07 juillet 2008
Un parfum de déjà vu...
Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Ainsi au hasard des rencontres ou des lieux visités, on se prend parfois à succomber à un parfum familier, celui d'une personne, celui d'un lieu, celui que notre esprit associe immédiatement à des faits appartenant à notre vie passée, comme pour mieux confirmer la théorie de Proust et de sa fameuse madeleine.
Qui n'a jamais croisé au détour d'une promenade en ville une inconnue portant le même parfum que l'amour qui à quinze ans semblait parti pour durer toute une vie ? Qui ne s'est jamais surpris à sentir en entrant dans une libairie de quartier ou dans un grenier s'offrant à l'exploration l'odeur de l'encre si particulière, revenant instantanement à cette époque formidable où la lecture se laissait docilement apprivoiser par le biais des premiers livres de Tintin offerts par des parents aux yeux brillants d'émotion et de fierté?
J'ai pour ma part toujours eu un rapport aux odeurs pour le moins particulier et cela s'explique sans doute plus par mon amour de ce sens transmis par ma mère que par ce nez prohiminent dont elle est aussi à l'origine.
Il y a parfois des odeurs, des fragrances qui marquent une vie. Je n'oublierai jamais l'odeur des peintures et dilluants planant dans le garage de mon grand-père que nous allions voir travailler chaque mercredi avec ma grand-mère qui alors nous gardait et été trop fière de ce qu'ils avaient construit pour ne pas tenter de nous transmettre le virus de l'automobile. Vingt ans après, j'ai toujours un sursaut lorsqu'au cours de mes rendez-vous professionnels ou des "rencontres" opérées cà et là, mon attention est attirée par le Vétivert de mon père que je ne pus que trop rarement sentir lorsque je n'attendais que cela. Le fumet des crèmes au caramel de ma mère me ramène encore aujourd'hui à notre enfance merveilleuse, préservée et insouciante où nous n'avions pourtant pas encore conscience de notre chance. L'odeur de netteté, d'aseptisation flottant dans les couloirs de l'établissement qui fut la dernière demeure de ma grand-mère me fait encore froid dans le dos lorsque je me rends malgré moi en milieu hospitalier.
Pourtant, plus encore que ce pouvoir révélateur qu'ont les parfums et arômes s'offrant à chaque instant à mes terminaisons olfactives aiguisées, je suis bluffé par l'influence qu'ils ont sur les dimensions les plus incontrôlables de notre vie, à savoir le pathos, l'affect et finalement l'amour. En tout cas en ce qui me concerne. En effet, chaque fois qu'une jeune femme bien sous tout rapport (ou pas...) s'est escrimée à devenir "la femme momentanée (Non ce n'est pas du cynisme, c'est de l'empirisme, nuance) de ma vie" et y est parvenue, elle s'est une fois mon coeur conquis secretement jurée de me faire changer de parfum en déclarant adorer le mien mais en proposant comme par hasard d'aller voir si j'voulais pas qu'on aille me choisir un parfum alors qu'à l'origine nous arpentions les parfumeries pour lui en trouver un.
La première fois, ce n'est pas plus perturbant que ca mais lorsque cela se répète, tu ne peux t'empêcher de te demander s'il s'agit d'un phénomène propre à toutes les femmes amoureuses.
Quid de ce rituel me diras-tu ? Est ce une façon de céder à ses instincts en tentant de protéger sa propriété et en affirmant sa présence par un signe distinctif ? Est-ce au contraire une façon d'effacer ce qui avait été fait par une autre en se laissant aller à la même pratique ? Ou bien est-ce tout compte fait un moyen de s'approprier l'autre en lui montrant qu'il ne contrôle désormais plus rien, histoire de le mettre au parfum ?
Je ne le sais pas et ca n'a en fait pour moi que très peu d'importance. Je me plie volontiers à l'exercice, d'une part parce que céder du terrain sur quelque chose qui n'a pas une importance décisive permet d'endormir quelque peu d'autres volontés de changement radical (Certaines ont voulu me faire changer d'habitudes vestimentaires ou capilaires voire pire, aucune n'y est vraiment parvenue). Ensuite parce que porter un parfum faisant craquer sa chère et tendre, c'est quelque part avoir les moyens de ses ambitions et qu'en amour, aucun n'ascendant n'est à négliger. Enfin parce que porter chaque jour une fragrance choisie par celle qui fait battre votre coeur, c'est un des petits plaisirs de la vie dont je ne souhaiterai en aucun cas me priver.
Après en avoir éprouvé quelques uns, je porte aujourd'hui Kenzo Jungle, agréable vestige frais et raffiné de l'ère mélusinienne. Je suis curieux de savoir quel sera le et par extension la future locataire de mon cou...
Commentaires
il est des odeurs dont on se souvient toute sa vie.
j'espère que tu as choisi le bon parfum!
Chère Norzem,
Peut-on seulement un jour savoir s'il s'agit du bon ? Honnêtement, je n'en ai pour le moment choisi aucun, c'est une question laissée en suspens en attendant d'avoir réglé deux trois choses.
Comme tu dis, les odeurs marquent une vie. Et certaines sont représentatives de personnes précises, c'est pour ça qu'on n'aime pas les retrouver chez les autres. J'ai souvenir d'un d'un garçon qui portait L'Eau D'Issey, depuis, j'ai du mal à sentir ce parfum chez un autre. Voilà pourquoi on tente toujours de modeler un peu nos "hommes momentanés" de cette façon. Pas mal cette expression, je l'adopte si tu permets.
Comme tu dis, les odeurs marquent une vie. Et certaines sont représentatives de personnes précises, c'est pour ça qu'on n'aime pas les retrouver chez les autres. J'ai souvenir d'un d'un garçon qui portait L'Eau D'Issey, depuis, j'ai du mal à sentir ce parfum chez un autre. Voilà pourquoi on tente toujours de modeler un peu nos "hommes momentanés" de cette façon. Pas mal cette expression, je l'adopte si tu permets.
C'est une façon de laisser son emprunte...l'odeur sera toujours identifié à cet homme et puis lui aussi il nous oubliera pas quoiqu'il arrive, et en choisissant son parfum, on est aussi égoiste, on veut qu'il sente une odeur qui nous plaise, qui donne envie de faire pleins de bisous dans le cou..
Dans le roman Le Parfum, le héros finit dévoré pour avoir porté un parfum fabuleux...
Pas si étonnant, n'est-ce pas?
Et puis... Pour ma part, j'ajouterais que certaines choses sont traîtres sur ce plan : le thé, par exemple, n'a jamais su apporter à mes papilles le ravissement qu'il donne à mes narines...
Je serais une éternelle renifleuse de thé!
Chère Sarmentanne,
"Modeler", je trouve que le mot est particulièrement bien choisi, on a parfois vraiment l'impression qu'après avoir été séduit par notre délicieuse personne, vous n'avez de cesse de changer tout ce qui finalement contribue à faire de nous celui que vous avez voulu.
Attention, je n'ai jamais dit que c'était forcément/constamment désagréable...
L'expression est à toi, evidemment.
Chère Zygaena,
Si c'est pour les bisous dans le cou, comment ne pas être séduit par le principe...
Chère Lutine,
Je ne suis pas forcémment d'accord avec le caractère fabuleux d'une fragrance issue de malheureuses sacrifiées sur l'autel de l'art olfactif mais bon, ce n'est pas le sujet ;)
J'ai moi aussi cette relation particulière avec la framboise dont le parfum m'ennivre alors que le goût lui me déplait quelque peu. C'est une impression d'autant plus étrange lorsque l'on sait que ces deux sens sont pourtant étroitement liés, voire interdépendants.
Je testerai le snifage de thé en tout cas, la colle n'étant pas ma tasse de thé et étant définitivement has been.
tiens, moi j'ai jamais cherché à changer le parfum de mes hommes... Je trouve que ça fait partie de ce qui les définit, complète l'attirance qu'on a pour eux, changer ça c'est comme les travestir. D'ailleurs, celui de L'Ex m'a plu immédiatement et je ne peux le sentir dans l'air sans avoir un léger pincement.
Bon d'accord, sauf si je trouvais que ça sentait pas comme j'aimais (j'ai le souvenir d'un ex qui sentait la noix de coco, c'était pas tolérable)
Oui mais toi, tu es parfaite :p La noix de coco chez un homme, j'comprends que ca puisse être éliminatoire.
blackmilk : c'est vrai, j'oublie souvent cette donnée pourtant essentielle.
ah bon tu prends pas la défense de l'un de tes pairs en m'accusant d'injustice parce que le pauvre, s'il se met du gel à la noix de coco c'est pas de sa faute, et j'ai criètre de sélection vraiment pas sympas enver vous, les hommes ?
T'as de la fièvre ?
Je suis là pour ca :)
La fièvre ? Non, pas encore.
Des critères de séléction vraiment pas sympas envers nous les hommes ?
Euh. Pour le peu que je sais de "tes critères", tu ne me sembles pas nécessairement "vraiment pas sympa".
Mais d'ailleurs, quels sont ces critères en question (hormis ton aversion désormais notoire pour la noix de coco)?
