26 février 2009
Envole moi...
Le premier matin, l'impression fut pour le moins étrange. Toi qui es célibataire ou l'as forcément été à un moment donné, tu dois connaitre ce sentiment particulier. Celui dont on est empreint lorsqu'après s'être habitué à se reveiller seul et goûter au plaisir d'ouvrir les yeux comme le premier homme au monde en s'étendant dans le lit de tout son long, on goûte à celui totalement différent de partager l'éveil au monde extérieur, aux autres, se sentant moins seul pour affronter cette jungle qui nous a enfanté.
Parce qu'ainsi va la vie, un jour pas comme un autre tu ouvres les yeux et le monde, ton monde n'est plus tout à fait le même. Il devient votre monde et il convient de ne pas être réfractaire à la cohabitation au risque d'aller au devant de quelques déconvenues.
Le premier matin, on hésite, on ouvre les yeux sans vraiment y croire, se disant que cela doit être un rêve qui se prolonge. Ce fut mon cas. C'était un dimanche matin, la soirée de la veille avait été riche en découvertes et en rebondissements et s'était donc prolongée, me mettant dans un état de fatigue intense qui pouvait expliquer une éventuelle hallucination. Hallucination qu'elle se chargea de vite rendre réelle par ses assauts répétés. J'aurais d'ailleurs du deviner derrière cette détermination et cette insistance proche de l'obsession que nous en étions seulement à nos débuts.
Une simple impression, une intuition sans fondement puisque nous nous étions quittés cette première fois de façon aussi subite que nous nous étions "téléscopés".
Et pourtant...
Il y eu un autre matin, puis un autre et de plus en plus de réveils provoqués qui furent autant de jalons posés par ses soins sur le terrain pourtant inhospitalier que lui offrait ma vie. Autant de touches originales, de notes dissonantes dans une partition parfaitement réglée, mettant un peu de piquant dans une vie faite de longues journées de travail entrecoupées de quelques périodes de répit. Si si, de travail.
Cela a duré quelques temps, un peu à l'instar de ce que l'on définit communément par l'expression "état de grâce". Seulement voilà, on a beau se laisser aller au chant des sirènes et baisser les armes un certain temps, il arrive toujours un moment où l'on reprend ses esprits et ou l'on réalise que la mélodie qui de prime abord nous avait interpellés est malheureusement aujourd'hui en profond décallage avec tout ce que l'on est.
Je m'suis dit que ca passerait, laissant de côté mon courage et me confortant pour une fois dans une situation qui ne me convenait pas, la laissant me faire la cour de façon surannée, un peu comme un Roméo féminin siégeant à ma fenêtre comme pour me donner chaque jour davantage envie de la garder fermée...
Et puis un matin, je n'en pouvais plus, il fallait que ca cesse, qu'elle me rende ma liberté. Que je la rende à la sienne. Sans s'en rendre compte, elle m'étouffait et ne comprenait pas que je n'étais pas sa chose, que j'avais un coeur. Et que j'étais épuisé. Alors qu'elle me susurrait quelques douces intentions, je n'ai pu m'empêcher de lui voler littéralement dans les plumes. Je me suis approché très doucement, délicatement, avec la discrétion d'un félin en chasse et je lui ai mis un grand coup. Un grand coup de volet, provoquant un nuage de plumes qui aujourd'hui encore me fait dire que parfois, la cruauté envers les animaux a du bon. Et qu'elle peut même être jouissive (je plaisante évidemment, j'adore les animaux, surtout ceux à viande rouge)... Tu peux me taxer de cruauté, d'insensibilité, d'être le pire salaud du monde, tout ce que tu veux, toujours est-il qu'elle ne l'avait pas volé...
...cette foutue tourterelle!
***Note à l'attention des mes amis de la ligue de protection des oiseaux: Aucun animal n'a été blessé au cours de la rédaction de ce post. Avant sa rédaction, je dis pas, j'ai tellement du lui exploser le bec qu'elle n'est pas revenue depuis... Je t'assure, le chant de la tourterelle le matin, ca rendrait n'importe quelle Brigitte Bardot hystérique. Ah pardon,tu as raison, elle l'est déjà. ***
10 février 2009
Her Morning Elegance ... haunts my nights
Le propre des Marasmes, c'est qu'ils permettent de goûter davantage les rares moments de calme, de quiétude, autant de précieuses accalmies qui vous donnent l'impression de revivre à nouveau, vous laissant reprendre votre souffle.
Aujourd'hui, en fin de matinée, ma collègue Sophie et moi avons partagé ce passage dans l'oeil du cyclone, dégageant ces instants de répit au forceps. Je me suis décidé à céder à l'envie d'un énième shoot de caféine, histoire de ne pas retourner le bureau au cours d'une crise de surménage aussi malheureuse qu'imprévisible. Une sorte de soin préventif si tu préfères.
Elle était là, soupirant et gromelant devant son écran, un peu à l'image de chacun d'entre nous depuis que cette fameuse crise à décider de frapper à notre porte, changeant radicalement nos pratiques, nos repères et finalement tout notre petit Monde, à nous, les gens qui travaillent pour notre-directeur-bien-aimé. Alors je suis rentré, poussant légérement la porte de son bureau, décrochant le combiné de son téléphone pour le poser sur le côté, m'asseyant face à elle les jambes croisées de façon quelque peu informelle et décontractée en l'invitant à s'arrêter quelques instants.
Sophie et moi avons le même age, sommes originaires de la même ville, avons grandi dans les mêmes endroits. Nous avons des parcours professionnels et personnels extrèmements différents, une approche du métier sensiblement identique bien que nos fonctions différents quelque peu. Nous avons pas mal d'affinités, d'autant plus qu'il n'y a jamais eu entre nous quelque ambiguité que ce soit. Et je te le dis petit lecteur, quand il n'y a aucune ambiguité, ca change tout. C'est une amie donc, ni plus, ni moins, la seule personne qui aie le double des clés de mon appart, histoire que ma plante verte ne meurt pas dans d'atroces souffrances si par malheur je venais à perir dans un tragique accident de footing, happé par quelque bolide sans permis conduit par un sexagenaire un jour d'épais brouillard alors que je traverserais en dehors des clous.
Nous nous connaissons très bien même si nous nous fréquentons peu en dehors du cadre professionnel, suivant chacun les péripéties et joyeuses aventures de l'autre. Elle connait certains de mes démons, je connais quelques unes de ses faiblesses, nous nous estimons assez pour avoir confiance l'un en l'autre. C'est donc naturellement que je lui demande où elle en est, sûre que sa réponse sera aussi palpitante que longue. Et de fait prompt à la détente.
-Comme d'habitude, c'est Dallas me dit-elle. Et c'est vrai que sa vie est pleine de rebondissements, à se demander comment elle trouve autant de matière à une vie sentimentale aussi chargée dans une ville aussi sinistrée, tout du moins du point de vue du potentiel de personnes "intéressantes". Je lui fais remarquer qu'à tout prendre, Dallas ca a quand même plus d'allure que Plus Belle La Vie et que de toute façon, l'accent marseillais n'arrangerait pas ses affaires. Elle rit avec la légereté des gens qui usent et abusent du caractère intime des pics au second degré. Et après avoir fait semblant de s'être fait prier pour rentrer un peu plus dans le détail et m'assomer par un récit aussi drôle qu'improbable, elle me demande où j'en suis, autant par politesse que par intérêt.
Bonne question. Elle devine à mon air perplexe qu'il va falloir creuser pour avoir la réponse.
-Je n'en sais rien... C'est une réponse acceptable ?
Il semblerait que non.
-Et ton Alsacienne ?
-Evaporée. Ou plutôt ... Réciproquement éjectée.
-Hum. Et cette fille croisée dernièrement en déplacement qui t'avait poliement fait du rentre-dedans de façon éhontée?
(Faut que j'arrête les déplacements d'ailleurs, c'est une source perpétuelle d'ennuis en ce qui me concerne. Puis des gens qui m'font du rentre dedans, c'est toujours louche. A plus forte raison si ce sont des êtres humains. Alors de femmes, j'te raconte pas...)
- En couple. Et moi les gens pris, ca ne m'intéresse pas. Encore moins quand ils m'approchent. J'avais un ancètre vaguement Judéo-Chrétien qui avait trouvé un vieux bout de marbre portant l'inscription "Tu ne convoiteras point la femme de ton voisin", j'ai décidé d'en faire l'une de mes devises avec "C'est bien, c'est beau, c'est Blackmilk".
(Bon ok, après "m'approchent" j'ai pas vraiment dit ca, en tout cas pas sur le coup, je viens de l'inventer. N'empêche que j'aurais pu le dire. Puis j'fais ce que j'veux, c'est MON blog)
- T'assures pas un cachou (Tu noteras que Sophie non plus n'est pas la reine de l'orthographe et qu'elle se souvient jamais s'il faut mettre un "s" à l'impératif. Alors elle oscille toujours entre les deux comme ca elle est sûr de ne se tromper que dans 50% des cas. Bon ok, tu sais qu'en l'occurence, comme Sophie parle, le fait qu'il y ait un "s" ou pas n'a pas d'incidence puisqu'on est à l'oral et donc que la faute -ou pas- vient de moi. Ca t'éclaire donc fatalement sur l'absence de vérification, t'sais bien que j'ai autre chose à faire que de vérifier à cette heure tardive un chose que j'ai cherchée à de maintes reprises sans que mon cerveau de poisson rouge ne parvienne à la mémoriser. Quelles choses ? En l'occurence des digressions* et accessoirement, un post).
Oui, Sophie aime les cachous. Et surtout dès lors qu'il s'agit de les placer en me volant l'une de mes répliques favorites.
Elle voit que je suis plus dans une logique d'écoute active que dans un de ces rares jours où je me sens d'humeur à me prêter au petit jeu de la confidence entre amis. Elle insiste donc:
-Tu n'as pas rencontré de femme idéale ce week-end ?
Pure provocation, nous avons déjà parlé mille fois de la femme idéale et de ma conception de la dite chimère.
-Si, une. Le problème, c'est que c'est sur internet. Et qu'elle existe pas vraiment.... En fait, c'est le personnage d'une chanson.
Là, elle a abandonné, pensant qu'il s'agissait d'une manoeuvre d'évitemment. Alors que même pas. Ce week-end, j'ai vraiment fondu devant une héroïne moderne empreinte de courage, de légèreté, de malice, de fraicheur, de beauté...
Cher petit lecteur, permets moi donc te présenter la nouvelle locataire de mon coeur et l'actuelle détentrice de mes songes:
La jeune femme décrite dans la chanson Her Morning Elegance d'Oren Lavie (Au passage, un grand merci à Cloc, l'une de mes lectures régulières pour la découverte au détour de l'un de ses posts et pour le magnifique et candide clip associé. C'est pas du plagiat Cloc, j'ose du fait que tu l'aies toi même trouvé ailleurs. Et que je ne pouvais pas ne pas en parler ;) ).
Bien sûr, le mieux c'est encore de la voir se dévoiler avec la mélodie comme écrin en lecture simultanée. T'iras comme un grand sur Deezer ou chez Cloc, elle est sympa tu verras.
Sun been down for days
A pretty flower in a vase
A slipper by the fireplace
A cello lying in its case
Soon she's down the stairs
Her morning elegance she wears
The sound of water makes her dream
Awoken by a cloud of steam
She pours a daydream in a cup
A spoon of sugar sweetens up
And She fights for her life
As she puts on her coat
And she fights for her life on the train
She looks at the rain
As it pours
And she fights for her life
As she goes in a store
With a thought she has caught
By a thread
She pays for the bread
And She goes...
Nobody knows
Sun been down for days
A winter melody she plays
The thunder makes her contemplate
She hears a noise behind the gate
Perhaps a letter with a dove
Perhaps a stranger she could love
And She fights for her life
As she puts on her coat
And she fights for her life on the train
She looks at the rain
As it pours
And she fights for her life
As she goes in a store
With a thought she has caught
By a thread
She pays for the bread
And She goes...
Nobody knows
And She fights for her life
As she puts on her coat
And she fights for her life on the train
She looks at the rain
As it pours
And she fights for her life
Where people are pleasently strange
And counting the change
And She goes...
Nobody knows
Ose me dire après ça qu'on ne puisse pas tomber amoureux d'un personnage de chanson ...
*Cher lecteur chéri super patient super gentil tout ca tout ca. Je ne le fais jamais et je pense que l'heure tardive et l'état de fatigue associé expliquent en grande partie le fait que je m'apprete à le faire mais... Je t'en prie, excuse moi de t'abreuver sans cesse de parenthèses de 15 kms et de digressions à faire pâlir n'importe quel auteur classique du XIX. Consoles toi en te disant que c'est (de façon efrrayante j'en conviens) aussi pour ca que tu m'aimes... Non ?
