29 janvier 2009
Our house, In the middle of our street
Cela fait maintenant quelques temps que l'on se fréquente toi et moi. On en arrive à un stade où l'on apprend à se connaitre de plus en plus, découvrant à chaque échange un peu plus sur l'autre et en ce qui me concerne un peu plus sur moi-même (même si je te l'accorde, je me connais relativement bien, cela fait plus d'un quart de siècle que je me pratique).
Tu sais les troubles, les joies et les peines qui m'habitent, tu sais ce qui m'émeut, m'effraie ou me fait vibrer. Et pourtant, tu ne sais pas vraiment qui je suis, où j'habite, dans quel domaine je travaille, ce que je fais de mes jours, de mes nuits, de ma vie.
C'est normal, je ne tiens pas à ce que tu le saches. Par choix d'abord, parce que finalement qui je suis n'a que peu d'importance dans cette relation particulière qui nous unit. Et que paradoxalement, rester dans l'ombre me permet de lever davantage le voile sur ce qui à mon sens mérite réélement d'être livré. Par obligation ensuite, ayant à coeur de préserver au maximum ma vie privé d'une vie professionnelle qui pourrait vite devenir envahissante.
Car si je ne suis pas un personnage public, j'ai un métier et des fonctions particulières qui m'invitent à rester discret sous peine d'être rattrapé par le travail une fois la porte du bureau franchie. Je ne suis ni membre des forces de l'ordre, ni fonctionnaire des impôts et encore moins huissier de justice et je ne peux pourtant figurer nommment dans l'annuaire, sur des sites communautaires à l'instar de facebook ou copaindavant sous peine d'avoir comme certains de mes confrères quelques soucis. Je ne laisse pas de trace sur le net. A tel point que lorsque je tape mon nom dans Google, rien ne figure me concernant. Autant tuer le fantasme dans l'oeuf, je ne suis pas non plus agent secret, certains d'entre toi savent que je préfère le Gin Fizz à la Vodka Martini Dry et je me déplace malheureusement en citadine française en lieu et place de la légendaire Aston Martin du plus célèbre des sujets de Sa Majesté.
Mais alors, qu'est ce que je fais ?
Rien. C'est en tout cas ainsi dans la croyance populaire. Car crois le si tu veux mais après quelques années passées (J'ai effectivement commencé tôt) dans le monde impitoyable du secteur privé à flamber avec des intitulés de postes pompeux et à vivre de paies mirobolantes, j'ai rejoint il y a un peu plus de trois ans le secteur public. Tout d'abord pour retrouver une vie privée et diviser mon temps de travail par deux. Et dans le même temps diviser mes revenus par quatre. Fais le calcul petit lecteur et tu te rendras vite compte que sur le papier, ce changement de cap n'était pas forcémment à mon avantage.
Et pourtant.
Quand tu passes ton temps à travailler pour t'assurer un certain confort matériel, tu en viens (tout du moins ce fut le cas pour moi) à te demander à quoi cela sert d'avoir de l'argent si tu n'as plus de temps pour le dépenser. Se pose également la question de ton entourage fatalement délaissé qui en vient à croire davantage à l'existence de la vie sur Mars qu'à celle d'une vie pour toi en dehors du boulot.
Alors j'ai changé de voie. De façon radicale, étonnament contre l'avis de mes proches qui pourtant se plaignaient d'être "oubliés". Contre la croyance populaire qui veut qu'une bonne place bien payée ne se quitte pas et que la réussite sociale soit de façon antinomique liée à des raisons pragmatiques s'affichant sur ta fiche de paie chaque fin de mois. Contre moi-même aussi et mon goût pour l'argent, cet argent que je n'ai jamais cherché à amasser, à dépenser, celui qui n'a jamais été une fin mais un moyen, un moyen diablement efficace de justement parvenir parfois à mes fins.
Ce que j'ai pu perdre d'un côté en niveau de vie (même si c'est assez relatif), je l'ai gagné en confort de vie. Et même si cela semble identique à première vue, je te prie de croire que lorsque l'on s'y essaye on saisit vite la nuance. J'ai délaissé l'uniforme de pingouin, les chemises obligatoirement blanches ou bleues, les costumes impérativement sombres, les cravates alliant forcément les notions de sobriété et de pouvoir, de respectabilité. J'ai gouté au plaisir d'aller travailler à pied, de mettre des chaussures confortables, de ne plus me raser obligatoirement six jours sur sept. Et même si aujourd'hui les choses font que je reviens quelque peu sur ces acquis, je relativise et ai conscience du luxe que constitue la possibilité de pouvoir souvent choisir. De maitriser un peu plus mon apparence, de ne plus être uniformisé. J'ai découvert que travailler 40 heures par semaine (même si en moyenne j'en fais plus), c'était pour mon employeur actuel encore trop et que les RTT, quand on y a pris goût, c'est difficile de s'en passer (même si j'ai ces temps-ci quelques difficultés à les poser). J'ai découvert que l'on pouvait parfois être chez soi à 16h10 après une journée de travail sans forcément avoir la grippe. Et qu'on pouvait s'endormir le soir sans problème, sans se soucier de l'hypothèse de se réveiller sans emploi, s'endormir sans craindre l'avenir et son lot d'incertitudes amenées par une crise socio-économique de plus en plus forte. Le luxe suprème. Un nouveau monde s'ouvrait à moi en somme.
Puis je me suis pris au jeu. Une fois admis les changements négatifs mais surtout positifs inhérent à mon nouveau statut, j'ai découvert semaine après semaine un environnement professionnel, des tâches et problématiques aux antipodes de celles pour lesquelles j'avais été préparé lors de mon cursus de formation. J'ai vite compris que l'image que je me faisais du métier était comme souvent nourrie par les clichés, que c'était en réalité beaucoup plus complexe et de fait plus impliquant et stimulant que je me l'étais imaginé de l'extérieur. J'ai compris que les avantages étaient finalement de simples bonus, que l'intérêt de mon travail venait surtout de ce qu'il me permettait de faire, au quotidien. Aider les autres. Oeuvre dans l'intérêt public. Je me suis découvert des aspirations sociales, un goût pour l'être humain que je ne me connaissais pas, on m'a inculqué la notion de Service Public. Et je me suis pris à y croire.
Je fais donc aujourd'hui parti de ces soit-disant nantis, de ceux qui dans l'inconscient collectif ont la sécurité de l'emploi, passent leur journée à boire le café en profitant des acquis obtenus par les syndicats dont ils sont la terre nourricière.
En vérité, si je suis reconnu comme étant "en charge d'une mission de service public", je ne suis pas fonctionnaire. Et si dans les faits je dispose d'une relative sécurité de l'emploi, l'éventualité d'un licenciement économique est prévue par les statuts régissant le personnel de mon institution. Je ne suis pas syndiqué et même si je suis fier de mes convictions, je suis loin d'être revendicatif.
Pourtant aujourd'hui, pour la deuxième fois de ma vie j'étais en grève. Et pour la première fois, dans la rue. Avec des centaines de milliers d'autres. Parce que chaque jour j'applique consciensieusement la politique d'un président que je n'ai pas choisi. Parce qu'à chaque instant je suis en proie à l'action d'un gouvernement avec lequel je suis en profond désaccord. Parce que je dispose d'une place privilégiée pour apprécier l'ampleur des dégats causés par une politique aveugle, injuste et déraisonnée. Et que si chaque jour, soucieux d'accomplir avec professionnalisme et déontologie les missions qui m'ont été confié j'exécute et fait exécuter des directives parfois improbables sans sourciller, je n'en suis pas moins un citoyen ayant comme devoir de défendre ses idéaux, ceux-là même pour lequels d'autres citoyens se sont préalablement battus.
Aujourd'hui dans les rues de ma ville de province, sur le chemin menant de la place où ont lieu les rassemblements populaires à la préfécture, symbole du pouvoir, nous étions des milliers à nous tenir chaud dans le froid. Des milliers à nous dire qu'il ne fallait pas louper ce rendez-vous et que lorsque l'on ressentait un profond malaise et un certain mécontentement, ne rien faire n'était bien évidemment pas une solution envisageable.
Si tu te demandes, le smiley gréviste du milieu en train de se contorsionner pour se mettre au niveau de ses confrères (c'est aussi ca la grève, gommer les différences entre ceux qui se réunissent ;)) et tenir sur la photo, c'est moi.
Moi qui n'avais jamais été un révolutionnaire dans l'âme, un homme prompt à battre le pavé pour défendre ses idéaux; au milieu de ces gens venus de mille horizons, je n'ai pu m'empêcher de repenser à l'oeuvre collective et controversée Entropa coordonnée par David Cerny et représentant la France avec une banderolle "Grève" la traversant de part en part.
La première fois que je l'ai vu, je me souviens m'être dit que l'oeuvre n'avait pas du plaire à notre cher président, celui-là même qui s'était vanté d'avoir réussi à rendre les mouvements de grève invisibles en France. J'avais trouvé cela assez drôle, représentatif de l'exception culturelle française au même titre que les bons mots de Molière ou la baguette de pain.
Aujourd'hui, impossible de ne pas y repenser toujours en souriant, mais cette fois par fiereté. Parce qu'aujourd'hui, en voyant ces hommes et ces femmes manifester pour leur idéaux, contre une politique qu'on ne peut décemment pas qualifier de totalitaire mais qui devient chaque jour davantage liberticide et injuste, il y avait de quoi être fier. Fier de faire partie d'un grand pays, un pays où l'on peut et sait se faire entendre.
Lors de votre campagne présidentielle Monsieur Sarkozy, vous avez allégrement surfé sur le sentiment d'appartenance nationale et de patriotisme tirant fortement vers le nationalisme, éloignant les gens les uns des autres à l'opposé de ce que prônent justement la devise de notre pays. Contre nos valeurs, vous avez souhaité diviser le pays pour mieux y régner.
Au soir du 29 janvier 2009, Chapeau bas Monsieur le président, vous y êtes parvenu. Les gens sont aujourd'hui (comme hier au passage) fiers d'être français, fiers d'avancer sous les bienveillants principes fondateurs de Liberté, d'Egalité et de Fraternité. En ayant voulu nous séparer, vous nous avez rassemblé, non pas derrière vous mais devant vous, contre vous. L'Unité nationale existe.
Nous, français vous l'avons prouvé aujourd'hui, nous réunissant pour mieux célébrer notre conception de la république, notre attachement à la France et notre dégout de ce que vous en faites en bafouant nos libertés, notre dignité. Aujourd'hui ensemble, nous n'avons pas lutté comme de par le passé pour obtenir de nouveaux acquis sociaux. Mais juste contre tout ceux qui sont retirés semaine après semaine, laissant sur le carreau les plus faibles d'entre nous.
Il y avait grève en France aujourd'hui Monsieur Sarkozy. Je ne me fais pas d'illusion sur le fait que vous l'ayez entendu, ayant depuis longtemps compris que le sort des gens ne vous intéresse que lorsqu'il vous permet de satisfaire des ambitions personnelles.
Il y avait une grève en France aujourd'hui Monsieur Sarkozy. Du haut de votre trône entaché du sang et des pleurs de ceux qui n'ont plus la force de s'opposer à vous et qui poussent pour la première fois dans la rue secteur public et privé côte à côte, français aisés et dans le besoin sur le même rang, nous avez vous bien vu ?
26 janvier 2009
Réminiscence
Je ne l'ai pas vu venir. J'étais pourtant en forme aujourd'hui, gai, enjoué, depuis ce matin au réveil. J'avais même réussi l'exploit de me lever avant que la radio ne s'enclenche comme elle le fait chaque lundi matin, histoire de me rappeller joyeusement que je ne suis pas rentier et qu'il faut bien payer la facture de l'eau dont s'abreuve ma nouvelle compagne.
Là, tel que je t'imagine, tu te dis que ca y est, une jeune femme merveilleuse s'est rendue compte que je ne l'étais pas moins ("merveilleux", je te défends de mettre en doute mon appartenance à la gente masculine) et s'est jetée à mon cou un soir d'hiver pour ne plus jamais le lacher et que depuis, elle ne parvient plus à partir de chez moi et nous vivons d'amour, de princes de Lu et d'eau fraiche (Je t'avouerai que j'suis plus champagne frais mais bon, comme je parlais d'eau précédemment, j'essaye de ne pas te perdre davantage dans les méandres de mon esprit torturé. Et tortueux. Puisqu'il y a des méandres)...
Même pas.
Cette belle plante avec qui je partage mon appartement depuis peu ... est une belle plante au sens premier du terme, une entité végétale offerte par quelque ami passé un soir d'hiver (Oui, encore, faut dire qu'en ce moment c'est justement l'hiver donc ca tombe plutôt pas mal, des soirs d'hiver je peux t'en sortir sans parcimonie. Puis me cherche pas sur les répétitions et l'évidente constatation qui en découle, à savoir que je dispose d'un vocabulaire bien pauvre, c'est pas le soir !). Une offrande moderne en quelque sorte ayant pour but de célébrer ce plaisir des sens que fut ce soir là (d'hiver donc) ma cuisine. Une offrande offerte (Oui, j'te dis que je ne doute de rien sur les redondances) avant même de s'asseoir à ma table, histoire de ne pas la garder pour après le repas et ainsi risquer de ne pouvoir la remettre faute de souffrir d'un probable empoisonnement.
Tu l'as donc compris, ces temps-ci dans ma vie point de fleur ni de douceur, juste une plante verte, une vraie avec des feuilles et une répartie discutable.
Ce qui ne m'empêche pas d'être relativement serein d'autant plus que comme tu le sais, je n'ai ces temps-ci du fait d'une activité professionnelle particulièrement chargée pas de temps à consacrer à la bagatelle.
Ce soir donc en sortant du bureau, alors que je saisis mes clés dans la poche de mon manteau (T'as vu ca, en plus j'te fais des rimes pauvres tout ca tout ca, j'me fous quand même pas d'toi petit lecteur, t'as bien fait de venir ce soir!), le contact avec un papier griffonné à la va-vite ce matin entre la tartine de confiture (aux coings) et le verre de Joker me ramène à la dure réalité. Ayant en ce moment trop à coeur de ne pas consacrer les rares plages de temps libre que sont mes week-end à des taches rédibitoires, ce matin en ouvrant mon frigo, l'air frais s'échappant de celui-ci et touchant mon corps brulant à peine sorti du lit fut sans doute moins glacial que le triste constat imposé par la vue d'un No-man's land sibérien que la vie avait depuis peu abandonné. Un frigo horriblement vide et démuni, à la limite de l'insoutenable. Une sorte de Gare Saint LazarE (heureuse ?) du refrigerateur un jour de grève...
Il fallait faire les courses.
Alors, tel le Bruce Willis des aliments, j'ai pris mon courage et mon caddie à deux mains.Oui, j'arrive à tenir tout cela avec seulement deux mains. Et j'y suis allé.
Je traine souvent des pieds pour aller flaner dans les linéaires du temple de la société de consommation mais il faut bien avouer qu'une fois que j'y suis, c'est avec déléctation que j'erre entre ces tableaux aux mille couleurs, ce labyrinthe en proie à cet incroyable paradoxe qui consiste à offrir aux victimes une pallette de saveurs d'apparence infinie dans un environnement asseptisé comme peu d'autres. M'ébrouant ainsi dans la masse des esclaves mercatiquement lobotomisés qui avaient eu la même idée que moi, début de semaine oblige, j'allais et venais au gré de mes envies en ne suivant que partiellement la liste préalablement établie. Une sorte de rebel, le Lorenzo Lamas (T'as vu un peu les références Coco, si avec tout ca tu reviens au prochain post, j'comprends pas) du Carrouf, la liste où figurent les danettes en plus, les cheveux et la moto en moins.
Et là, au milieu du rayon des glaces, alors que j'hésitais entre les Magnums double-chocolat et ceux au miel nougat (quand je te dis que j'avais plus de denrée de première nécéssité!), une main légère vint légerement se poser sur mes épaules. Oui, ca semblait quand même super léger comme action. Si l'on avait été dans un film d'horreur américain et que j'avais été une brune plantureuse craintive et volubile, il est fort probable que j'aurais hurlé à la mort dans un cri strident à mi-chemin entre le couinement d'une roue de caddie entravée par des lambeaux de sacs plastiques et la voix suave de crécerelle de mon ancienne voisine (Celle de la nouvelle est beaucoup plus douce, merci pour elle). Seulement voilà, on ne m'effraye pas si facilement (j'suis un homme un vrai, un qui mange des Princes de Lu!), je ne suis pas plantureuse, ni craintive et encore moins volubile. Et puis de toute façon ce serait purement inutile car c'est bien connu, au fin fond du rayon des glaces, personne ne vous entend crier...
-Jeff et Caro ! Quelle bonne surprise! ai-je dit en me retournant et en découvrant leurs mines réjouies.
Jeff et Caro forment un couple d'ami de l'air Mélusinienne que j'ai hélas quelque peu délaissé, en grande partie du fait de mes occupations mais pour être tout à fait honnête un peu aussi parce qu'ils travaillent avec Mélusine et que lorsque je l'ai quittée, j'ai choisi de réduire le plus possible les éventuelles confrontations et autres informations par intérmédiaires. C'est un choix que je regrette en partie pour m'être éloigné de gens à qui je tenais mais qui s'avèrait nécéssaire pour donner à mon départ le moins d'ambivalence possible.
- Ca faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu mon petit Blackmilk !
Bon, tu te doutes bien qu'en vrai, je ne suis pas petit mais va savoir pourquoi, les gens aiment utiliser ce qualificatif de façon affectueuse avec les types d'1m95... C'est vrai, je ne m'appelle pas non plus Blackmilk dans la vraie vie mais ca, j'espère que tu l'avais compris avant que je te l'explique. Si tel n'était pas le cas, je t'invite à cliquer rapidement sur la petite croix en haut de la fenêtre... Et à ne jamais revenir. J'ai moi aussi utilisé un dérivé de l'adjectif petit, tu peux donc prendre cette invitation à déguerpir comme un geste affectueux.
De là s'engage une conversation sur nos petites (oui, encore) vies respectives depuis la dernière fois où nous nous sommes vus, des invitations respectives pour rattraper le temps perdu, des ragots plus ou moins savoureux sur la vie des uns et des autres et milles autres choses développées en plus de temps qu'il n'en faut à un Magnum pour fondre. Fort heureusement, je ne les avais pas sorti des vitrines réfrigerées. Tout cela donc jusqu'à ce que Caro en vienne à parler de ce dont je n'avais absolument pas envie de parler: Mélusine. Et de m'annoncer l'air de rien qu'ils ne la voient plus trop et qu'ils l'ont croisée pour la dernière fois à l'occasion du nouvel an où elle était venue avec son copain.
Aie.
Un pincement. Non, pas la porte de la vitrine refrigerée des Magnums. Juste un pincement au coeur.
J'aurais aimé que cela ne me fasse rien. Je ne l'avais pas vu venir certes mais je m'y étais préparé à maintes reprises, persuadé que cela ne me ferait rien. La méthode Coué appliquée à Mélusine, c'était quand même un super plan de protection affective. Je l'avais revue à la fin de l'automne pour régler quelques affaires courantes et même si j'avais été quelque peu peiné de la voir en petite forme, je n'avais pas eu ce pincement au coeur aujourd'hui ressenti à l'évocation de sa nouvelle vie sentimentale.
Je sais d'où ca vient pourtant. Je ne regrette rien et si j'avais le choix de retourner en arrière, malgré les merveilleux moments partagés ensemble et la multitude de choses qu'elle m'a apportée, je ne changerai pas un seul passage de notre histoire, y compris la fin où il n'y eut ni mariage, ni beaucoup d'enfants. Je sais aujourd'hui que ma vie est ailleurs, je l'ai su à l'instant même où j'ai réalisé que j'allais la quitter et j'ai toujours su que c'était le bon choix. Alors peut-être est-ce par pure vanité, blessé dans mon amour propre de macho absurde à l'idée qu'elle ait trouvé quelqu'un digne à ses yeux de me remplacer. Surement même. Peut-être aussi que cela vient de la période particulière que je traverse et dans laquelle il y a peu et pour ainsi dire pas de place pour le badinage et encore moins pour les échanges amoureux. Et que l'impression de solitude rarement éprouvée et poutant tenace ces temps-ci ne fait qu' exacerber cet étrange mélange de sentiments.
Je crois que c'est un peu tout ca à la fois. Toujours est-il que je n'aime pas être en proie à la nostalgie, en tout cas pas d'un point de vue sentimental. Et que même s'il faut bien rendre à Mélusine ce qui lui appartient, je ne suis pas parti pour rien et je m'en veux d'être en proie à ce sentiment pourtant bien humain.
Il me tarde d'être à demain. Pour aller de l'avant. Et laisser au vent cette réminiscence comme je l'ai toujours fait.
Demain c'est sûr, j'arrête les Magnums!
18 janvier 2009
Derrière la porte...
Laboro ergo sum.
Je ne sais pas s'il convient de s'en réjouir ou au contraire de s'en inquiéter mais depuis quelques semaines et l'apparition de ce que les médias se plaisent à définir comme la plus grande crise économique que le Monde ait connu, ma vie se résume principalement à l'activité qui me permet d'acheter mes princes de Lu, de règler la note au restaurant ou de payer mes impôts. Et même s'il est aujourd'hui assez rare de payer ses factures grâce à la fracture, je ne me considère pas nécessairement comme un privilégié.
Certes, je ne vois pas le temps passé. L'un des principaux avantages de mon emploi, à savoir la possibilité de moduler le temps de travail et de nombreux jours de congés, rtt ou même bonus de temps libre "offerts" par mon employeur tendent au fil des jours à se réduire comme peau de chagrin. Je travaille, sans doute moins que ce que j'ai pu connaitre chez mes précédents employeurs mais tout de même beaucoup plus que ce qu'il m'a été demandé depuis trois ans que j'oeuvre pour le bien public et surtout dans l'intérêt de mon gentil employeur.
Il est vrai que j'ai gagné en compétences et en responsabilités et que cela me permet d'entrevoir chaque mois quelques émoluments intéressants mais j'ai connu lors de précédentes expériences un autre investissement intellectuel et des bonus pécuniers autrement plus substanciels pour ne pas me laisser charmer par les sirènes de quelques euros de plus à la fin de chaque mois.
Là, au coeur du marasme politico-socio-économique qui fait les choux gras des prophètes les plus pessimistes et autres altermondialistes alarmistes, je sors de plus en plus de mon bureau, allant de sites en sites pour vérifier que la marche de la révolution mise en oeuvre par nos élites dirigeantes est effective et qu'aucun grain de sable ne vient pérturber cette mécanique parfaitement huilée.
D'ailleurs, en ce qui concerne l'huilage, je n'hésite plus à donner de ma personne. Glissant à tout va dans les interstices laissées par les habituels empêcheurs de comploter en rond, je lubrifie verbalement comme il est recommandé de le faire dès l'instant où le passage par lequel vous avez prévu de cheminer s'avère compliqué... J'enchaine les représentations pour prêcher la bonne parole et m'assurer le soutien des ouailles dont je fais tout compte fait moi même partie, ayant renoncer à ne pas me tirer une balle dans le pied. Je fais le grand écart entre déontologie et application de la politique d'entreprise pour une paie (proportionnelement) ridicule et une reconnaissance hiérarchique de façade.
J'ai aussi du abandonner ce luxe extrème qui consistait à pouvoir aller travailler chaque jour en jean, baskets et avec une barbe naissante (après avoir du renoncer à celui de pouvoir aller travailler à pied) et ce même les jours de réunion importante avec la crème de l'encadrement. Les cols de chemises sont dorénavant quasi-systématiques, les chaussures de ville cirées quotidiennes, histoire de coller avec mon nouveau rôle mais aussi de me voir dans le reflet de celle-ci redevenir peu à peu celui que pourtant je ne voulais plus être... A peine puis-je me laisser aller à arborer une barbe de deux jours une fois tous les deux mois lorsque par miracle je n'ai pas du renoncer à un ou deux jours posés il y a cinq mois du fait d'une réunion de crise en région ou de la charge de travail qui ne le permet pas. Et je ne m'attarde même plus sur le fait qu'on me fasse parfois annuler la veille des jours qu'on m'avait invité à posé des mois auparavant pour plus de visibilité.
Et pourtant, j'y crois encore. Un peu.
Le soir en semaine, je ne sors plus que très rarement, commencant de toute façon à bailler à partir de dix heures et gardant pour les week-ends mes envies de vie sociale et d'ennivrement des sens. Je ne suis pas à plaindre, j'ai globalement tout ce qu'un jeune homme de mon âge peut rêver d'avoir d'un point de vue matériel à l'exception peut être de la voiture mais cela ne saurait tardé. Et pourtant...
Là devant mon téléviseur écran plat d'un smic et quelques mis en valeur par un salon cosi, dans le confort douillet de mon appartement soigneusement mis en scène, les pieds dans de chauds et doux chaussons dont les couleurs sont coordonnées avec le triptique de toiles, point de départ de la gamme chromatique des objets qui peuplent mon quotidien, il m'arrive de rêver d'ailleurs. D'autre chose.
L'autre soir, alors que je regardais sur le service de télé à la demande une emission de grande qualité conçue et présentée par Yann Arthus-Bertrand, j'écoutais sa voix de conteur mélancolique et faussement optimiste me dire que le paysage merveilleux qu'il offrait à mon regard incrédule était voué à disparaître, comme mille autres lieux déjà souillés et parfois même détruits par la main de l'Homme. Je le regardais me presentant un incroyable aventurier brésilien qui se voulait être le conservateur d'un musée vivant formé par une civilisation sur le point de disparaitre. Des hommes vivants comme nos ancètres dont notre société moderne finira par causer la perte, comme s'il fallait à toute fin renier un passé dont les valeurs simples provoquait un sentiment aujourd'hui honteux, le Bonheur. J'écoutais ce scientifique suisse, Chantre de la préservation de la nature ayant quitté les vaches à cloche pour Madagascar avec pour seul bagage sa mitre et son couteau (suisse lui aussi, naturellement) défendre avec conviction sa théorie selon laquelle intérêts économiques et écologiques ne sont pas contradictoires, loin s'en faut. Puis au milieu de ces mille paysages à vous couper le souffle apparurent les Baobabs, géants sortis de terre évoquant une force et une puissance toutes relatives, ceux-ci étant apriori eux aussi condamnés.
Là, face à ce paradoxe dont l'énigmatique beauté stoppa net l'élan qu'avait pris ma main pour porter à mes lèvres un magnum miel amande dont je ne fais habituellement qu'une bouchée, pour la première fois de ma vie, cet autre chose sur lequel je ne parvenais pas à mettre des mots fut soudain une évidence.
Alors que mon regard s'était détourné de l'écran et que je me demandais si mon accomplissement passait vraiment par cette vie matérialiste et superficielle qui ne me permettait pas de me confronter aux mille merveilles d'un monde qui justement n'attendait pas après moi pour sombrer inéluctablement dans le néant et priver peu à peu ses habitants des choses qui ont réélement une valeur, il m'était impossible de ne pas fixer la porte d'entrée.
Et de me demander ce qui m'attendait derrière...



