait eu de la chance d'avoir été envoyé dans le bon camp parce qu'à l'époque, une erreur de dispatching ne lui aurait pas permis de réintégrer les défenseurs de la barbarie et de l'ignominie que sont les prêtres négationnistes comme fait il y a peu.
Juste après, paf, voilà notre Benoit qui condamne l'avortement d'une brésilienne de neuf ans tout en pardonnant son violeur...
Traite moi de cynique si tu veux, j'suis tout aussi dégouté que toi seulement là encore, rien de nouveau, la tolérance n'étant pas le fond de commerce du Vatican, et ce bien avant l'arrivée de notre seizième ami.
Puis les actions ou prises de position révoltantes ne sont pas l'apanage de l'Eglise Catholique Romaine. Quand on voit le peu de cas que font de nombreux responsables du culte musulman de France de la liberté d'expression, du message à la non-violence toute relative que dispense le Dalai Lama ou des motivations de certaines milices juives intégristes sur la terre d'Israël, non vraiment, pas de quoi s'émouvoir.

Et pourtant, l'on devrait. La banalisation de la violence, des décisions et déclarations aberrantes nous ont peu à peu fait oublié ce que cachait chaque confession, la démarche dans laquelle s'inscrivait chaque pensée religieuse.Dernièrement, j'ai suivi le voyage du Pape au Moyen-Orient. Enfin vite fait, j'tavouerai que mon absence rédactionnel des dernières semaines s'explique par une actualité professionnelle chargée et que lors de mes rares moments de temps libre, je ne me précipite pas sur l'agenda papale. Tel le VRP de la Sainte Parole, celui-ci s'est excusé indirectement auprès des juifs pour l'épisode des ecclésiastiques négationnistes. Il a lancé un message fort aux Musulmans qu'il avait précédemment offensés. Il s'est même prononcé pour la création d'un Etat Palestinien, longeant symboliquement le mur de séparation en Papamobile au milieu des gamins en guenilles avant de rejoindre les Dorures de la Place St Pierre.

Sacré bilan. Un voyage pour réparer ses erreurs en sauvant la face et une brève confrontation à l'insoutenable situation que l'on condamne avant de rejoindre le confort douillet d'une alcôve préservée.

Tout simplement répugnant. Croire, ce n'est pas ca. C'est tout sauf ca. Certes, une minorité ne saurait jeter l'oprobre sur des millions de fidèles. Les démobiliser, les perdre et causer quelque part leur déséquilibre, c'est autre chose. Le problème avec les représentants sur terre de la parole divine, c'est que ce sont des humains parfois pétris de bonnes intentions mais tous aussi prompt à céder aux sirènes du coté obscur de la force. Alors depuis, j'hésite... Est-ce que je revends la médaille de St Christophe offerte par mon grand-père et planquée dans la boite à gants pour le prix du métal ? Est-ce qu'au contraire j'essaye à mon tour de devenir un super prédicateur américain pour devenir millionnaire, le gouvernement américain n'imposant pas les patrons d'églises sur leur revenu ? J'hésite encore.

Ce que je sais par contre, c'est que Benoit a officiellement perdu le peu de crébilité que je lui accordais en tant que guide spirituel. Tant qu'à suivre un mec qui couvre des crimes, s'habille en blanc et vole en jet privé avec ses propres choristes, autant béatifier Puff Dady. En plus, y aura le double avantage de trouver lors de ses soirées coke et filles à tomber. Mais qui s'étonne encore de voir les églises devenir des musées ?

Posté par Blackmilk à 19:16 - J'assume! - Commentaires [10] - Permalien [#]


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