Je vis une époque formidable...

J’aurais pu me payer un psy, écrire un synopsis inspiré de ma vie, le vendre à Spielberg pour 15millions de dollars et vivre à La Barbade entouré de chèvres et de femmes nues…mais je préfère partager tout cela avec vous! Vous aimez les chèvres?

07 juillet 2008

Un parfum de déjà vu...

Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Ainsi au hasard des rencontres ou des lieux visités, on se prend parfois à succomber à un parfum familier, celui d'une personne, celui d'un lieu, celui que notre esprit associe immédiatement à des faits appartenant à notre vie passée, comme pour mieux confirmer la théorie de Proust et de sa fameuse madeleine.

Qui n'a jamais croisé au détour d'une promenade en ville une inconnue portant le même parfum que l'amour qui à quinze ans semblait parti pour durer toute une vie ? Qui ne s'est jamais surpris à sentir en entrant dans une libairie de quartier ou dans un grenier s'offrant à l'exploration l'odeur de l'encre si particulière, revenant instantanement à cette époque formidable où la lecture se laissait docilement apprivoiser par le biais des premiers livres de Tintin offerts par des parents aux yeux brillants d'émotion et de fierté?

J'ai pour ma part toujours eu un rapport aux odeurs pour le moins particulier et cela s'explique sans doute plus par mon amour de ce sens transmis par ma mère que par ce nez prohiminent dont elle est aussi à l'origine.

Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Je n'oublierai jamais l'odeur des peintures et dilluants planant dans le garage de mon grand-père que nous allions voir travailler chaque mercredi avec ma grand-mère qui alors nous gardait et été trop fière de ce qu'ils avaient construit pour ne pas tenter de nous transmettre le virus de l'automobile. Vingt ans après, j'ai toujours un sursaut lorsqu'au cours de mes rendez-vous professionnels ou des "rencontres" opérées cà et là, mon attention est attirée par le Vétivert de mon père que je ne pus que trop rarement sentir lorsque je n'attendais que cela. Le fumet des crèmes au caramel de ma mère me ramène encore aujourd'hui à notre enfance merveilleuse, préservée et insouciante où nous n'avions pourtant pas encore conscience de notre chance. L'odeur de netteté, d'aseptisation flottant dans les couloirs de l'établissement qui fut la dernière demeure de ma grand-mère me fait encore froid dans le dos lorsque je me rends malgré moi en milieu hospitalier.

Pourtant, plus encore que ce pouvoir révélateur qu'ont les parfums et arômes s'offrant à chaque instant à mes terminaisons olfactives aiguisées, je suis bluffé par l'influence qu'ils ont sur les dimensions les plus incontrôlables de notre vie, à savoir le pathos, l'affect et finalement l'amour. En tout cas en ce qui me concerne. En effet, chaque fois qu'une jeune femme bien sous tout rapport (ou pas...) s'est escrimée à devenir "la femme momentanée (Non ce n'est pas du cynisme, c'est de l'empirisme, nuance) de ma vie" et y est parvenue, elle s'est une fois mon coeur conquis secretement jurée de me faire changer de parfum en déclarant adorer le mien mais en proposant comme par hasard d'aller voir si j'voulais pas qu'on aille me choisir un parfum alors qu'à l'origine nous arpentions les parfumeries pour lui en trouver un.

La première fois, ce n'est pas plus perturbant que ca mais lorsque cela se répète, tu ne peux t'empêcher de te demander s'il s'agit d'un phénomène propre à toutes les femmes amoureuses.

Quid de ce rituel me diras-tu ? Est ce une façon de céder à ses instincts en tentant de protéger sa propriété et en affirmant sa présence par un signe distinctif ? Est-ce au contraire une façon d'effacer ce qui avait été fait par une autre en se laissant aller à la même pratique ? Ou bien est-ce tout compte fait un moyen de s'approprier l'autre en lui montrant qu'il ne contrôle désormais plus rien, histoire de le mettre au parfum ?

Je ne le sais pas et ca n'a en fait pour moi que très peu d'importance. Je me plie volontiers à l'exercice, d'une part parce que céder du terrain sur quelque chose qui n'a pas une importance décisive permet d'endormir quelque peu d'autres volontés de changement radical (Certaines ont voulu me faire changer d'habitudes vestimentaires ou capilaires voire pire, aucune n'y est vraiment parvenue). Ensuite parce que porter un parfum faisant craquer sa chère et tendre, c'est quelque part avoir les moyens de ses ambitions et qu'en amour, aucun n'ascendant n'est à négliger. Enfin parce que porter chaque jour une fragrance choisie par celle qui fait battre votre coeur, c'est un des petits plaisirs de la vie dont je ne souhaiterai en aucun cas me priver.

Après en avoir éprouvé quelques uns, je porte aujourd'hui Kenzo Jungle, agréable vestige frais et raffiné de l'ère mélusinienne. Je suis curieux de savoir quel sera le et par extension la future locataire de mon cou...

Posté par Blackmilk à 09:04 - Vis ma vie - Commentaires [11] - Permalien [#]



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