26 juillet 2008
On compare ?
Etonnament, lorsque les femmes tentent de décrire le voile de compléxité dont peuvent parfois se parer les relations entre individus de sexe masculin, relations justement caractérisées dans l'inconscient collectif par leur simplicité, elles utilisent parfois de drôles d'exemples. Comme le veut notre société moderne et son culte associé de la performance, le vocabulaire employé est davantage de l'ordre du quantitatif que du qualitatif et il n'est pas rare de voir des chiffres illustrer quelque chose que l'on pensait pourtant échapper à la science et à la pensée cartésienne. Et tu l'as bien compris lecteur chéri, si je te parle ici de taille, celle qui est évoquée est rarement celle de l'ego, du besoin de reconnaissance ou d'intéret qui se cache pourtant derrière la référence à l'éventuelle prohiminence d'attributs physiques que la croyance populaire conceptualise comme siège de la virilité.
Et pourtant il existe mille autres domaines où nous, les hommes aimont à nous "tirer la bourre" avant d'en arriver à l'arme ultime qu'est la comparaison physiologique des organes reproducteurs. D'abord parce qu'il y a quand même plus important et motivant dans la vie et que nous sommes un tant soit peu civilisés. Ensuite parce qu'on ne sait jamais à quoi l'on risque de se heurter et même les plus vernis des hommes ne peuvent décemment pas prétendre qu'ils ne croiseront jamais le chemin d'un être dont la "prestance" leur sera très nettement supérieure.
Figures toi cher lecteur qu'avec toute l'objectivité et la capacité à prendre du recul concernant les choses qui me concerne, je pensais stupidement échapper à ce schéma pourtant éprouvé par des millions de mes congénères. Il aura fallu pas moins de deux jours chez ma meilleure amie pour me rendre compte que tout être exceptionnel que je fusse, je ne pouvais malheureusement pas me soustraire au détérminisme génétique, à la stupidité masculine et aux rites qui en découlent.
Chez Lucie , le week-end dernier. Nous parlions elle, sa soeur et moi d'une soirée précédente chez des amis communs en attendant Julien, le beau-frère de Lucie, le copain de sa soeur (comment ca j'me repete ?) et accessoirement l'un des mes très bons amis. Ce debriefing était pour nous l'occasion de critiquer quelque peu les nouvelles têtes dont nous avions fait la connaissance. Et là, Lucie dit que ce qui l'a le plus amusé, c'est la façon dont Julien et un autre jeune homme présent ce soir là ont tour-à-tour essayer de se faire mousser, bataillant chacun de manière ridicule pour essayer d'avoir la vedette en offrant à l'assistance un spectacle risible et divertissant. Et sa soeur de confirmer et de dire qu'elle trouve vraiment ca marrant de voir son cher et tendre se livrer à l'exercice sans même s'en aperçevoir.
Je m'empresse d'exprimer mon étonnement et tente de défendre mon Juju, sans doute mue par d'obscures motivations de défense des absents et par extension des opprimés (toi qui me lis depuis longtemps, tu sais que défendre la veuve et le Julien, c'est carrément mon genre!) plus que par l'amitié pourtant profonde que je lui porte. Et de leur dire n'avoir rien remarqué de tel et que c'est sans doute eux qui ont eu une vision quelque peu déformée de la réalité.
C'est à ce moment précis que j'ai moi-même tendu le baton pour me faire battre, ne me rendant là aussi compte ni de ce qui se passait, ni du procès qui m'attendait.
Car lorsque je me suis naivement mis à disserter sur le fait que pour ma part, je n'étais absolument pas dans cette logique et que je ne voyais d'ailleurs pas quel intérêt il pouvait y a voir à se tourner en ridicule en essayant justement de donner une belle image de soi, on m'a vite recadré à l'aide d'exemples divers et variés. Et j'ai découvert que moi aussi, j'étais ("je suis") un abruti vaniteux à tendance machiste.
"Rien que Juju et toi, vous semblez toujours être en compétition" a dit Lucie, d'un ton calme et avec un sourire amusé qui ne laissait aucun doute sur la véracité de ses propos.
Je serai donc comme ca ? Moi ? Avec Juju ?
Est-ce parce que depuis que je me suis mis au golf, il s'est lui aussi lancé et que lorsque nous avons un parcours de prévu ensemble, je redouble d'efforts à l'entrainement précédent la séance pour être sûr de conserver sur lui l'avance que j'ai toujours eu?
Est-ce parce que depuis ma grande réorientation professionnelle, il gagne plus que moi et que j'ai l'impression qu'il semble vouloir me le montrer à toute fin alors qu'étonnament, je vis mieux que lui et que pour ma part, lorsque la situation était inversée, je ne me suis jamais essayé à lui faire ressentir?
Est-ce parce que j'ai deux fois plus de congés que lui et que lorsqu'il m'appelle le vendredi après-midi en plaisantant sur le fait que je sois probablement en RTT, je le suis effectivement une fois sur deux ?
Est-ce parce qu'il roule en allemande et ne se moque plus de ma française depuis qu'il sait que je vais changer pour celle qu'il aimerait , et qu'il se pose sérieusement la question de changer lui aussi quand sa marge de manoeuvre financière n'est pas si grande ?
Est-ce parce que depuis qu'on se connait, il a cette stabilité dont je rêve et que je n'ai pu trouvé, et que lui de son côté regrette d'avoir eu une seule relation quand j'en enchainais quelques unes ?
Est-ce parce qu'après m'être moqué de lui pendant pas mal de temps parce que son capital capillaire rétrécissait comme peau de chagrin, il peut désormais se moquer du miens qui commence à péricliter ?
Est-ce parce que depuis qu'il sait que je tiens assez longtemps au footing, il s'escrime à toujours (prétendre...) courir plus longtemps que moi ?
Ou est-ce parce qu'il ne supporte pas le fait que je sois plus grand que lui et qu'il a de ce fait et selon sa belle un problème de positionnement malgré l'amitié qu'il me porte ?
Je n'en sais rien. Lucie et sa soeur elles par contre ont leur petite idée. Et pense que c'est effectivement pour toutes ces raisons et pour un bon millier d'autres que je n'suis qu'un homme faillible et comme les autres qui ne peut s'empecher d'entretenir une "saine" (le mot vient d'elles, je n'ai malheureusement pas su décrypter le ton avec lequel elles l'ont dit pour savoir s'il s'agissait vraiment d'ironie) concurrence avec ses congénères, à plus forte raison s'il les apprécie.
Et dire que je l'ai défendu ce petit con ! Quand j'pense qu'on me reproche le fait d'être un homme par sa seule et unique faute. Et qu'en plus, me voilà conscient d'un défaut supplémentaire. Avec tout ca, si la prochaine fois qu'on se voit il a en plus le malheur de jouer mieux que moi, j'lui écrase mon Fer7 sur le crane (qu'il a dégarni, je le repete). Je te vois d'avance t'offusquer? Pourtant, j'trouve ca nettement plus sain que d'en arriver à l'extrémité (si je puis dire) de la comparaison physiologique.
Non ?
17 juillet 2008
Parce que maintenant, je n'ai plus peur des chiens lorsque je cours
Un grand philosophe français, Sacha Distel faisait il y a quelques années l'apologie d'une alimentation très en vogue à l'heure actuelle en parlant de pommes, de poires et de scoubidous (bidous, ha...), laissant déjà présager de ce qu'allait être l'avenir de ses nombreux fans, à savoir ne plus pouvoir avaler comme seule nourriture que les fruits en question après qu'une sympathique auxiliaire de vie les ait précautionneusement passés au mixeur. L'addiction au viagra en plus, les scoubidous en moins.
On pouvait alors se laisser aller à croire en une retraite paisible, loin de toute contrariété et autres jeunes racailles n'en voulant qu'à son sac à main.
A mille lieues de ce qui se fait aujourd'hui. Car dans une chambre double insalubre d'un service de gériatrie, personne ne vous entend crier (Oui, deux posts de suite que je la case celle-là, je l'aime bien. Faudra t'habituer à la voir décliner à tout bout de champ)...
Tout commence par la sonnerie du réveil le matin, à six heures, comme du temps où il fallait se lever pour aller à la mine l'usine gagner de quoi payer des mistrals gagnants au gamin dont la seule aspiration était de devenir un hippie, un junkie ou pire encore, un étrange mélange des deux à savoir un rocker portant un cuir noir pour se donner mauvais genre.
Là, sur la table de nuit, entre le réveil Radiola lui aussi fatigué et la photo des noces d'or qui prend la poussière (un peu comme l'institution du mariage dans son ensemble d'ailleurs) se dresse fièrement le plus fidele des compagnon. Depuis son écrin de verre, il me fait agréablement commencer la journée en m'offrant un sourire désintéressé avant que je ne m'en saisisse delicatement pour le mettre en bouche. Et ce petit arrière gout de Steradent n'y change rien, je l'aime ce dentier!
Le premier pied posé à terre et les douleurs articulaires associées me rappellent hélas que mes membres n'ont malheureusement plus leur vigeur d'antant. En même temps, quand à mon âge au réveil on a mal nulle part, c'est qu'on est mort.
La journée commence sur les chapeaux de roue avec deux biscottes beurrées follement trempées dans du Régilait en se déléctant de cette formidable émission qu'est Télématin, peut-être l'une des dernières émissions intellectuelles du service public avec Les Zamours (ce Tex c'est un peu le Louis de Funès des temps modernes, en un peu moins raffiné...). Et sans doute l'un de mes derniers plaisirs télévisuels intenses depuis l'arrêt de Pyramide et la mise à la retraite forcée du pétillant Patrice Lafont.
Vient ensuite le moment délicat de la douche où il s'agit de faire attention en montant dans la baignoir, histoire de ne pas rapidement satisfaire cette ribambelle de petits cons qui n'en veulent qu'à mon héritage en me fracassant malencontreusement le crane sur l'émail ou en jouant les Claude François de bas étage en tentant d'optimiser le temps en mélant douche et rasage au philishave modèle 1971 (le modèle filaire, non étanche et dépourvu de prise de terre. On a le goût du risque ou on ne l'a pas).
Frais, dispo et parré d'une cravate, d'une chemise ou d'un sous-pull marron et d'une veste qui feraient palir d'envie Horst Tapper (Alias l'acteur incarnant Derrick, jeune inculte), me voilà prêt à affronter la jungle urbaine... et à traverser la rue pour aller faire mes emplettes au Petit Casino. Là, alors que nous sommes à l'heure de pointe où les actifs vont emmenés leurs enfants à l'école avant de courir au bureau, je leur montre quel bonheur ils auront à être vieux et intouchable. Et c'est avec un plaisir non dissimulé que je mets quinze minutes à traverser avec ma canne à seulement dix mètres du passage piéton le plus proche et justement au moment où le "petit bonhomme" est au rouge, histoire qu'ils aient bien le temps d'admirer mes nouveaux mocassins à pompons achetés sous Mitterand.
Le gérant du petit Casino m'accueille certes à bras ouverts mais n'a hélas pas le temps de m'aider quand je lui demande de me sortir du sommet du rayon un paquet de croquettes friskies qu'il aura pourtant l'audace de me vendre au prix auquel s'échange un rein sain sur le marché noir des organes humains. Ainsi, lorsque je sors de l'échoppe en le saluant et en le remerciant d'avoir pris en un panier de course l'équivalent du tiers de mon minimum vieillesse, je ne peux m'empecher d'avoir un pincement au coeur alors que celui-ci ne me jette pas un regard, trop occupé qu'il est à draguer la factrice venue s'accoquiner comme chaque matin depuis que son Mari la trompe avec le boucher. C'est aussi ca être vieux, il 'y a pas besoin d'acheter Voici, les potins du quartier suffisent amplement à nous divertir.
10h20. Me voilà rentré. Le pendule de la comtoise égraine les secondes avec un son envoutant. Il ne me reste plus qu'à m'installer devant la télé et à attendre patiemment que le temps passe, aidé en cela par la présence bienveillante de France 3 et de son journal régional consacré à la fête du boudin à Sucrey-les-Frèzes, du 13h de Tf1 et de son Jean-Pierre Pernaut terrifiant lorsqu'il parle des jeunes de banlieue, de Rex et de son générique digne d'une série B argentine et milles autres programmes tous aussi merveilleux que soporifiques.
Vers 19h parfois, le téléphone me réveille et ce qui pour moi sonnait comme l'espoir d'entendre mon petit fils appeler pour me quémander un peu d'argent disparait rapidement au profit d'un téléconseiller bien décidé à me vendre un adoucisseur d'eau, un appartement en multi-propriété ou pire: un abonnement de téléphone portable quand je ne me suis pas encore mis au minitel...
Là, Youki, mon teckel (le même que Paris Hilton, oui, en dépit de ce que je t'ai dit tout à l'heure, j'achète quand même Voici, ca fait travailler ma mémoire de me rappeller qui couche avec qui) me regarde avec ses grands yeux devant lesquels je fonds irrémédiablement pour que je le sorte. Et comme à l'accoutumée, je m'execute.
Mais ce soir, ce n'était pas vraiment comme d'habitude. Au coin de la rue, j'ai manqué de me faire renverser par un grand échalat qui marchait, s'astreignant sans doute aux quelques minutes de marche récuperatrice obligatoire après avoir fait son footing. Il cheminait nonchalament, dans sa tenue de sport accentuant ses airs de géant, en nage, le regard comme perdu du fait de l'état second dans lequel le maintenaient les endorphines. Il m'a regardé avec stupéfaction, comme soulagé d'avoir éviter de malmener un charmant monsieur au sourire malicieux et au dos vouté qui promène avec tendresse son teckel aussi grand qu'une de ses chaussures de Running. Là, Youki s'est rué sur lui sans raison particulière et lui a fait la fête. Je les ai regardé en souriant. Pour la forme, je me suis excusé en rappellant mon chien sans pour autant insufler à la phrase ce souspon d'autorité qui l'aurait fait revenir immédiatement, trop amusé de le voir faire à un autre cette démonstration de joie qu'habituellement il me réserve.
Là, contre toute attente (les jeunes d'aujourd'hui, ils s'en foutent de tout, même des chiens tout mignons) le jeune homme s'est baissé pour caresser Youki et de sa voix la plus rassurante m'a dit:
- Il n'y a pas de mal Monsieur. Rencontrer un chien qui aime les joggeurs est un fait assez rare pour être souligné.
J'ai souris, à nouveau, il a d'ailleurs du croire qu'il s'agissait pour moi d'un état permanent, comme si mon visage marqué par le temps ne pouvait afficher d'autre expression. Seulement, en se relevant, il sembla croire que ce n'était pas à lui que je souriais. Mais à Youki, comme emerveillé par celui qui était désormais ma seule raison de vivre.
Alors qu'il s'éloignait en lancant un "Bonne soirée Monsieur" que je lui retournas poliment, il sembla s'interroger sur ma vie. Il se disait sans doute que j'avais du travaillé toute ma vie, que j'avais eu le bonheur d'avoir des enfants qui désormais ne me regardaient plus. Que j'avais sans doute perdu ma femme et quelque part "mon monde" et que ce fragile tekel représentait désormais tout ce pour quoi je continuais à me lever chaque matin. La seule et unique chose qui en dehors de la force de l'habitude me poussait à me raser de près, à choisir avec soin et coordonner mes vetements , à sortir de chez moi, à vivre tout simplement.
Il me semble avoir vu dans les yeux de ce jeune homme cette gène que j'eu moi même à son âge dans des circonstances quelque peu comparables, cette terrible constatation que le temps n'arrangeait rien et ce refus catégorique de vieillir. J'ai cru plus jeune que je le voulais, pour voir enfin de quoi serait fait demain, avoir la maturité nécéssaire à l'appréciation de cette formidable aventure qu'est la vie. Mais c'était faux.
Ne va pas croire que j'ai peur de la mort, à mon âge (comme au sien d'ailleurs) ca serait quand même dommage. Reste que tout comme moi, il ne veut pas vieillir, il ne veut pas finir seul et ne l'avait sans doute jamais réalisé avant ce soir de Juillet. Et finir par être loin de ceux qu'il aime, par la force des choses. Il ne le veut pas, étant pourtant conscient du fait qu'il n'aura pas le choix...
Parce que lorsqu'on considère tout ce que l'on pourrait manquer en disparaissant prématurement, vieillir reste un moindre mal. Et la seule et unique façon d'être sur d'avoir fait son possible pour mordre la vie à pleine dents. Tout du moins du temps où l'on en avait encore...
11 juillet 2008
"Ca y est c'est le week-end"...
Le vendredi après-midi.
Au bureau.
Comme tous les vendredi après-midi, je me suis arrangé pour ne rien faire en m'planquant dans mon bureau sans en sortir de peur d'avoir à bosser pour donner l'exemple alléger quelque peu mon emploi du temps et jouir comme il se doit de cette nonchalance de fin de semaine tolérée dans la plupart des boites françaises.
Ainsi, alors que je me tiens paisiblement à mon poste, rêvassant devant les gouttes de pluie ruisselant sur la vitre tout en faisant semblant d'écouter avec attention ma collègue Carole venue me parler pour elle aussi tuer l'ennui (alors que franchement, sa vie, ses filles qui vont rentrer au collège et sa passion dévorante pour des sujets brulants tels que les soldes ou le nouvel album d'Enrique Iglesias, je m'en tape comme de ma première feuille de RTT), je ne peux m'empecher de rêver à autre chose...
Là, dans ce bureau avec vue imprenable sur le parking vide qui me fait me demander pourquoi je n'ai pas posé ma demi-journée et alors que je m'escrime à fabriquer à Carole un magnifique collier en trombones comme pour mieux l'aider à partir vite et à revenir tard en lui faisant comprendre par ce cadeau cheap au possible que sa compagnie n'est pas des plus agréables, je rêve au week-end que je peux presque toucher du bout des doigts, à la fois si proche et si lointain.
Proche parce que finalement, l'un des luxes que me confère ma place et mon employeur, c'est d'être dans les faits en week-end le vendredi midi, l'activité du vendredi après-midi étant proche de zéro. Lointain parce passer plusieurs heures à ne rien faire, c'est beaucoup moins fun que ca en a l'air. Et dans le dédale des couloirs déserts et des bureaux abandonnés d'une agence le vendredi après-midi, personne ne vous entend crier...
Je sais ce que tu te dis mais contrairement à la croyance populaire, je passe toute la semaine la tête dans le guidon et le vendredi après-midi, c'est pas tant que je n'ai pas de travail en attente, c'est juste que j'arrive presque à chaque fois à saturation. Et que le besoin d'être en week-end devient une obsession. Et puis si tu penses que je suis vraiment un glandeur, laisse moi te dire que tu te trompes totalement...et que ta jalousie ne m'atteint pas!
Alors, chaque vendredi, au milieu des dossiers qui s'entassent, des post-it recouvrant l'écran plat comme pour atténuer sa luminosité et me mettre en condition à l'aube du sacro-saint moment de relâche hebdomadaire, je m'autorise à me perdre dans mes pensées, m'imaginant quel merveilleux week-end je vais passer.
Je sais ce que tu te dis (Oui, ca fait deux fois mais si tu viens souvent ici, tu as appris à te faire à l'idée que je suis en effet omniscient, que deux c'est mieux et que de toute façon comme je t'aime, je ne compte pas): Ce Blackmilk a sans doute une vie merveilleuse faite d'expériences de vie incroyables et ses week-ends ressemblent probablements à d'intenses moments de bonheur, hors du temps et libres de toute contrainte que le commun des mortels n'approchera malheureusement pas, ne serait-ce qu'en rêve.
Et tu n'as pas tout à fait tort. Depuis mon célibat, je ne crois pas avoir passé un seul week-end entier chez moi. Les soirées s'enchainent et mon entourage d'autrefois se réapproprie ma compagnie, ma famille goûte à nouveau au plaisir de ne pas se contenter de me voir une fois par mois, mon compte en banque (en fait surtout mon banquier) se ravit de ces escapades à répétition et j'ai finalement l'impression de ne pas beaucoup toucher terre. Alors pendant un moment, c'est vraiment excitant et relaxant mais il vient forcémment un moment où l'on a besoin d'autre chose.
Ce week-end donc, je profite de moi! Tout commencera par un petit footing en rentrant, histoire d'évacuer le stress de l'après-midi causé justement par le manque d'activité. Ensuite, je pense m'autoriser ce que je ne me suis pas permis depuis des semaines, à savoir commander une pizza, l'accompagner d'une bière mexicaine et voir si elles et moi nous faisons bon ménage sur mon canapé à la lueur tamisée de la télévision. En plus ce soir, il y a KohLanta et Thalassa sans parler de deux ou trois émissions de télé-réalité américaines pleines d'ados attardés et bodybuildés qu'il doit y avoir comme toujours sur la Tnt (le jour où le ministère de la culture impose des quotas de productions françaises comme ce qui se fait déjà à la radio, c'est la mort de la Tnt...). Du rêve donc, rien que du rêve, il y a des chances pour que la pizza se laisse endormir par tant d'exotisme et d'exhaltation intellectuelle.
Demain matin, psicine, sauna, jacuzzi, aller et retour à pied histoire de flaner un peu en ville, déjeuner sur le pouce avant des retrouvailles annoncées avec celle que je délaisse depuis trop longtemps (des semaines que je ne l'ai pas touché, je serai encore plus doux que je ne le suis à l'acoutumée): ma Wii. Sans doute un peu de lecture et beaucoup d'oisiveté, le soir un ciné avec une amie, le dimanche un peu de ménage avant de profiter du bonheur de ne rien faire. Du bonheur je te dis, rien que du bonheur.
Lundi golf puis déjeuner avec mon Juju qui descend exprès pour l'occasion, et Dieu sait que ca nous fait du bien de nous retrouver parfois sans nos chères et tendres (enfin en ce qui me concerne du temps où j'en avais une). Et puis un après-midi dont le programme reste à determiner avant un probable footing et une nouvelle soirée en tête à tête avec moi-même.
Oui, je sais, bien loin de l'idée glamour que l'on pourrait se faire d'un week-end passé en tant que jeune homme célibataire, libre et insouciant.
Et pourtant moi ce week-end, j'en rêve déjà, j'en ai besoin avant de repartir sur un rythme plus soutenu. Et si tu trouves ca triste et ne comprend pas qu'on puisse passer un week-end sans se mettre minable ou sans se livrer à tout un tas d'acte que la morale réprouve, je ne t'en veux pas. Sache juste que tu passes selon moi à côté de quelque chose.
Mais dis moi, toi, ca ressemble à quoi un de tes week-ends type ?
07 juillet 2008
Un parfum de déjà vu...
Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Ainsi au hasard des rencontres ou des lieux visités, on se prend parfois à succomber à un parfum familier, celui d'une personne, celui d'un lieu, celui que notre esprit associe immédiatement à des faits appartenant à notre vie passée, comme pour mieux confirmer la théorie de Proust et de sa fameuse madeleine.
Qui n'a jamais croisé au détour d'une promenade en ville une inconnue portant le même parfum que l'amour qui à quinze ans semblait parti pour durer toute une vie ? Qui ne s'est jamais surpris à sentir en entrant dans une libairie de quartier ou dans un grenier s'offrant à l'exploration l'odeur de l'encre si particulière, revenant instantanement à cette époque formidable où la lecture se laissait docilement apprivoiser par le biais des premiers livres de Tintin offerts par des parents aux yeux brillants d'émotion et de fierté?
J'ai pour ma part toujours eu un rapport aux odeurs pour le moins particulier et cela s'explique sans doute plus par mon amour de ce sens transmis par ma mère que par ce nez prohiminent dont elle est aussi à l'origine.
Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Je n'oublierai jamais l'odeur des peintures et dilluants planant dans le garage de mon grand-père que nous allions voir travailler chaque mercredi avec ma grand-mère qui alors nous gardait et été trop fière de ce qu'ils avaient construit pour ne pas tenter de nous transmettre le virus de l'automobile. Vingt ans après, j'ai toujours un sursaut lorsqu'au cours de mes rendez-vous professionnels ou des "rencontres" opérées cà et là, mon attention est attirée par le Vétivert de mon père que je ne pus que trop rarement sentir lorsque je n'attendais que cela. Le fumet des crèmes au caramel de ma mère me ramène encore aujourd'hui à notre enfance merveilleuse, préservée et insouciante où nous n'avions pourtant pas encore conscience de notre chance. L'odeur de netteté, d'aseptisation flottant dans les couloirs de l'établissement qui fut la dernière demeure de ma grand-mère me fait encore froid dans le dos lorsque je me rends malgré moi en milieu hospitalier.
Pourtant, plus encore que ce pouvoir révélateur qu'ont les parfums et arômes s'offrant à chaque instant à mes terminaisons olfactives aiguisées, je suis bluffé par l'influence qu'ils ont sur les dimensions les plus incontrôlables de notre vie, à savoir le pathos, l'affect et finalement l'amour. En tout cas en ce qui me concerne. En effet, chaque fois qu'une jeune femme bien sous tout rapport (ou pas...) s'est escrimée à devenir "la femme momentanée (Non ce n'est pas du cynisme, c'est de l'empirisme, nuance) de ma vie" et y est parvenue, elle s'est une fois mon coeur conquis secretement jurée de me faire changer de parfum en déclarant adorer le mien mais en proposant comme par hasard d'aller voir si j'voulais pas qu'on aille me choisir un parfum alors qu'à l'origine nous arpentions les parfumeries pour lui en trouver un.
La première fois, ce n'est pas plus perturbant que ca mais lorsque cela se répète, tu ne peux t'empêcher de te demander s'il s'agit d'un phénomène propre à toutes les femmes amoureuses.
Quid de ce rituel me diras-tu ? Est ce une façon de céder à ses instincts en tentant de protéger sa propriété et en affirmant sa présence par un signe distinctif ? Est-ce au contraire une façon d'effacer ce qui avait été fait par une autre en se laissant aller à la même pratique ? Ou bien est-ce tout compte fait un moyen de s'approprier l'autre en lui montrant qu'il ne contrôle désormais plus rien, histoire de le mettre au parfum ?
Je ne le sais pas et ca n'a en fait pour moi que très peu d'importance. Je me plie volontiers à l'exercice, d'une part parce que céder du terrain sur quelque chose qui n'a pas une importance décisive permet d'endormir quelque peu d'autres volontés de changement radical (Certaines ont voulu me faire changer d'habitudes vestimentaires ou capilaires voire pire, aucune n'y est vraiment parvenue). Ensuite parce que porter un parfum faisant craquer sa chère et tendre, c'est quelque part avoir les moyens de ses ambitions et qu'en amour, aucun n'ascendant n'est à négliger. Enfin parce que porter chaque jour une fragrance choisie par celle qui fait battre votre coeur, c'est un des petits plaisirs de la vie dont je ne souhaiterai en aucun cas me priver.
Après en avoir éprouvé quelques uns, je porte aujourd'hui Kenzo Jungle, agréable vestige frais et raffiné de l'ère mélusinienne. Je suis curieux de savoir quel sera le et par extension la future locataire de mon cou...
06 juillet 2008
Foudroyante réalité...
On a beau être de nature optimiste et voir de façon quasi systématique le verre à moitié plein, il y a des jours où l'on se demande s'il n'est tout compte fait pas rempli de cyanure juste pour que l'on mette une bonne fois pour toute fin à ce calvaire entre-coupé de trop rares moments de joies.
Loin de moi l'idée de défendre des théories suicidaires, j'aime trop la vie pour y porter atteinte, fut-elle aussi affligeante et désespérante que la mienne aujourd'hui. Car je te le dis comme je le pense, la vie est parfois à vomir et c'est tout de même assez incroyable de voir la résistance à la douleur dont peut faire preuve l'âme humaine.
Aujourd'hui, ou plus exactement il y a 48 heures, j'ai perdu une partie de ma vie, comme si le monde tel que je le connaissais venait de s'écrouler, me laissant seul, debout face aux éléments et à l'érosion qui, que je le veuille ou non aura ma peau. Et pourtant, tout semble intact. En moi notamment, autour de moi également. La terre tourne toujours, mon entourage n'a rien vu, même les plus proches et les plus rompus à la détection de signes extérieurs d'anéantissement blackmilkien n'ont rien vu, sans doute pour la première fois.
Et pourtant, je viens de perdre une partie de mon âme, là comme ca, dans l'indifférence générale, légitime puisque finallement j'ai choisi de ne rien montrer.
Alors j'ai besoin de l'écrire ici, comme pour pouvoir en parler quelque part, ne pas montrer ce déchirement et cette faiblesse qui me rongent de l'intérieur.
Tu sera gentil de ne pas réagir et de ne pas en tenir compte. Ici comme souvent, l'acte est purement égoïste et tu n'as pour seul rôle que celui du spectateur sur lequel je peux me vider. Et qui sait, peut-être expier.
Ne t'y trompe pas et ne l'oublie pas comme j'ai pu cette fois-ci encore le faire. Une personne et quelques mots peuvent venir à bout des meilleurs sentiments.
Prends garde...
