18 janvier 2009
Derrière la porte...
Laboro ergo sum.
Je ne sais pas s'il convient de s'en réjouir ou au contraire de s'en inquiéter mais depuis quelques semaines et l'apparition de ce que les médias se plaisent à définir comme la plus grande crise économique que le Monde ait connu, ma vie se résume principalement à l'activité qui me permet d'acheter mes princes de Lu, de règler la note au restaurant ou de payer mes impôts. Et même s'il est aujourd'hui assez rare de payer ses factures grâce à la fracture, je ne me considère pas nécessairement comme un privilégié.
Certes, je ne vois pas le temps passé. L'un des principaux avantages de mon emploi, à savoir la possibilité de moduler le temps de travail et de nombreux jours de congés, rtt ou même bonus de temps libre "offerts" par mon employeur tendent au fil des jours à se réduire comme peau de chagrin. Je travaille, sans doute moins que ce que j'ai pu connaitre chez mes précédents employeurs mais tout de même beaucoup plus que ce qu'il m'a été demandé depuis trois ans que j'oeuvre pour le bien public et surtout dans l'intérêt de mon gentil employeur.
Il est vrai que j'ai gagné en compétences et en responsabilités et que cela me permet d'entrevoir chaque mois quelques émoluments intéressants mais j'ai connu lors de précédentes expériences un autre investissement intellectuel et des bonus pécuniers autrement plus substanciels pour ne pas me laisser charmer par les sirènes de quelques euros de plus à la fin de chaque mois.
Là, au coeur du marasme politico-socio-économique qui fait les choux gras des prophètes les plus pessimistes et autres altermondialistes alarmistes, je sors de plus en plus de mon bureau, allant de sites en sites pour vérifier que la marche de la révolution mise en oeuvre par nos élites dirigeantes est effective et qu'aucun grain de sable ne vient pérturber cette mécanique parfaitement huilée.
D'ailleurs, en ce qui concerne l'huilage, je n'hésite plus à donner de ma personne. Glissant à tout va dans les interstices laissées par les habituels empêcheurs de comploter en rond, je lubrifie verbalement comme il est recommandé de le faire dès l'instant où le passage par lequel vous avez prévu de cheminer s'avère compliqué... J'enchaine les représentations pour prêcher la bonne parole et m'assurer le soutien des ouailles dont je fais tout compte fait moi même partie, ayant renoncer à ne pas me tirer une balle dans le pied. Je fais le grand écart entre déontologie et application de la politique d'entreprise pour une paie (proportionnelement) ridicule et une reconnaissance hiérarchique de façade.
J'ai aussi du abandonner ce luxe extrème qui consistait à pouvoir aller travailler chaque jour en jean, baskets et avec une barbe naissante (après avoir du renoncer à celui de pouvoir aller travailler à pied) et ce même les jours de réunion importante avec la crème de l'encadrement. Les cols de chemises sont dorénavant quasi-systématiques, les chaussures de ville cirées quotidiennes, histoire de coller avec mon nouveau rôle mais aussi de me voir dans le reflet de celle-ci redevenir peu à peu celui que pourtant je ne voulais plus être... A peine puis-je me laisser aller à arborer une barbe de deux jours une fois tous les deux mois lorsque par miracle je n'ai pas du renoncer à un ou deux jours posés il y a cinq mois du fait d'une réunion de crise en région ou de la charge de travail qui ne le permet pas. Et je ne m'attarde même plus sur le fait qu'on me fasse parfois annuler la veille des jours qu'on m'avait invité à posé des mois auparavant pour plus de visibilité.
Et pourtant, j'y crois encore. Un peu.
Le soir en semaine, je ne sors plus que très rarement, commencant de toute façon à bailler à partir de dix heures et gardant pour les week-ends mes envies de vie sociale et d'ennivrement des sens. Je ne suis pas à plaindre, j'ai globalement tout ce qu'un jeune homme de mon âge peut rêver d'avoir d'un point de vue matériel à l'exception peut être de la voiture mais cela ne saurait tardé. Et pourtant...
Là devant mon téléviseur écran plat d'un smic et quelques mis en valeur par un salon cosi, dans le confort douillet de mon appartement soigneusement mis en scène, les pieds dans de chauds et doux chaussons dont les couleurs sont coordonnées avec le triptique de toiles, point de départ de la gamme chromatique des objets qui peuplent mon quotidien, il m'arrive de rêver d'ailleurs. D'autre chose.
L'autre soir, alors que je regardais sur le service de télé à la demande une emission de grande qualité conçue et présentée par Yann Arthus-Bertrand, j'écoutais sa voix de conteur mélancolique et faussement optimiste me dire que le paysage merveilleux qu'il offrait à mon regard incrédule était voué à disparaître, comme mille autres lieux déjà souillés et parfois même détruits par la main de l'Homme. Je le regardais me presentant un incroyable aventurier brésilien qui se voulait être le conservateur d'un musée vivant formé par une civilisation sur le point de disparaitre. Des hommes vivants comme nos ancètres dont notre société moderne finira par causer la perte, comme s'il fallait à toute fin renier un passé dont les valeurs simples provoquait un sentiment aujourd'hui honteux, le Bonheur. J'écoutais ce scientifique suisse, Chantre de la préservation de la nature ayant quitté les vaches à cloche pour Madagascar avec pour seul bagage sa mitre et son couteau (suisse lui aussi, naturellement) défendre avec conviction sa théorie selon laquelle intérêts économiques et écologiques ne sont pas contradictoires, loin s'en faut. Puis au milieu de ces mille paysages à vous couper le souffle apparurent les Baobabs, géants sortis de terre évoquant une force et une puissance toutes relatives, ceux-ci étant apriori eux aussi condamnés.
Là, face à ce paradoxe dont l'énigmatique beauté stoppa net l'élan qu'avait pris ma main pour porter à mes lèvres un magnum miel amande dont je ne fais habituellement qu'une bouchée, pour la première fois de ma vie, cet autre chose sur lequel je ne parvenais pas à mettre des mots fut soudain une évidence.
Alors que mon regard s'était détourné de l'écran et que je me demandais si mon accomplissement passait vraiment par cette vie matérialiste et superficielle qui ne me permettait pas de me confronter aux mille merveilles d'un monde qui justement n'attendait pas après moi pour sombrer inéluctablement dans le néant et priver peu à peu ses habitants des choses qui ont réélement une valeur, il m'était impossible de ne pas fixer la porte d'entrée.
Et de me demander ce qui m'attendait derrière...
Commentaires
Lynchage
OU COMMENT ORGANISER UN LYNCHAGE AVEC L ARGENT PUBLIC, QUESTION DE POUVOIR ? (Chut, ils n'en parlent pas sur rtl et les gens son si bêtes...) http://fr.techcrunch.com/2008/12/23/fr-10-manieres-de-traiter-les-trolls/ Avis et merci pour l'espace d'expression.
ben ç a va pas mieux
enfin je constate avec plaisir que tu as su consacrer un peu du rare temps qu'il te reste à l'écriturage (ation?) et j'en suis fort ravie.
ben chouchou, t'es mûr pour le billet sec, le sac à dos et l'Asie, je te le dis.
Profite avant d'avoir femme et enfants, en terme de décisions c'est sans doute ce que j'ai fait de mieux après MissCaca. Des souvenirs pour all life et au moins la certitude d'être sorti du train-train et d'avoir vu VRAIMENT autre chose
zoubi
Envie d'ailleurs? moi j'appelle ça "la fuite en avant"... tentant n'est-ce pas? toi qui le peux encore, fonces et ne te retournes pas...
Enfin une note!
Bienvenue au club! Il est bon de se poser des questions. Il est bon de se demander si ce qu'on fait, ce qu'on vit est vraiment ce que nous voulons, ou est ce qu'on s'est juste laissé emporter par le tourbillon de la vie sans se battre...tu nous dis quand t'as trouvé la réponse. Moi je préfère les magnum au chocolat blanc! miam
Chère Nina,
De rien. Il faut croire que c'est le prix à payer quand on est momentanément "exposé".
Chère Miss 400,
Si, je t'assure. En tout cas, ca ne va pas plus mal :) Je ne songe pas à l'Asie, toujours est-il que cela revient souvent ces temps-ci... Pour l'instant, je me tiens en me disant qu'il s'agit d'un souhait conjoncturel. Si cela tendait à devenir toujours plus présent, récurent, je ne sais pas encore de quel façon je le gérerais.
Chère Lilau,
C'est justement ca le problème, c'est que je ne peux pas le faire. Pas pour la même raison que toi, mais pour des raisons diverses...
Chère zygaena,
Ravi de te retrouver ... Quand je trouve la réponse, j'en parlerai sans doute. Ou justement j'arrêterai de parler ici. J'en ai aussi au chocolat blanc, double choco, j'suis un fan ;)
Un bien beau billet, j'aime beaucoup.
Il n'est pas nécessaire d'aller très loin parfois pour sortir de son quotidien, se ressourcer un peu et avoir la force de repartir en avant.
Si si je t'assure :))
BRAVO
ah...que ces mots me font du bien..si..si.j'aime et le dit..merci!!!!
http://anjelik.canablog.com/
ben oui su parfois tu as envie d'une balade (j'ai constaté que l'adresse s'affichait mal)
ici Baladine du com précédent...moi aussi je rêve en image , en couleurs ,en musisque du soleil plein le coeur et tant pis si ça ne plaît pas aux "râleurs"..(sourire) + bientôt*
désolée
ça marche toujours pas...peut être celui ci?
Je t'aime tu sais.
Chère Cloudy,
Tout d'abord, sois la bienvenue.
Merci :) Rassures toi, tu prêches un convaincu, j'ai moi même un ou deux endroits pas si éloignés où je vais parfois pour m'aérer.
J'ajoute que je commente très rarement les blogs des lecteurs ici mais j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir en partie le tiens. Ton style léger et élégant est pour le moins surprenant... et très agréable.
Chère Baladine,
Si je ne m'étais moi même aperçu de quelques disfonctionnements au niveau des liens, je serai tenté de croire que tu voulais absolument t'afficher ;) Merci en tout cas.
Chère Gaëlle,
Je l'ignorais. Mais comme je te comprends :p
Plus sérieusement, tu dis ca parce qu'on ne se connait pas. Je te propose donc d'entrenir cette méconnaissance afin que notre amour fantasmé jamais ne s'éteigne.
En vrai, je devrais m'émouvoir des déclarations d'amour d'inconnues, même au 23ème degré. Mais non.
ch'uis d'acc avec miss400 (ça change) profite tant rien ne te retient : sac à dos et Jack Kerouac.
genre tu te pointes dans un aéroport et tu prends le premier billet d'avion qui te tombe sous la main sans choisir la destination.
Chère blondinette de mon coeur,
J'y songe de plus en plus...
bin je serais triste mais bon, c'est sans doute la bonne période pour ça...
Chère Blondinette,
Triste ? Faut pas, d'une part parce que je suis globalement quelqu'un de raisonnable et que mon emploi me permet d'envisager ca sereinement (c'est à dire partir mais pour mieux revenir, en conservant mon poste tt ca tt ca) mais qu'il faut du temps pour préparer tout ca (professionnelement parlant j'entends). Certes, ca fait moins aventurier mais j'm'en moque, j'suis du genre aventurier prudent ;)
Ensuite parce que pour le moment, rien n'est fait et que des paroles aux actes dans ce genre de situation, il coule parfois pas mal d'eau sous les ponts.
Ensuite parce que je ne partirais pas sans vous dire au revoir à toi et ta jumelle. Puis Orange fait des options Monde alors on s'enverra des sms tt ca tt ca.
Enfin parce qu'aussi étrange que celà puisse paraître, la vie sans moi est possible. Au pire, t'as qu'à viendre avec moi, t'es trop coule comme fille puis ca sera quand même super pratique si à un moment donné il fallait faire du stop dans la vallée du Panshir (tu vois que parfois, j'sais carrément pas parler aux blondes).
Bien que les blondes là bas, j'suis pas sûr qu'ils en soient fans. En même temps c'est difficile à dire, tout le monde porte des burkas !
