06 mars 2009
Merci le Medef.
Je ne suis sans doute pas le meilleur communicant qui soit mais je te le dis de suite pour ne pas te tromper petit lecteur de mon cœur, ce post risque de t'ennuyer sévère. Je dis ca car je suis conscient que mon lecteur s'intéresse plus à la politique qu'au sexe, fait passer la culture avant les cultures (hydroponiques ou non) et plébiscite l'exception culturelle française et son fort penchant pour la variété au détriment de cette musique inspirée par le malin qu'est le Rock'n Roll. Alors forcément, quand on joue sur le terrain du qualitatif et de l'enrichissement par le verbe comme j'aime à le faire, on arrive difficilement à susciter l'intérêt des habitués avec un post traitant essentiellement du Sex, de la Drogue et du Rock'n Roll comme c'est le cas de celui-ci. Bonne lecture petit fripon ;)
J'ai beau me la raconter social-démocrate, brandir ici plus que de raison mon attachement aux valeurs de gauche et hésiter à prendre la carte du parti pour enfin oser mettre une écharpe rouge et avoir un argument expliquant mon envie de marcher dans la rue une rose rouge entre les dents (Oui, et alors ? Fais pas le malin, j'suis sûr que tu as des envies bien plus inavouables avec d'autres types de de végétaux et dans des circonstances bien moins poétiques alors commence pas tu veux), j'ai moi-même eu l'occasion d'aller voir ce qu'il y avait du côté obscur de la force.
Non pas que j'eus un moment failli grossir les rangs d'une formation politique de droite pour suivre une grande brune magnifique dont le seul défaut en dehors de son caractère irrésistible était d'être militante active à l'UMP par conviction, Dieu m'en garde. Il se trouve juste que je n'ai pas toujours connu un succès incroyable dans le secteur public. Je ne peux développer davantage sans compromettre quelque peu mon anonymat mais les rares personnes qui savent à quoi j'occupe mes journées n'ignorent pas que je suis actuellement l'un des rares français à connaitre une période faste. Avant donc de rejoindre les masses laborieuses de ce paradoxe sarkozyste que l'on pourrait presque définir comme un Welfare State Marxiste, j'ai fait mes armes dans l'univers impitoyable non pas de Dallas mais du secteur privé. Je t'épargnerai les détails de mon curriculum vitae et de ma participation active à divers composantes du Grand Capital, d'une parce que ca n'a que peu d'intérêt mais surtout parce que comme je te l'ai dit maintes et maintes fois, je tiens trop à cet espace de liberté pour le perdre par la divulgation maladroite d'éléments permettant de me confondre.
Et même si encore aujourd'hui je ne m'étends que très rarement sur le sujet, figure toi que j'ai œuvré quelques temps au sein d'une organisation patronale. Voilà, c'est dit.
J'me sentirai presque plus léger, comme si j'avais avoué être un horrible boucher ayant perpétré d'affreux crimes, tuant toutes les blondes obsédées par les diamants et les écolos tueuses de kangourous croisant mon passage. Je sais ce que tu vas me dire, les syndicats qu'ils soient patronaux ou salariés sont dans les mentalités et vis à vis de la loi clairement apolitiques et toi le lecteur innocent, tu ne vois pas bien ce qui justifie l'association de ces vénérables institutions avec quelque obédience politique, fut-elle de droite ou même de gauche....
Mais bien sûr...
Toutes les formations syndicales, qui plus est celles représentant les intérêts des entrepreneurs se gardent bien de toute accointance politique, au même titre que les millions en liquide de la caisse noire de l'UIMM* n'ont servi qu'à aider les entreprises en difficulté ou que le frère de notre actuel père sarkozien de la nation ait été cadre dirigeant du Medef plusieurs années au même titre que de nombreux autres x-politiques conservateurs ne fait pas forcément de la formation une antichambre économique de la Droite Française.
Je ne te ferai pas l'affront de te parler d'une certaine marmotte exploitée par un grand groupe chocolatier sur une chaine de conditionnement sous papier alu, étant surveillé par les activistes de la cause animale depuis mon post sur ces respectables oiseaux que sont les tourterelles, tu auras compris de toi-même qu'il n'est pas absurde de nourrir quelques doutes sur l'impartialité politique de la machine patronale française.
Le syndicalisme patronal est une nébuleuse lobbyiste composée d'une multitude de petits syndicats souvent appelés syndicats de branche** gravitant autour des trois organisations interprofessionnelles représentatives qui pourraient être considérées comme les détentrices du 5ème pouvoir***... Vu de l'intérieur, je t'assure que c'est encore plus révoltant qu'il y parait. Connivences, arrangements et magouilles généralisées sont autant de moyens courants pour obtenir de façon détournée ou parfois même clairement affichée ce qui semble selon nos amis entrepreneurs faire tourner le monde: L'Argent.
Bien sûr pour les masses laborieuses et le peuple, on hésite jamais à reconnaître la prédominance de l'humain dans le système économique que l'on défend, on déclare sans rire que le vrai moteur des dirigeants et propriétaires de sociétés est avant tout l'envie d'entreprendre, l'initiative économique et toute la démarche intellectuelle qui y est associée, on parle de passion, d'action. Pour ensuite utiliser des formules comme "Capital Humain" ou "Notre valeur ajoutée, c'est l'homme" qui derrière leurs faux-semblants humanistes ne laissent que peu de doutes sur les motivations principalement pécuniaires de leurs auteurs...
On se réunit pour célébrer le culte du profit, de la richesse et de l'amoncellement d'un tas de billets, seul élévation dont on tient compte au pays de l'argent roi, celle de l'esprit n'ayant finalement que peu d'intérêt. On profite de ce rétablissement masqué du temps des privilèges et du servage, conscient que tout cela ne tient pourtant qu' à un fil et qu'un jour viendra où le pain et les jeux ne suffiront plus au peuple. On tend le dos pour que l'opium médiatique continue d'inhiber rancœurs et révoltes latentes tout en décimant les populations d'esturgeons de la Mer Caspienne avec quelques amis autour d'un Cristal Roederer.
Et puis un matin, sans que l'on comprenne pourquoi, tout les schémas ancéstraux ne fonctionnent plus. Un village d'irréductibles placé sous de lointaines latitudes connues dans la croyance populaire pour cultiver une certaine douceur de vivre vient bousculer nos belles certitudes gauloises. Au patchwork galvaudé de couleurs, de mélodies et de paysages exotiques vient soudain se substituer un crise identitaire qui contredit l'idée selon laquelle la misère serait moins pénible au soleil. La Guadeloupe se rappelle enfin aux métropolitains, pointant injustices et inégalités, montrant que si plage il y a, celle-ci se trouve sous les pavés de cités HLM sordides et insalubres que n'auraient pas reniés en leur temps les riches européens profitant du commerce triangulaire. Une contrée merveilleuse peuplée si l'on croit Jacques Séguéla**** de fainéants, étant pour la plupart incapable de s'acheter une Rolex une fois le demi-siècle passé. La Guadeloupe, riche terrain de jeu des métros en goguette profitant des bienfaits du tourisme de masse sous l'oeil bien veillant du Medef...
Un mois et demi. Cela fait un mois et demi que la France vit au rythme de ses anciennes colonies, qu'on nous explique ce qu'est la "profitation", que tout les journaux télévisés ressemblent à un clip géant de la compagnie créole. 44 jours de pur bonheur à voir de pauvres gens perdre un salaire qui de toute façon ne leur suffisaient plus pour nourrir leur famille, autant de temps à se dire qu'en dépit de la crise mondiale on est quand même bien en France et qu'il y a de toute façon bien pire que nous. On en vient même à trouver cette grève générale carrément sympa. Le journal de 20h connait un certain renouveau, alliant infos et variétés par sa couverture objective du conflit montrant les manifestants chantant des mélodies bigarrées en incendiant des voitures. On se rêve à pouvoir s'y rendre en vacance l'hiver prochain, présumant d'une certaine baisse des prix, se voyant déjà en sirotant un 'ti-punch servi par une jolie métisse. La crise devient fun, la grève devient glam.
Quand soudain, c'est le drame. L'Etat sarkozien qui d'habitude affiche son inflexibilité en vient même à négocier pour de vrai, promettant l'aumône avant que le phénomène se propage. On en vient presque à s'inquiéter de ce revirement social, se disant que le gouvernement ne sait plus trop ce qu'il fait, que décidément la droite, ce n'est plus vraiment ce que c'était.
Heureusement, comme toujours, le Medef veille. Et ne compte pas se laisser avoir par cette négociation entre les partenaires sociaux que le gouvernement sort de son chapeau lorsque le sujet est trop épineux. Des semaines de négociation pour que le Medef consente finalement à lâcher quelques euros, uniquement pour l'image puisque celui-ci refusera de signer l'accord ratifié par l'Etat et les grévistes. L'argent viendra essentiellement du contribuable local et national, permettant aux élites dirigeantes de l'économie locale de ne pas contribuer directement à l'amélioration des conditions de vie de 80% de la population mais au contraire de faire marcher la solidarité nationale.
Alors aujourd'hui cher lecteur pas encore assommé par ce flot d'informations diverses et variées, je t'invite à formuler avec moi un grand Merci à l'attention du Medef
Oui, Merci le Medef de nous avoir une fois de plus démontrer que si les choses changent en France depuis quelques années, c'est pour aller vers le mieux. Merci le Medef de nous avoir rassuré sur les orientations politiques d'un gouvernement qu'on avait failli prendre pour un ramassis de gauchistes mais qui a su de par sa gestion efficace de la crise reporter l'ensemble du coût financier sur les contribuables, épargnant ainsi sans en avoir l'air les nantis qui pourront continuer à amasser des fortunes, incités par les différentes mesures fiscales propres aux DOM et protégés par un bouclier fiscal efficace taillé sur mesure comme un complet à quinze plaques. Merci le Medef d'avoir une fois encore prouver que ce sont les modèles économiques qui font les gouvernements et non l'inverse, des fois que certains de nos compatriotes auraient encore été tentés de croire que les hommes politiques dirigeaient un pays en toute liberté et en toute impartialité. Merci le Medef de nous donner l'impression de vivre dans un pays merveilleux où ensemble, entre riches, tout est possible.
Qu'on se comprenne lecteur de mon cœur, j'aime aussi dépenser de l'argent et n'ai pas l'âme d'un communiste, tu n'auras qu'à essayer de venir chez moi avec l'intention de partager mon imper Hugo Boss, mes clubs de Golf ou mes princes de Lu pour t'en convaincre. Je trouve juste consternant et usant de se réveiller chaque matin et d'entendre ou de lire dans la presse qu'on a encore bafoué sciemment et avec un cynisme révoltant les règles républicaines écrites pour faire de ce pays que j'aime tant un havre de Liberté, d'Egalité et de Fraternité. De voir au quotidien dans mon travail que les apparences sont cruellement trompeuses et qu'il est plutôt risqué ces temps-ci de tourner le dos aux enjeux ploitiques ou à qui que ce soit sous peine de se voir imposer un rapport sexuel non-reproducteur sans l'avoir vu venir. Et de lutter chaque jour pour garder la foi dans un système constamment détourné dans un seul et unique but: l'intérêt personnel.
Mais tout ca n'est finalement que peu de chose dans un pays ou l'on peut virer et nommer qui que ce soit sans que cela n'émeuve plus personne, dans un pays où le fait du prince n'est pas (encore) porté à la constitution mais s'applique telle la coutume d'un royaume que le sang de nos pères avait cru effacé.
Alors quid du sexe drogues et rock'n roll me diras-tu ? Je te propose d'écouter un morceau de la compagnie Créole (particulièrement à propos), l'une de leurs meilleures productions. Si après ca et la lecture de mon post t'as pas l'impression de t'être fait prendre "au dépourvu", d'avoir besoin d'un bon rail de coke et d'une bonne dose de métal assourdissant pour oublier, j'crois qu'il faut que tu consultes. Vite.
Notes explicatives ennuyeuses à souhait à ne lire qu'en cas d'urgence:
*J'voulais t'mettre un lien explicatif vers un article te rappelant les faits pour t'aider à une meilleure réflexion mais tout bien réfléchi, si t'es même pas foutu de suivre l'actualité, j'vais quand même pas de te sortir de l'autarcie culturelle et intellectuelle dans laquelle tu sembles te complaire.
**aucun rapport avec les tourterelles, il s'agit de formations corporatistes :l'Union des Industries et des Métiers de la Métalurgie, le syndicat des professionnels du tuyau coudé, l'union patronale des sex-shops, etc
*** Je t'épargne les débats en cours chez les gardiens de la doctrine constitutionnelle qui voudraient que l'on puisse parler pour les syndicats de 3ème pouvoir, étant communément admis que les 3 pourvoirs initialement prévus par la constitution sont concentrés à l'Elysée pour ne plus en former qu'un, le second étant quant à lui aux mains des médias. Médias et syndicats étant eux même sous la coupe de l'exécutif, pourquoi s'essayer encore au comptage...
****Et si l'on en croit son bronzage, il est légitime de dire que l'homme s'y connait sans doute plus niveau Dom-Tom que du point de vue du train de vie de ceux à qui il s'escrime à vendre des barils de lessive depuis 40 ans...
En lien indirect avec ce post, un article du Monde relatant le climat dans lequel ces quelques mots s'inscrivent.
